Audio, Musique symphonique, Parutions

Le chef français Rémy Ballot impose une vision hors normes de Bruckner à Saint Florian

Plus de détails

Instagram

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°0 à 9. Orchestre Altomonte de Saint Florian, Orchestre symphonique de jeunes de Haute-Autriche (Symphonies 6 et 8), Rémy Ballot, direction. 11 CD Gramola. Enregistré entre août 2013 et août 2023 durant les Brucknertage dans la basilique de Saint-Florian, Autriche. Notice de présentation en anglais et allemand. Durée : 13h02:32

 

Les Clefs du mois

Instagram

En cette année du bicentenaire de la naissance de Bruckner, les enregistrements se multiplient et les intégrales, d'un niveau inégal, fleurissent. Captée à Saint-Florian, celle du chef français , qui se réclame de l'enseignement de Celibidache, est proposée par Gramola dans un coffret particulièrement passionnant.

Ce coffret hors normes est le fruit d'une aventure commencée il y a près de onze années ; lors des Brucknertage qui se déroulent chaque mois d'août dans la basilique de Saint Florian (à la réverbération considérable), le chef français a gravé patiemment les dix grandes symphonies de Bruckner, n'écartant que la symphonie d'étude. Si les symphonies n°6 et n°8 sont confiées à l'orchestre des jeunes de Haute-Autriche, phalange de jeunes instrumentistes à l'enthousiasme illimité, les autres s'appuient sur un orchestre de circonstance qui mêle musiciens locaux à d'autres issus des grands orchestres, Wiener Philharmoniker compris. Certes, les limites de cette formation, baptisée Altomonte en hommage au peintre qui décora l'abbaye au XVIIIᵉ siècle, apparaissent parfois mais sa ferveur et sa concentration sont indéniables. Surtout, ce qui rend cet ensemble fascinant c'est la vision très personnelle de ; se réclamant ouvertement de Celibidache dont il a suivi les cours, il en adopte les tempos démesurément élargis mais retrouve aussi le sens de la construction et de la progression qui fait du maestro roumain sans doute le plus grand interprète de Bruckner qui ait jamais vécu. Évidemment, on ne méconnaît pas que le maître disposait d'un orchestre, le philharmonique de Munich, façonné à sa main et dont il pouvait obtenir un nombre quasiment illimité de répétitions ce que n'a pas son disciple. Mais on retrouve avec admiration presque exactement la démesure de Celibidache dans les deux dernières symphonies, gigantesques et inspirées. Rémy Ballot doit d'ailleurs reprendre la Symphonie n°9 cet été en ajoutant aux trois mouvements achevés les fragments subsistants du finale. Choisissant les versions originales des symphonies n°2 et n°3 (1872 et 1873), Ballot leur rend également cette même immensité au lyrisme tour à tour héroïque et paisible. Ces deux CD gorgés de musique (plusieurs galettes de l'album tutoient les 90', bel exploit technique) se situent sur les mêmes cimes que les deux dernières. La Symphonie n°6 n'est pas loin, elle aussi, de retrouver l'émotion de Celibidache, inoubliable dans un adagio qui nous tire des larmes et la Symphonie n°5 dépasse même celle du maître qui n'en a, à notre sens, jamais réellement trouvé la clef. On pourra trouver la Symphonie n°1, donnée dans la tardive révision de Vienne (1891) un peu surdimensionnée (et la « 0 » également), tandis que le choix parallèle de la révision de 1888 pour la « Romantique » n'emporte jamais vraiment l'adhésion tant la version de 1880 dont Celibidache faisait un cheminement vers l'éternité débouchant sur un finale aux dimensions cosmiques s'impose par son équilibre rayonnant. Seul faux pas, la Symphonie n°7 déçoit fortement autant par les limites de l'orchestre que par la timidité de l'approche de Rémy Ballot aux tempos assez modérés, et qui paraissent presque trop rapides dans l'adagio, pourtant seul mouvement auquel Bruckner a donné l'indication de « Sehr Langsam ».

Un tel ensemble pourra dérouter, voire décourager certains auditeurs ; mais pour ceux qui connaissant déjà bien la musique de Bruckner, il offre une formidable lecture remplie d'originalité et de ferveur. Si l'intégrale de Christian Thielemann avec les Wiener Philharmoniker s'impose au premier rang par leur splendeur orchestrale, celle proposée par l'éditeur viennois, dirigée par le chef français, se caractérise par son approche de Bruckner. Rémy Ballot en approfondit la vision tout en faisant le choix de versions différentes et signe certainement la vision la plus personnelle et la plus intéressante des nombreuses gravures de ce bicentenaire.

Lire aussi  : Bruckner par Celibidache à Munich : 

Fabuleux coffret munichois de Sergiu Celibidache avec des Bruckner inégalés

(Visited 1 099 times, 1 visits today)

Plus de détails

Instagram

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°0 à 9. Orchestre Altomonte de Saint Florian, Orchestre symphonique de jeunes de Haute-Autriche (Symphonies 6 et 8), Rémy Ballot, direction. 11 CD Gramola. Enregistré entre août 2013 et août 2023 durant les Brucknertage dans la basilique de Saint-Florian, Autriche. Notice de présentation en anglais et allemand. Durée : 13h02:32

 
Mots-clefs de cet article
Instagram
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.