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En tournée, Seong-Jin Cho éblouissant, Gianandrea Noseda conquérant face au LSO

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Séville. Teatro de la Maestranza. 21-II-2026. Igor Stravinski (1882-1971) : Divertimento extrait du ballet Le Baiser de la fée ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en fa mineur op. 12 ; Alexandre Borodine (1833-1887) : Symphonie n °2 en si mineur dite « Épique ». Seong-Jin Cho, piano. London Symphony Orchestra, direction : Gianandrea Noseda

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, et figurent au programme très romantique de ce concert du LSO en tournée en Espagne sous la baguette de et avec le pianiste en soliste.

Jolie entrée en matière que ce rare Divertimento extrait du ballet « Le Baiser de la fée », une œuvre composée en 1928 dans sa forme initiale pour Ida Rubinstein qui provoqua d'ailleurs la brouille entre Stravinsky et Diaghilev. Elle fut revisitée ensuite en Divertimento en 1950. Fortement inspirée de Tchaïkovski (dont Stravinsky pensait qu'il avait comme dans le conte d'Andersen reçu le baiser fatal de la fée), très rarement donnée en concert, cette courte pièce néo-classique qui manque assurément de caractère personnel, en dehors de la Fête au village, se subdivise en sept sections différentes très polymorphes qui constituent un véritable exercice d'orchestre et de direction, sollicitant nombre de prestations solistiques virtuoses et une grande science de la direction dans la précision rythmique, la mise en place et le contrôle de la dynamique. Pleine de charme et de délicatesse, l'entame sollicite la flûte avant que le phrasé très rythmé ne s'anime dans la Fête au village (violon solo, cuivres, petite harmonie et percussions), pour devenir plus apaisé dans la Valse (cor et cordes), plus mystérieux et incisif dans le Moulin (petite harmonie et cuivres), suivi d'un romantique Pas de deux (harpe, petite harmonie et cordes) avec Variations, pour se conclure sur une coda très animée recrutant le tutti.

Rabâché régulièrement sur toutes les scènes musicales de la planète avec plus ou moins de succès par nombre de pianistes, le Concerto pour piano n° 2 de est ce soir abordé par le pianiste . Le soliste coréen, bardé de récompenses internationales (Concours Tchaïkovsky, Concours Arthur Rubinstein, Concours de Varsovie en 2015) en livre ce soir une interprétation mémorable de virtuosité et d'expressivité. Créé à Varsovie par le compositeur en 1830, composé à l'âge de 20 ans, ce concerto commence par un Maestoso ouvert par une longue introduction orchestrale bien menée par Noseda, précédant une entrée fracassante du piano qui va désormais faire quasiment cavalier seul si l'on excepte les rares contre-chants de basson et de cor. Cho, très impliqué, entreprend dès lors une lecture orchestrale, poétique et puissante, saisissante de virtuosité et plus encore d'expressivité arguant d'une sonorité parfaitement stable, d'un toucher délicat et subtil, haut en couleurs dont la digitalité et le phrasé impressionnent par leur pertinence, leur souplesse et leur fluidité. Le célèbre Larghetto, message d'amour qui suspend le temps, adressé à la jeune Konstance Gladowska, déroule une longue cantilène toute d'élégance et de nuances (rubato) en évitant tout épanchement superflu pour atteindre au climax de l'émotion. Le Rondo final renoue avec une virtuosité bien contenue, sur des rythmes de valses et de mazurkas en parfaite symbiose avec l'orchestre. En guise de « bis » une Valse de Chopin conclut cette première partie.

La Symphonie n° 2 dite « Épique » d' occupe à elle seule la seconde partie. Contemporaine du Prince Igor, achevée en 1876, elle fut créée à Saint-Pétersbourg en 1877 puis révisée sous la houlette de Rimski-Korsakov pour trouver sa forme définitive en 1879, toute inspirée de l'épopée médiévale russe d'où elle tire son titre. Elle comprend quatre mouvements développés dans un climat lyrico-épique dont donne une lecture marquée par l'aspect épique avec un phrasé tendu, excessivement abrupt et chaotique, comme taillé à la hache, ne faisant que peu de cas des épanchements lyrico-romantiques. L'Allegro initial débute dans la puissance solennelle du tutti avant de se prolonger par un épisode lyrique énoncé par les cordes graves et la petite harmonie, dans une alternance de sursauts orchestraux et de passages plus lyriques où la composante énergique massive, largement prédominante, est répétée à satiété. La dynamique et la scansion rythmique sont impeccablement conduites à l'instar des prestations solistiques (trombone, percussions). Le Scherzo prestissimo met en avant de superbes pizzicati des cordes (notamment contrebasses) interrompu par un Trio plus mélancolique (cordes et petite harmonie). L'Andante suivant est assurément le mouvement le plus poétique, empreint de slavitude avec un superbe trio mettant en jeu la harpe, le cor et la clarinette, avant que l'Allegro final bouillonnant et dansant ne renoue avec la virtuosité orchestrale, souverainement mise en place, pour achever cette lecture un rien mono maniaque et sans nuances, malgré la superbe prestation, la cohésion et la réactivité du LSO. Dommage !

Crédit photographique : © Guillermo Mendo / Teatro de la Maestranza   

 

 

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Séville. Teatro de la Maestranza. 21-II-2026. Igor Stravinski (1882-1971) : Divertimento extrait du ballet Le Baiser de la fée ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en fa mineur op. 12 ; Alexandre Borodine (1833-1887) : Symphonie n °2 en si mineur dite « Épique ». Seong-Jin Cho, piano. London Symphony Orchestra, direction : Gianandrea Noseda

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