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Découvertes et ravissements au Festival de Quatuors du Luberon

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Festival de Quatuors du Luberon 47e édition. Roussillon, Ecomusée de l’Ocre, 16 VIII 2022.

Luigi Boccherini (1743-1805) : Quintette « Musique nocturne des rues de Madrid ». Antonin Dvorak (1841-1904) : deuxième quatuor à cordes op.96 « Américain ». Quatuor Magnifica et Luc Debreuil, violoncelle.

La Roque d’Anthéron, Abaye de Silvacane, le 21 VIII 2022.

Loïc Guénin (né en 1976) : 2NS/XNKS ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Onzième Quatuor op.95 « Serioso » ; Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor en sol mineur. Quatuor Béla

Toujours discret, fidèle, et toujours innovant, le Festival de Quatuors du Luberon continue d’approfondir la connaissance du grand répertoire du quatuor à cordes, mais aussi d’inviter le public à des explorations nouvelles.

Chaque année, le Festival invite un quatuor à établir la programmation du festival, pour eux-mêmes et leurs collègues invités. Après le Quatuor Zaïde, voici cette année le , qui définit une thématique commune, les programmes et invite les protagonistes. Leur très bonne idée est de proposer à chaque formation connue et reconnue (Ebène, Béla, Voce…) de parrainer un jeune quatuor entrant dans la carrière, en leur confiant un petit concert « prélude » en fin d’après-midi, avant le concert principal de la soirée.

Dans le concert « prélude » du 16 août, c’est le jeune qui se lance, sous l’aile du en la personne de Luc Debreuil qui les rejoint dans le quintette « Musique nocturne des rues de Madrid ». Le caractère pittoresque, chaleureux et vespéral de cette succession de cartes postales sonores est bien rendu, particulièrement dans la passacaille (bissée). C’est surtout dans le quatuor « américain » de Dvořák que les membres de Magnifica démontrent leur exactitude, leur cohésion et leur capacité à faire naître les émotions. L’enthousiasme de l’Allegro, la méditation nocturne du Lento, la jubilation gorgée d’espérance du Finale-vivace sont assez admirables. Voilà un ensemble plein de promesses, qui mériterait de jouer sur un instrumetarium de plus haute qualité.

Le concert en résidence du Quatuor Béla a lieu le 21 août dans le cloître de l’abbaye de Silvacane, dont l’acoustique convient à merveille à la musique de chambre. Le moins qu’on puisse dire est que le Beethoven qu’il nous restituent est d’une violence impressionnante. A la sauvagerie du premier mouvement suit un allegretto plus introspectif, où gronde la rage de s’en sortir coûte que coûte, et les trois derniers mouvements décrivent une volonté puissante, prométhéenne, comme un défi aux destins contraires. L’engagement des Béla est total. Leur unité, leur homogénéité de son et de style est celle des grands quatuors, dont les membres ont réussi à fusionner leurs individualités dans un esprit de groupe à force de s’écouter les uns les autres. C’est un grand Beethoven qu’ils nous donnent : ébouriffé, dérangeant voire dangereux, mais intensément vivant.

Après ce séisme romantique, le Quatuor de Debussy apparait presque comme un divertissement, sinon une restauration. Les Béla parviennent à rendre lisibles les différentes recherches rythmiques (références médiévales, espagnoles, balinaises… ) et une grande variété de coloris, manifestement voulue par Debussy. Ils installent une dynamique admirable, et développent un son ample, profond et généreusement coloré.

La grande nouveauté de cette soirée pleine d’énergie est l’exécution du quatuor 2NS/XNKS de Loîc Guénin, en présence du compositeur, et dont les Béla sont commanditaires et dédicataires. Il s’agit d’un hommage à Yannis Xenakis pour le centenaire de sa naissance, composé en cinq parties traçant son itinéraire d’architecte : Le Modulor, Les Unités d’Habitations de Marseille, Chandighar et la Grille Climatique, Les Pans de Verres Multicolores et le Pavillon Phillips. L’écriture de Guénin n’est pas solfégique, ou peu, mais principalement graphique, ce qui demande aux interprètes de s’approprier une sémiologie particulière, de traduire en sons des couleurs et des formes, tout en se suivant sans s’appuyer sur des barres de mesure traditionnelles.


Ces partitions (ci-dessus un extrait de la pièce 2NS/XNKS), d’une beauté picturale étonnante, ne sont cependant pas exposées au public pendant l’audition, ce qui est dommage, car ce sont bien ces documents qui font le lien entre les thèmes intellectuels ou esthétiques de chaque partie, et la musique qui est proposée à l’oreille de l’auditeur. Se pose alors la question de ce que peut ressentir un mélomane qui n’aurait pas pu assister à la conférence d’introduction, en entendant les artistes souffler dans la caisse de leurs instruments, à les tapoter, à frotter circulairement les cordes ou à passer l’archet le long d’un seul crin de cheval. Sera-t-il simplement fasciné, intrigué ? Hé bien, pas seulement… Quand après une succession de sons harmoniques, de stridences et de percussions sur bois reviennent de beaux sons bien pleins, l’émotion surgit. Et quand les trémolos et glissandos décrivent les irisations de la lumière au travers des parois vitrées, l’émerveillement point. Une musique difficile, mais qui mérite d’être étudiée et apprivoisée, et que le Quatuor Béla a raison d’honorer.

Crédit photographique : Mélanie Polata, Festival de Quatuors du Luberon ; Partition ©

 

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Festival de Quatuors du Luberon 47e édition. Roussillon, Ecomusée de l’Ocre, 16 VIII 2022.

Luigi Boccherini (1743-1805) : Quintette « Musique nocturne des rues de Madrid ». Antonin Dvorak (1841-1904) : deuxième quatuor à cordes op.96 « Américain ». Quatuor Magnifica et Luc Debreuil, violoncelle.

La Roque d’Anthéron, Abaye de Silvacane, le 21 VIII 2022.

Loïc Guénin (né en 1976) : 2NS/XNKS ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Onzième Quatuor op.95 « Serioso » ; Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor en sol mineur. Quatuor Béla

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