« We are Opera » : Christina Scheppelmann dévoile la saison 2026-2027 de la Monnaie
Avec sa première saison intégralement programmée à la tête de la Monnaie à Bruxelles, Christine Scheppelmann trace une ambitieuse ligne de force : réimplanter l'institution au cœur du réel et de la cité. Dans un paysage institutionnel fédéral belge toujours complexe, et malgré un contexte budgétaire tendu, cette programmation dessine une maison poreuse aux enjeux du monde, sans jamais sacrifier la qualité artistique qui fait sa réputation internationale, le nombre de productions et le total des représentations et concerts est ainsi en nette augmentation.
La volonté de proximité avec le public s'incarne d'emblée dans le choix d'œuvres populaires et généreuses : du Roméo et Juliette de Gounod en ouverture de saison (une production confiée de bout en bout à des femmes : direction musicale par Valentina Peleggi, mise en scène par Julia Burbach, décors et costumes signés Cécile Trémolières), à La Cenerentola rossinienne en guise de spectacle de fin d'année, en passant par Ariadne auf Naxos de Richard Strauss ou le traditionnel diptyque Cavalleria rusticana/Pagliacci. La présence féminine sera également très affirmée au pupitre, avec des cheffes comme Speranza Scappucci ou Ariane Matiakh pour diriger plusieurs de ces grandes fresques.
Pivot central de la maison, le directeur musical Alain Altinoglu se concentrera cette saison sur deux productions scéniques majeures, explorant la psychologie humaine. En novembre, il dirigera Wozzeck d'Alban Berg dans une mise en scène que l'on imagine percutante de l'iconoclaste Christophe Coppens, avec Scott Hendricks dans le rôle-titre. En clôture de saison, il retrouvera la fosse pour la version originale (1869) de Boris Godounov, de Moussorgski coproduite avec l'Opéra de Lyon et mise en scène par Vasily Barkhatov, conçue comme une observation clinique des dérives du pouvoir.
Si le directeur musical limite ses apparitions lyriques, il se taille la part du lion au concert. Dès l'ouverture, il rendra hommage à Ludwig van Beethoven à l'occasion du bicentenaire de sa mort, avant de s'engager dans de passionnantes explorations notamment de la Vienne fin de siècle, avec Verklärte Nacht de Schoenberg ou la Lyrische Symphonie de Zemlinsky.
Parallèlement à ces grands formats, la saison s'aventure sur des terrains plus sensibles à travers des formes intimistes. L'opéra de chambre devient ici le miroir de nos fragilités contemporaines : la maladie d'Alzheimer dans Lucidity de Laura Kaminsky, une affaire d'espionnage aux confins de l'Orient et de l'Occident dans M. Butterfly de Huang Ruo, ou encore une critique du colonialisme inspirée de George Orwell dans Burmese Days de Prach Boondiskulchok. Cette dynamique de renouvellement s'étend également aux récitals de mélodies, entièrement repensés, ainsi qu'aux « Concertini » de la mi-journée, qui continuent de mettre en valeur les solistes de l'orchestre.
Enfin, le retour marqué de la danse — souvent délocalisée au KVS — scelle cette ouverture transversale, avec notamment les créations récurrentes d'Anne Teresa De Keersmaeker et le retour du Ballet du Grand Théâtre de Genève dirigé par Sidi Larbi Cherkaoui.
Entre tradition réinterrogée et création frontale, Christine Scheppelmann semble ainsi vouloir faire de la Monnaie un véritable laboratoire, où la musique dialogue sans cesse avec les battements de la société au cœur de la capitale européenne. (BH)











