Yoav Levanon en récital au Théâtre des Champs-Elysées
Le pianiste phénomène Yoav Levanon présentait à Paris un programme éclectique, à la mesure de ses prodigieux moyens, mais sans toujours convaincre.

Il y a quelque chose de lisztien chez Levanon, dont l'abbé hongrois est d'ailleurs l'un des compositeurs tutélaires : les cheveux mi-longs tirés en arrière, une pâleur toute romantique, des mains arachnéennes et, bien sûr, une virtuosité exceptionnelle qui ne va pas sans un certain sens du « show », comme il y a deux ans à la Fondation Vuitton.
Loin des salons du XIXᵉ, ce sont quelques pièces du répertoire baroque français, La Couperin de François Couperin et Les Cyclopes de Jean-Philippe Rameau, que Levanon place en ouverture, rendues avec netteté et autorité. On sent déjà poindre cependant une hâte rythmique qui ne sied guère à ces œuvres, qui se dégustent, alors que Levanon aurait tendance à les engloutir.
Deux extraits des Six Etudes en forme de canon de Robert Schumann, transcrits par l'interprète, apportent ensuite une belle touche de lyrisme, à la limite du sentimentalisme. Mais c'est surtout dans les quatre Ballades de Chopin que le pianiste israélien se fourvoie : précipitée, excessivement sonore, noyée de pédale, son interprétation manque d'articulation au point de rendre les œuvres méconnaissables (sans parler du bégaiement à la fin de la Ballade n°2). Levanon se réapproprie Chopin avec un romantisme caricatural, malgré des dons évidents qui laissent espérer que son approche de ce répertoire évoluera vers plus de clair-obscur et de nuances…dont il est vrai que le compositeur lui-même pouvait user fort peu.
Levanon semble plus dans son élément avec les Variations sur un thème de Chopin de Sergueï Rachmaninov, déroulées avec beaucoup d'âme et de maîtrise. Il touche encore juste avec le Menuet sur un air de Haydn de Maurice Ravel, miniature diaphane qui offre l'un des rares moments de pure délicatesse du récital. Islamey « Fantaisie orientale » de Mili Balakirev, enfin, donne à Yoav Levanon un matériau mélodique dont il joue avec aisance, faisant étal de sa virtuosité exceptionnelle, sans nécessairement émouvoir beaucoup. En bis, le jeune pianiste fait entendre, en création française, une Toccata de sa composition, rencontre rhapsodique entre Liszt et Gershwin, plutôt séduisante.
S'il compte parmi les pianistes les plus doués de sa génération, Yoav Levanon doit certainement encore tâtonner pour trouver tout à fait sa voix et poser son style. La maturité n'est pas en cause car sa vision musicale semble forgée : il lui reste à trouver le chemin pour mieux la partager et véritablement émouvoir. Nul doute qu'il nous étonnera.
Crédits photographiques : © Warner Classics
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