La délicate ode à la nature de Sylvia Huang
La violoniste Sylvia Huang célèbre dans son nouveau disque le cycle des saisons à travers un programme original de pièces parcourant plus d'un siècle de musique.
Ode to Mother Nature. Le titre du nouveau disque de la violoniste belge Sylvia Huang pouvait faire craindre l'un de ces programmes sirupeux et fourre-tout à la mode « néo-classique ». Il n'en est rien. La lauréate du Concours reine Elisabeth 2019, en compagnie de son partenaire le pianiste Boris Kusnezow, a choisi un programme assez original de pièces méconnues, allant de la fin du XIXᵉ au début du XXIᵉ siècle, célébrant le cycle des saisons et les liens très étroits unissant la musique et la nature. Au-delà de la conscience écologique sincère de l'artiste (les bénéfices des ventes de l'album sont reversés au World Wildlife Fund), c'est bien un projet musical ambitieux que nous offre Sylvia Huang.
A l'image de la pièce d'ouverture, le long et profond Chant d'hiver op.15 d'Eugène Ysaÿe. Sylvia Huang connaît bien l'œuvre du grand violoniste et compositeur belge qu'elle a déjà enregistrée dans son premier disque. Les qualités de justesse de son timbre, l'éclat de son chant, la magnifique sonorité de son Carlo Landolfi de 1751 sont particulièrement mis en valeur, jusque dans les harmoniques finales de cette œuvre superbe, authentique poème pour violon et piano, qui n'est pas sans évoquer le célèbre Poème d'Ernest Chausson.
Les compositions « printanières » de Gabriel Dupont et Edvard Grieg qui lui succèdent n'évitent pas certains clichés purement descriptifs. Sylvia Huang et Boris Kusnezow défendent toutefois avec sincérité le charme suranné de ces pièces de salon.
Beaucoup plus intéressant, D'un matin de printemps de Lili Boulanger nous transporte dans l'univers inquiet et fragile de la compositrice, sœur de Nadia Boulanger, précocement disparue à l'âge de 25 ans. L'archet de Sylvia Huang s'y affirme avec beaucoup d'autorité mais également de tendresse.
La Sonate n°1 « Le Printemps » de Dora Pejačević (1885-1923) n'a rien à voir avec le chef-d'œuvre homonyme de Beethoven. Sylvia Huang a toutefois le mérite d'exhumer l'œuvre de cette compositrice croate inconnue, issue d'une famille aristocrate. Sa Sonate est également assez noble de ton, violon et piano papillonnent avec grâce dans cette pièce chantante et lumineuse.
La lumière est autrement plus atténuée dans les Summer Thoughts d'Einojuhani Rautavaara. Ces « Pensées d'été » révèlent le clair-obscur si particulier de la lumière finlandaise, et le mysticisme pudique du compositeur.
Après l'hiver, le printemps et l'été, Sylvia Huang achève son parcours avec Autumn Rythm de la française Camille Pépin. On connaît l'amour de la nature qui irrigue toute l'œuvre de la compositrice d'origine picarde. On retrouve dans cette pièce inspirée d'un tableau de Jackson Pollock, le pointillisme rythmique, très proche des minimalistes américains, qu'affectionne Camille Pépin. Sylvia Huang et Boris Kusnezow nous emportent avec conviction dans ce tourbillon lumineux, point d'orgue de cet album rafraichissant.









