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La voix d’airain de Peter Mattei face au Voyage d’Hiver à Luxembourg

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Luxembourg. Philharmonie, Salle de musique de chambre. 2-III-2026. Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise (Voyage d’hiver) D. 911, 24 poèmes de Wilhelm Müller. Peter Mattei, baryton ; Daniel Heide, piano.

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Avec l'accompagnement discret et compétent de , le baryton suédois propose d'abord la splendeur de sa voix sombre et intense, sans aller jusqu'au bout du texte et de l'émotion.

Avec , c'est d'abord le sombre miroitement d'un timbre de granite qui frappe, un timbre sur lequel le temps n'a pas de prise. On est surpris d'abord par le volume sonore du piano de dans le prélude, et le premier Lied souffre de ces décibels en trop qui entraînent aussi le chanteur. Les choses s'arrangent heureusement vite, soit qu'il faille ce temps pour s'adapter à l'acoustique parfaite de la salle de musique de chambre qui n'a pas besoin de ces excès, soit qu'il y ait là une intention artistique, commençant par de grands éclats dramatiques pour n'arriver qu'ensuite dans des registres plus intimes – si tel est le cas, le résultat n'est pas très convaincant, mais dès le deuxième lied les choses rentrent dans l'ordre.

Pour autant, l'interprétation de Mattei et Heide n'est pas, loin s'en faut, faite de pure intériorité. Les accents dramatiques ne manquent pas, mais ils ne vont heureusement pas jusqu'à la pure extériorité. Le héros dessiné en forme d'autobiographie par Wilhelm Müller n'en devient pas un Werther ou un René : ces quelques moments où il se débat ne le ramènent pas dans le monde social, et les rythmes de marche rappellent l'isolement de cette trajectoire solitaire.

Pour l'émotion cependant, il faut bien le dire, il faudra attendre : la haute stature de ce Wanderer que le vent ne plie pas impressionne plus qu'il ne suscite l'empathie. C'est largement suffisant pour rendre ce concert passionnant, mais avouons-le, l'émotion, elle, ne perce que par moments ; seuls les deux derniers Lieder parviennent enfin à la faire naître, toujours sans la moindre complaisance. Il faut s'accommoder de la diction toujours un peu crispée, où les voyelles manquent un peu de couleurs, qui est propre à , et qu'on lui connaît depuis toujours ; le travail du texte reste un peu superficiel, quand on pense par exemple à ce qu'offre Christian Gerhaher dans tout le répertoire du Lied germanique, mais la pure splendeur vocale du timbre et la probité inentamée d'un artiste si singulier suffisent à rendre la soirée passionnante.

Crédits photographiques : © Sébastien Grébille

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