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Idéal concerto de Frank Martin par Zimmermann à Radio France

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Arthur Honegger (1892-1955) : Pacific 231, mouvement symphonique n°1, H 53. Frank Martin (1890-1974) : Concerto pour violon. Frank Peter Zimmermann, violon. Pascal Dusapin (1955*) : Uncut – Solo pour orchestre n°7. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de feu : Suite (version 1919). Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Alain Altinoglu

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Premier d'une courte résidence de à Radio France, le concert du « Philhar » dirigé par profite tout particulièrement du violoniste dans un Concerto de idéal, lors d'une soirée où ressort aussi Uncut de .

Trop rare comme beaucoup de pièces d', Pacific 231 est pourtant une ouverture de concert idéale pour mettre en exergue les battues fougueuses des jeunes chefs du moment. Mais après Jonathan Nott dans la Symphonie n°3 avec l'OSR à la Philharmonie de Paris dix jours plus tôt, c'est grâce à un autre chef confirmé, en l'occurrence , que l'on peut entendre le compositeur suisse à la Maison de la Radio. Toutefois, s'il est bien compact en début de seconde partie pour Uncut de , le Philharmonique de Radio France porte par une rythmique trop lâche la courte partition d'Honegger, sans parvenir à rendre tout le côté motorique et descriptif du démarrage de la grande locomotive américaine, découverte à l'époque grâce au film La Roue d'Abel Gance.

Présent uniquement pour ce concert avec l', le violoniste entre ensuite en scène pour interpréter un autre artiste suisse. De retour à Paris puis en tournée avec le National de France pour le très classique Concerto pour violon de Beethoven, il s'attèle ce soir à celui bien plus rare – et unique lui aussi – de . Ouvrage d'un grand intérêt, il souffre sans doute d'un style jugé trop intellectuel, alors qu'il permet en réalité de se laisser glisser vers des sonorités d'une douce luminosité en même temps qu'évanescentes. Créée à Bâle par Hansheinz Schneeberger en 1952 sous la direction de Paul Sacher, la partition n'est pas sans rappeler par certains côtés le concerto de Berg, ou parce qu'il reste tonal, ceux de Szymanowski.

Parfaitement accompagné par les couleurs claires et transparentes du Philharmonique sous le geste attentif du chef français, le Concerto pour violon bénéficie tout particulièrement du jeu idéalement adapté de Zimmermann. De son merveilleux Stradivarius « Lady Inchiquin » de 1711, le violoniste allemand mêle son jeu cérébral à une liberté de phrasé et de moyens qui laissent regretter l'absence d'un enregistrement officiel sur la base de cette prestation (disponible toutefois en réécoute plusieurs mois sur le site de France Musique). Qu'il s'agisse de ressortir des forte denses de l'orchestre – d'une rythmique cette fois très maîtrisée – ou de développer en finesse la cadence de l'Allegro initial, Zimmermann déploie toujours avec une grande agilité tout le caractère mystérieux de sa partie. En bis, une transcription pour violon – sans doute de lui-même – d'un extrait d'une Suite française de Bach, là encore livrée avec une technique libre et d'une grande subtilité.

En seconde partie, Uncut de permet de réentendre le dernier des sept morceaux du Cycle des 7 formes, pour lequel nous étions à la création à Pleyel en 2009. Considéré par le compositeur – présent dans la salle – comme une suite de solos pour grand orchestre, ce cycle composé sur deux décennies s'était achevé par une intégrale en 2009 sous la direction de Pascal Rophé. Et si nous avouerons que le n°7 n'est pas notre favori, il fonctionne tout de même très bien indépendamment, surtout quand il est joué avec autant de fougue sous la direction d'Altinoglu, et avec autant de compacité par les cordes du Philharmonique et de justesse par ses cuivres.

Dernier ouvrage du programme, L'Oiseau de feu de Stravinski est redonné dans la suite de 1919. Plus pratique car elle limite les bois par deux au lieu de quatre et les cors par quatre, celle-ci s'adapte comme nous l'avons entendu en mars à des ensembles de la taille de l'Orchestre Symphonique de Bretagne, avec une quarantaine de cordes. Mais pour l'interpréter à l'Auditorium, seuls quelques vents quittent la scène après la pièce de Dusapin, laissant les cordes à soixante, au risque de parfois contraindre les équilibres. Là encore, propose des gestes exaltés pour dynamiser cette partition. Mais si cela fonctionne dans un morceau comme L'Oiseau de feu et sa danse, ou grâce à des attaques de cordes d'une superbe franchise dans la Danse infernale de Katcheï, on a souvent l'impression d'un oiseau à cinq pattes. Clinquante sans le style américain, parfois brusque sans le style boulézien et souvent joliment colorée grâce à l'orchestre, sans tout à fait jouer sur le style français, l'interprétation semble se chercher dans une vision qui ne ressort vraiment que dans les derniers instants. Retenons donc plutôt les raretés de cette soirée, à commencer par le concerto.

Crédits photographiques : © ResMusica

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