Premier récital Salle Gaveau pour le phénomène japonais Hayato Sumino
L'ancien élève de Jean-Marc Luisada, star des réseaux grâce à sa chaîne Youtube Cateen, a livré, lors d'une soirée autocentrée, une succession de compositions et transcriptions personnelles, entrecoupées de quelques œuvres classiques, dans une profusion de styles et de tons qui déroute.

C'est par Jean-Sébastien Bach que Sumino choisit de débuter : une Fantaisie chromatique et fugue en ré mineur (BWV 903) maîtrisée, sans rien d'exceptionnel cependant. Sumino garde un ancrage dans le XVIIIe siècle avec Human universe, dont le thème pourrait être tiré d'une suite de Haendel. L'artiste signe là une jolie page en forme de variations aux rythmes syncopés, à l'écriture très cinématographique (on peut penser à Ramin Djawadi), jusqu'à la réexposition finale apaisée de son thème néo-baroque. La transcription qui suit de « In Paradisium », issu du Requiem de Fauré, paraît bien pâle. Mis à part l'hommage toujours bienvenu au compositeur dont on célèbre le centenaire de la disparition, cette incursion dans la musique française n'offre guère de relief par rapport à la partition originale.
Retour aux classiques avec la Sonate en la majeur (K.331) de Mozart, qui commence par deux mouvements pleins de charme, interprétés non sans humour par Hayato Sumino qui se plait à en accentuer les variations les plus jazzies. Mais la Marche turque finale est malheureusement bien quelconque, avec une ligne de chant sans saveur et une main gauche pesante. Les variations de Sumino sur la Marche turque, dans les vingt-quatre tonalités de la gamme, tournent à la démonstration : on a le sentiment d'un exercice de style brillant qui semble être sa propre fin. Tout y passe : des variations néo-romantiques au ragtime… Un divertissement virtuose, qui le fait un peu sentir.
Trois Nocturnes de Sumino viennent offrir un moment d'intériorité intéressant. Pre Rain, After Dawn et Once in a Blue Moon forment un ensemble léger, presque évanescent, dont il se dégage une douce atmosphère de happy ending hollywoodien, rehaussée par des effets de lumière sur scène (un peu kitsch). L'arrangement par l'artiste de l'œuvre orchestrale de Gershwin, An American in Paris, est une réussite formelle. Malgré quelques longueurs, la proposition est assez réjouissante et a le mérite de faire redécouvrir ce tube sous un autre angle, à hauteur d'homme pourrait-on dire. En revanche, l'utilisation ponctuelle du mélodica ne s'imposait pas : le son en est réellement trop laid et jure terriblement avec celui du Steinway. On a droit en bis à quelques arrangements supplémentaire, dont une transcription assez littérale du Boléro de Ravel, réduit en quelques minutes, avec une attaque d'emblée sonore qui limite la portée du crescendo.
On a le sentiment en définitive d'un artiste qui possède un véritable imaginaire mais peine encore à choisir son mode d'expression, souffrant sans doute de posséder tous les styles. Bon interprète, transcripteur doué, compositeur pas inintéressant, Hayato Sumino a fait l'étalage de la diversité de ses talents. On ne peut cependant s'empêcher de s'interroger sur le sens, et même la nécessité, de ce programme aux allures de long bis.







