Le Pavel Haas Quartet en fusion avec les Quatuors de Martinů
Le Quatuor Pavel Haas publie un enregistrement incendiaire de quatre des sept quatuors à cordes de Bohuslav Martinů (1890-1959). Une musique sous haute tension.
Compositeur pléthorique (plus de 400 opus), compositeur aux multiples vies (période tchèque, période parisienne, période américaine), Bohuslav Martinů (1890-1950), violoniste de formation, s'est intéressé tout au long de sa carrière aux quatuors à cordes. Pourtant, parmi ses 90 partitions pour musique de chambre, Martinu n'a écrit que sept quatuors à cordes, qui comptent cependant parmi ses meilleures pages. Le Quatuor Pavel Haas en fait l'impressionnante démonstration, avec un disque d'une énergie folle, consacré aux Quatuors n°2, 3, 5 et 7.
Sans respecter l'ordre chronologique, le Quatuor Pavel Haas ouvre son disque par une véritable décharge électrique : le Quatuor n°5 H. 268. Composée en 1938, cette œuvre est le reflet d'une année charnière pour Bohuslav Martinů. Celui-ci va en effet quitter définitivement son pays natal, pour fuir le nazisme. En même temps, Martinů vit une douloureuse passion adultère avec la violoniste Vitezslava Kapralova. De ce double déchirement va naître une œuvre intense et passionnée, qui s'ouvre par une déflagration, un Allegro ma non troppo sous apnée, d'une violence quasi suffocante, rappelant les pages les plus sombres de Dimitri Chostakovitch. Le Quatuor Pavel Haas s'engouffre avec passion dans cette page sans temps mort. Une démonstration de force, mais également de souffle et de cohésion assez prodigieuse. La tension ne retombe pas pendant les autres mouvements, notamment un mystérieux Adagio plein de frissons et d'écorchures.
Après une telle entrée en matière, on se dit qu'il sera difficile aux interprètes, et au compositeur, de maintenir un tel niveau. Il n'en est rien. Le Quatuor n°3 H. 183, composé à Paris en 1929, est une page quasi expressionniste, naviguant entre tonalité et atonalité, d'une densité incroyable. Malgré cela, le Quatuor Pavel Haas maintient clarté, lisibilité, sans jamais déraper, même dans un final Vivo de pure folie.
A partir de 1942, Bohuslav Martinů part vivre aux Etats-Unis, où il reste jusqu'à la fin de sa carrière. Compositeur reconnu, apprécié, il renoue alors avec la nostalgie de son pays natal. Beaucoup plus « classique », le Quatuor n°7 H. 314 de 1947, est rempli de sève folklorique, comme un lointain écho de Dvořák, autre Tchèque installé un temps aux Etats-Unis.
Composé vingt-sept ans auparavant, le Quatuor n°2 H. 150 qui clôt le disque, est une œuvre encore en « gestation ». Elève d'Albert Roussel à Paris, Bohuslav Martinů retient de son maître le sens des couleurs surprenantes et des rythmes. Une fois de plus, le Quatuor Pavel Haas impressionne par son sens de l'équilibre, des dynamiques et la qualité de chacun de ses pupitres. A l'image de la virtuose cadence du premier violon dans un final aux allures de danses rustiques. C'est par cette page de jeunesse, totalement rafraichissante, que s'achève ce disque remarquable, témoignage de l'excellence des grands quatuors à cordes tchèques.









