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Ce si superbe cycle des sept solos

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Paris, Cité de la Musique. 27-III-2009. Pascal Dusapin (né en 1955) : Cycle des 7 formes (création du solo pour orchestre n°7 Uncut, première interprétation du cycle complet). Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Pascal Rophé.

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Le 27 mars 2009 à Paris, et l’Orchestre Philharmonique de Liège ont refermé 17 ans de composition symphonique de avec la création du Cycle des 7 formes. Ils ont en même temps donné vie à un cheval de bataille orchestral, qui marquera l’histoire de l’orchestre.

Constitué de «sept solos pour ce grand instrument seul qu’est l’orchestre», selon les termes du compositeur, le cycle a été composé entre 1992 et 2009. Les solos ont été créés par des chefs français et internationaux incontournables, Michel Plasson, Emmanuel Krivine, Mstislav Rostropovitch ou encore Simon Rattle – ce dernier avec rien moins que le Philharmonique de Berlin. avait quant à lui l’honneur, la charge et le plaisir de créer le tout dernier solo, Uncut, et de donner avec son orchestre la première du cycle entier.

L’œuvre est immense par sa durée – plus d’1h30 – mais surtout par la virtuosité et l’énergie qu’elle requiert des musiciens ainsi que par les thèmes qu’elle évoque. Pascal Dusapin donne une clé de compréhension de son œuvre qui est le travail sur les formes ou sur la matière. Ainsi pour Clam, le solo n°4, il dit avoir procédé par endroits par cloquage, où «la matière musicale se détache de sa surface harmonique telle une bulle». Quand elle éclate, réapparaissent des «traces et [des] empreintes recouvertes puis effacées». Le public trouvera dans le Cycle matière à des émotions beaucoup plus immédiates, comme entendre le cosmos en convulsions (Go, solo n°1), voir se dresser des falaises sonores où se jouent un drame surhumain (Exeo, solo n°5), assister à une cérémonie sacrificielle accomplie par une culture antique – à moins qu’elle ne soit à naître (Reverso, solo n°6), ou enfin participer à la célébration et la culmination de cette épopée dans une libération de cuivres et de cloches, jusqu’à la brève accélération finale qui ouvre vers l’infini (Uncut, solo n°7).

Les sept solos sont entendus en trois parties, les deux entractes permettant autant aux interprètes et au public de se relaxer, que de donner à l’œuvre deux chiffres sacrés, le 7 bien sûr, et le 3, symbole trinitaire de l’équilibre, de la perfection. En applaudissant chaque solo, le public parisien a manifesté son encouragement aux musiciens, mais également qu’il ne percevait pas encore les solos comme les mouvements d’une œuvre unique. Cela n’empêcha pas de saisir la fonction des solos les uns par rapport aux autres. Go et Uncut jouent leur rôle d’introduction et de conclusion du cycle. Extenso, le solo n°2, introduit dans le cycle une dimension plus narrative, les percussions hérissent la musique d’orages, elles la font se dresser comme un dragon. Apex, le solo n°3, est avec 16 minutes la pièce la plus longue de la première partie, et fait entrer l’auditeur dans la grande forme symphonique. Clam ouvre la deuxième partie avec une énergie semblable à celle de Go, en y incorporant une multitude d’événements. Clam prépare à Exeo. Composé en 2002, ce solo est dédié à son maître Xenakis dont Dusapin dit : «c’est mon origine, je suis né là». Avec Exeo justement, Dusapin passe lui-même de grand compositeur à celui de maître. Ce solo est le cœur du Cycle, il s’y déroule un drame d’une ampleur terrifiante, qui n’est pas celui des hommes, et qui pourtant nous est familier. Pascal Rophé arrive à mettre en jeu un combat de forces inhumaines d’une force hallucinante sans jamais tomber dans le pathos. Dusapin a écrit cette pièce dans la révolte qu’il éprouva suite à la mort de son père. La troisième partie est celle d’un certain retour à la lumière. Reverso commence par un chant d’oiseau planant au-dessus d’un spectre sonore inquiétant. On assiste à une cérémonie sacrificielle qui s’effondre dans une déflagration, les oiseaux partent dans toutes les directions, les masses sonores sont en débâcle, ça se casse, se tort (mais l’orchestre et le chef tiennent bon !), puis c’est le retour au calme, les oiseaux reviennent, la cloche reprend, c’est difficile de savoir où ça va aller, ça finit par se disperser comme dans l’espace. Tout est prêt pour Uncut, le solo final.

Minutieusement préparé et habitué de ce répertoire (on avait pu l’entendre ces dernières années dans Extenso à Musica et dans Exeo à Présences), l’Orchestre Philharmonique de Liège a été éblouissant. La gestuelle particulière de Pascal Rophé, très souple et ample dans les grands mouvements, nette et tranchante dans les détails, fait merveille. Le Cycle des 7 formes est d’une extrême exigence envers les musiciens, mais l’écriture est d’une telle qualité qu’elle reste captivante pour l’auditoire, en dépit de la rareté des accalmies. Avant de monter sur scène pour saluer le public, les deux Pascal, le chef et le compositeur s’étreignent avec force et émotion. L’enthousiasme de la salle est complet. Personne ne souhaiterait rompre l’accomplissement du Cycle, pourtant Pascal Rophé demande le silence pour s’excuser «On ne pourrait pas jouer une note de plus».

L’enregistrement de cette œuvre par les mêmes interprètes sera achevé durant l’été, pour une publication très attendue chez Naïve autour de fin 2009.

Crédit photographique : Pascal Dusapin © Vanessa Thaureau / Salabert

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Paris, Cité de la Musique. 27-III-2009. Pascal Dusapin (né en 1955) : Cycle des 7 formes (création du solo pour orchestre n°7 Uncut, première interprétation du cycle complet). Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Pascal Rophé.

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