Une festive Verbena de la Paloma pour un bel hommage au temps d’hier…
Dans le cadre de sa 37ᵉ saison lyrique, le Teatro Cervantes de Malaga rend un très bel hommage à la zarzuela en présentant la célèbre Verbena de la Paloma du compositeur Tomás Bretón, dans une mise en scène de Nuria Castejón et sous la direction musicale de José María Moreno précédée du prologue comico-lyrique Adios Apolo d'Alvaro Tato.

Paradoxalement, Tomás Bretón, un des plus grands compositeurs espagnols de la fin du XIXᵉ siècle, fut toute sa vie obsédé par l'opéra espagnol dont il souhaitait asseoir les fondations, c'est pourtant une zarzuela emblématique d'un genre qu'il considérait comme mineur, La Verbena de la Paloma qui lui apporta la célébrité. Véritable monument du « género chico » (œuvre courte et légère), initiatrice du style « madrilenismo » puisé à l'urbanité madrilène, la Verbena, sur un livret de Ricardo de la Vega, plante le décor des rues grouillantes et du petit peuple madrilène. Pour contextualiser la soirée et faire bonne mesure, la Verbena est précédée ce soir du Prologue Adios Apolo du poète et dramaturge contemporain Álvaro Tato qui nous fait revivre les dernières heures de ce mythique théâtre madrilène avant sa fermeture en 1929…

En 1893, les directeurs du Teatro Apolo de Madrid décident de mettre en musique cette fête traditionnelle en l'honneur de la Vierge de La Paloma de Madrid. La tâche est confiée au jeune musicien Tomás Bretón qui, en seulement dix-neuf jours, compose cette partition. Créé le 17 février 1894, elle est considérée dès lors par la critique comme un chef-d'œuvre. La Verbena de la Paloma s'inspire de l'histoire vraie d'un jeune typographe qui, pris d'un accès de jalousie, provoque un scandale lors d'une fête populaire située dans une rue de Madrid du quartier de La Latina par un soir de 15 août à la chaleur étouffante. Deux sœurs, Susana et Casta, couturières logeant chez leur tante Antonia, sont courtisées par le pharmacien âgé, Don Hilarión. Lorsqu'elles décident d'assister à la fête de la Verbena de la Paloma avec lui, Julian le petit ami de l'une d'elles tente de les en dissuader, d'où une suite de querelles, de flirts et de réconciliations festives.

Dans sa mise en scène, Nuria Castejon utilise avec maestria tous les outils théâtraux mis à sa disposition pour intégrer savamment le prologue Adios Apolo et la Verbena de la Paloma dans un même fil narratif et nous faire passer avec une subtile transition, toute de fluidité, de la répétition générale à la représentation proprement dite : ressort comique efficace avec clins d'œil multiples au public, mise en abyme qui assure l'homogénéité et la continuité du spectacle, danses multiples impeccablement réglées, équilibre entre chant et langage parlé. Le prologue est l'occasion de rendre un bel hommage au mythique Teatro Apolo par le biais de nombreux extraits de zarzuelas célèbres (Jacinto Guerrero, Federico Chueca, Joaquim Valverde, José Serrano, Tomas Lopez-Torregrosa et Tomas Breton bien sur…) tandis que la Verbena qui lui fait suite réaffirme avec brio une identité culturelle nationale au travers de cette production créée au Teatro de la Zarzuela de Madrid le 8 mai 2024. Tout ici répond aux standards du genre : Une scénographie qui figure un quartier du vieux Madrid avec ses petits artisans et commerçants ; ses Mozos, ses chulapas froufroutantes et ses châles de manille (Gabriela Salaverri) ; les séquences dansées qui alternent séguedilles, habanera, chant flamenco (Sara Salado) ; le jeu d'acteur convaincant, tout cela dans une ambiance de fête haute en couleurs.

La distribution pléthorique (pas moins de dix-huit chanteurs !) repose sur des chanteurs-acteurs aguerris au genre de la zarzuela, capables de projeter leur voix au-delà de l'orchestre, sans sonorisation, dans la déclamation comme lors du chant, avec une diction parfaitement compréhensible et une prosodie claire. Parmi les solistes, l'aspect le plus remarquable est sans nul doute l'équilibre des voix au sein d'une distribution entièrement espagnole. Antoni Coma, dans le rôle clé d'un Don Hilarión (baryton comique) ressort de l'intrigue, campe un vieux pharmacien libidineux, convaincant tout du long de cette production par sa flexibilité vocale comme par son engagement scénique. À ses côtés, le baryton Borja Quiza (Julian) séduit par sa voix solide et noble, comme en témoignent les duos avec Milagros Martín (Señá Rita) mezzo-soprano aux graves abyssaux et surtout, avec Susana, interprétée par Carmen Romeu (soprano) dont on admire la beauté du timbre et la projection insolente. Lara Sagastizabal (Casta), Gurutze Beitia (Tia Antonia) complètent avec bonheur la distribution féminine, tandis que le ténor comique Gerardo López apporte la brillance de sa voix et une excellente projection au rôle de Don Sebastian. Il convient, en outre, de mentionner tout particulièrement l'intervention de la chanteuse de flamenco Sara Salado, dans la scène folklorique emblématique de la production, située au Café de Melilla.
Dans la fosse, l'Orchestre philharmonique de Malaga dirigé par son chef titulaire José Maria Moreno assure l'indispensable cohésion entre chant et théâtre, acteur majeur de la dramaturgie et de la farce, dans un équilibre constant avec les chanteurs tandis que le Chœur Intermezzo apporte la touche finale, vocale et scénique, à cette belle production malaguène.
Crédit photographique : © Carlos Diaz / Teatro Cervantes







