Essais et documents, Livre, Parutions

Anne Ibos-Augé : Jouer, chanter et composer au féminin durant le Moyen Âge

Plus de détails

Anne Ibos-Augé : Les femmes et la musique au Moyen Âge. Les Éditions du Cerf, Paris. 288 p. ; 22€. Janvier 2025

Partager
 

Les Clefs ResMusica

Si l'histoire musicale du Moyen Âge est jalonnée de noms de musiciennes, celui d'Hildegarde de Bingen (canonisée en 2012 par le pape Benoît XVI) ou de Béatrice de Die, la vie, l'action, l'intégration dans la société de ces femmes musiciennes demeurent souvent dans le flou historique. La musicologue et chercheuse lève un coin du voile.

C'est dans les couvents et monastères que l'on relève d'abord la présence des femmes musiciennes. Séparées des hommes par un mur (depuis le Vᵉ siècle), les moniales doivent assumer seules leur vie de religieuse. Elle est à l'image de celle des moines : célébrer les offices, chanter les hymnes, copier et écrire de la musique. débute avec le portrait de Herrade de Hohenburg (alias Herrade de Landsberg), abbesse du XIIᵉ siècle (1125-1196), co-fondatrice du monastère augustinien de Truttenhausen qu'elle dirige. Hildegarde de Bingen, autrice et compositrice (mais aussi théologienne, prophétesse, prédicatrice, poétesse et médecin) domine à juste titre l'histoire des femmes au Moyen Âge à la faveur de ses nombreuses compositions et par la force de ses visions, qu'elle consigne. Les mystiques sont pléthores, au couvent mais aussi chez les béguines, avec Hadewijch d'Anvers, Mechtilde de Magdeburg ou encore Gertrude de Helfta. Comme les moines toujours, les moniales copient, Cisterciennes, Bénédictines, Dominicaines plus qu'Augustiniennes, Briggitines et Prémontrées. Elles ont des talents de musiciennes, copistes et enlumineuses, nous dit l'auteure dont la plume alerte et le discours fluide et bien conduit, organisé par chapitres courts, stimulent la lecture.

La deuxième partie du livre s'amorce par un autre portrait, celui de la première trobairitz de l'histoire, Azalaïs de Porcairagues (langue d'oc) dont la brève « vida » apporte quelques précisions sur cette noble dame éprise de Gui Guerrejat et confidente de Raimbaut d'Orange. L'auteure consacre un chapitre à la « fin'amor » (amour courtois) dont se pare la poésie des troubadours et trobairitz. Sans les « vidas y razos » qui mentionnent l'existence de quelques autres trobairitz (la Comtesse de Die, de Lombarda, de Castelloza), les noms des trouveresses (langue d'oil) se font plus rares. En revanche, les ménestrelles et jongleresses (qui interprètent la musique des trouvères) sont bien répertoriées, présentes dans les livres de comptes du Duché de Bourgogne et autre Maison de Savoie (que le lecteur peut consulter en annexe) où s'affichent leurs salaires.

La troisième et dernière partie s'intéresse à la musicienne de fiction, débutant là encore avec le portrait réjouissant de Marion (dans Robin et Marion d'Adam de la Halle) et autres bergères qui ne s'en laissent pas compter. L'amie courtoise est le plus souvent anonyme (« l'amour de loin ») et peut se confondre avec Marie, « fleur de virginité ». Enfin, on apprend qu'Yseut (que l'on savait guérisseuse) est aussi interprète et compositrice : « capable de « vièler » danses et lais […] elle chante pastourelles, rondeaux et chansons dont elle sait inventer texte et musique ». Dans le troisième chapitre, « L'iconographie de la musicienne », moins riche dans le monde religieux que dans l'univers profane (manuscrits enluminés de troubadours et chansonniers), sont également mentionnés les instruments de musique joués par les ménestrelles.

Précédées d'un glossaire précieux, les nombreuses annexes se consultent avec le même intérêt : « Les Heures monastiques dans la règle bénédictine », « Le déroulement d'une année chez les Cisterciennes », la chronologie des trobairitz et trouveresses etc. Saluons enfin le travail colossal accompli par dans la chronologie générale relatant en six rubriques les événements politiques, religieux, sociaux et artistiques des années 355 (invasions barbares) à 1453 (fin de la guerre de 100 ans) : une somme érudite et passionnante qui impressionne !

 

(Visited 591 times, 1 visits today)
Partager

Plus de détails

Anne Ibos-Augé : Les femmes et la musique au Moyen Âge. Les Éditions du Cerf, Paris. 288 p. ; 22€. Janvier 2025

Partager
 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.