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Avec Teodor Currentzis, un Ring sans paroles qui laisse bouche bée

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Séville. Teatro de la Maestranza. 7-I-2026. Richard Wagner (1813-1883) : Le Ring sans paroles dans une transcription de Lorin Maazel, suite symphonique sur le cycle de l’Anneau du Nibelung. Ensemble Musica Aeterna, direction : Teodor Currentzis

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Après Barcelone et Madrid, et son orchestre MusicAeterna poursuivent leur tournée espagnole au Teatro de la Maestranza de Séville avec ce Ring sans paroles éblouissant, captivant d'expressivité.

 

On ne s'attardera pas en paroles inutiles sur la légitimité et le bien fondé de cette suite orchestrale composée par en 1987 en collaboration avec le Philharmonique de Berlin. Force est de reconnaître l'audace de la gageure qui consiste à résumer un cycle opératique monumental de quinze heures réparti en quatre parties, en 70 minutes de musique purement instrumentale, tout en respectant scrupuleusement la partition originale à l'exception des voix. Loin de « désacraliser » la partition wagnérienne, ce Ring purement instrumental, qui s'apparente à un véritable poème symphonique éminemment narratif, concentre toute l'attention du spectateur sur la musique, lui révélant alors son formidable potentiel d'expressivité. Sans se limiter à un simple travail de sélection, de collage et de juxtaposition des vingt épisodes choisis, Maazel nous conduit dans un voyage envoûtant au sein d'une épopée musicale fascinante rythmée par nombre de leitmotivs.

est assurément une personnalité clivante par l'originalité de ses interprétations. Formé à la direction d'orchestre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg sous la tutelle d'Ilya Musin, professeur des grands maitres comme Sinaisky, Temirkanov, Gergiev ou Sokhiev. Currentzis est également le fondateur en 2004 de l'Orchestre MusicAeterna, ensemble composé de musiciens originaires de dix pays différents (majoritairement russes) avec lequel il se produit régulièrement, capable d'aborder un vaste répertoire, de la musique ancienne aux créations contemporaines.

Poursuivant sa tournée espagnole, livre ce soir à Séville une interprétation de ce Ring sans paroles, d'une précision exemplaire, portée par une sonorité magnifique et une maîtrise totale de son ensemble MusicaAeterna, en termes de cohésion, de réactivité et de performances solistiques, l'orchestre suivant comme un seul homme sa direction très lisible basée sur une gestique peu conventionnelle, très théâtralisée et extravertie, quasi chorégraphique où il semble sculpter à pleines mains la pâte sonore. Dès le Prélude de l'Or du Rhin on est séduit par la souplesse du phrasé comme par la savante gestion de la dynamique (crescendo d'une subtilité incomparable imprégné d'un intense sentiment d'attente). On admire également la hiérarchisation des plans sonores, la clarté de la texture orchestrale et la mise en place des contrechants avec de superbe cuivres spatialisés (cor) lors de l'entrée monumentale des dieux dans le Walhalla. Chargé d'urgence, annoncé par des attaques de cordes énergiques en rafales, des percussions tonitruantes et un tutti déchaîné, l'orage qui entame la Walkyrie nous saisit d'effroi, bientôt suivi dans une transition subtile de l'émouvant et sensuel duo d'amour entre Sigmund et Sieglinde (solo de violoncelle), avant que l'arrivée de Brünnhilde et la dispute de Wotan et Fricka n'enflamme de nouveau l'orchestre jusqu'à la célèbre Chevauchée. Les Adieux de Wotan, formidablement amenés, sont un moment d'émotion intense développé sur un tapis de cordes graves (legato) d'où émergent les traits de la petite harmonie, avant l'embrasement du rocher et l'appel de Loge. On n'oubliera pas non plus l'arrivée cadencée de Siegfried annoncée par le cor et le violon solo, les bruits de la forêt (flûte, piccolo, clarinette), la lutte avec le dragon et le réveil de Brünnhilde, tout de délicatesse et de poésie, suivi d'un crescendo profondément poignant, la mort de Siegfried, la Marche funèbre, puissante et bouleversante de profondeur, scandée par percussions et vents, le staccato des cordes et la fluidité des harpes impeccablement mis en place lors du Voyage sur le Rhin. L'immolation de Brünnhilde, moment de beauté orchestrale suffocante, conclut de manière grandiose cette interprétation saluée debout par le public sévillan, ravi d'avoir pu oublier pendant plus d'une heure les terribles intempéries qui secouent actuellement l'Andalousie. Inoubliable !

Crédit photographique : © Guillermo Mendo / Teatro de la Maestranza  

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Séville. Teatro de la Maestranza. 7-I-2026. Richard Wagner (1813-1883) : Le Ring sans paroles dans une transcription de Lorin Maazel, suite symphonique sur le cycle de l’Anneau du Nibelung. Ensemble Musica Aeterna, direction : Teodor Currentzis

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