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Sabina Puertolas, resplendissante Marina à Séville

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Séville. Teatro de la Maestranza. 17-III-2026. Emilio Arrieta (1821-1894) : Marina, opéra en trois actes (1871) sur un livret de Francisco Camprodon et Miguel Ramos Carrion. Mise en scène : Barbara Lluch. Scénographie : Daniel Branco. Costumes : Clara Peluffo Valentini. Lumières : Albert Faura. Vidéo : Pedro Chamizo. Avec : Sabina Puértolas, Marina ; Ismaël Jordi, Jorge ; Juan Jesús Rodríguez, Roque ; Rubén Amoretti, Pascual ; José Manuel Díaz, Alberto ; Alicia Naranjo, Teresa ; Andrés Merino, un marin. Chœur du Teatro de la Maestranza et Orchestre Symphonique Royal de Séville, direction : Manuel Busto.

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Marina, l'opéra-zarzuela d' fait escale au Teatro de la Maestranza de Séville, portée par une interprétation pleine d'alégria et de fraicheur de Sabina Puertolas dans le rôle-titre.

De genèse compliquée et de contexte musicologique incertain, l'« opéra-zarzuela » Marina d' est un exemple emblématique des rapports ambigus qu'entretiennent l'opéra et la zarzuela : d'abord zarzuela en deux actes dans un premier jet, créée le 21 septembre 1855 au Teatro Circo de Madrid, cette œuvre lyrique se transforma ultérieurement en un opéra de trois actes, sur un livret de Francisco Camprodon et Miguel Ramos Carrion, pour sa création définitive le 16 décembre 1871 au Teatro Real de Madrid. A l'origine de cette transformation, un italianisme qui sera souvent reproché au compositeur, tout particulièrement une influence certaine du belcanto bellinien datant de son apprentissage musical à Milan, à laquelle s'ajoutèrent les sollicitations du Teatro Real et les demandes insistantes du ténor Enrico Tamberlick, alors au zénith de sa notoriété. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse diront certains lyricomanes optimistes…Certes, toujours est-il que cette typologie lyrique fluctuante entame sérieusement la continuité dramaturgique de l'œuvre qui s'apparente plus volontiers à un patchwork musical bringuebalant alternant séquences zarzuélistiques assez traditionnelles dansées (flamenco) ou chantées (habanera) et morceaux de bravoure belcantistes rappelant tout particulièrement Bellini et notamment Lucia dans la scène de la folie !  Curieux mélange, un peu décousu, dont d'aucuns ont voulu faire le premier opéra romantique espagnol, hélas pénalisé par un livret d'une faiblesse insigne, incapable d'en recoller les morceaux !

Le livret, assez abracadabrantesque et ennuyeux, nous conte l'histoire des amours contrariées de la jeune orpheline Marina secrètement amoureuse du capitaine de marine marchande, Jorge, alors que l'armateur Pascual lui adresse officiellement sa demande en mariage… S'ensuit une série d'imbroglios précédant une fin heureuse, tout cela bien sûr dans un décor portuaire et une ambiance maritime.

La mise en scène de fait ainsi ce qu'elle peut avec ce qu'elle a, se contentant d'une lecture au premier degré (mais pouvait-il en être autrement ?) choisissant de faire de ce spectacle un agréable divertissement, sans autre prétention. Mission, de fait, accomplie. La scénographie de Daniel Bianco évoque une plage avec ses barques et sa passerelle permettant une occupation irréprochable de l'espace scénique et une circulation fluide des acteurs. La vidéo due à Pedro Chamizo projetée en fond de scène représente un ciel aux couleurs changeantes, d'un bleu serein à un gris tourmenté, en fonction de l'état affectif des personnages. Les costumes traditionnels sont du plus bel effet, ainsi que les séquences dansées parfaitement réglées.

La distribution vocale est assez homogène dominée par Sabina Puertolas dans le rôle-titre dont on admire sans réserve l'engagement scénique (mais pourquoi en avoir fait une jeune adolescente alors que les propos du livret affirment une notable maturité affective ?) et la beauté du chant : timbre lumineux, vocalises vertigineuses et ambitus large. Face à elle, ne semble pas au mieux en amoureux timide (Jorge) : le jeu de scène est souvent emprunté, et le chant rigide porté par un timbre voilé, nasillard et engorgé avec des aigus quelque peu forcés et serrés dans le haut du registre. En revanche le baryton Juan Jesús Rodríguez fait une véritable démonstration vocale et scénique toute de puissance et d'expressivité dans le rôle difficile de Roque privé de tout ressort dramaturgique ! Le baryton basse Ruben Amoretti (Pascual) complète le quatuor vocal avec un chant parfois hésitant qui manque d'homogénéité malgré un beau legato dans le haut du registre. Alicia Naranjo (Teresa) et José Maria Diaz (Alberto) complètent avec brio cette distribution malgré la discrétion de leurs interventions respectives. Le est comme à son habitude fournit une excellente prestation scénique et vocale.

Dans la fosse Manuel Busto, à la tête du Real Orquestra Sinfonica de Séville, conduit la partition avec la touche d'italianité indispensable à la nature essentiellement bel cantiste de cet opéra, en parfaite harmonie avec les chanteurs sans sacrifier la vivacité des tempos ni la précision rythmique. Sous sa direction, l'orchestre a chanté, phrasant avec nuances et établissant un équilibre précis avec les voix. Les interventions brillantes du cor et de la flûte dans les passages solistes méritent une mention spéciale.

Crédit photographique : © Teatro de la Maestranza

 

 

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Séville. Teatro de la Maestranza. 17-III-2026. Emilio Arrieta (1821-1894) : Marina, opéra en trois actes (1871) sur un livret de Francisco Camprodon et Miguel Ramos Carrion. Mise en scène : Barbara Lluch. Scénographie : Daniel Branco. Costumes : Clara Peluffo Valentini. Lumières : Albert Faura. Vidéo : Pedro Chamizo. Avec : Sabina Puértolas, Marina ; Ismaël Jordi, Jorge ; Juan Jesús Rodríguez, Roque ; Rubén Amoretti, Pascual ; José Manuel Díaz, Alberto ; Alicia Naranjo, Teresa ; Andrés Merino, un marin. Chœur du Teatro de la Maestranza et Orchestre Symphonique Royal de Séville, direction : Manuel Busto.

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