Danse en jeu(x) avec les musiciens de 2e2m au CRR de Paris
La soirée est rafraichissante, de jeunesse, de mouvements et de couleurs mêlées. Elle réunit sur le plateau de l'Auditorium Marcel Landowski les élèves du département danse et musique du CRR de Paris et l'Ensemble 2e2m sous la direction du chef invité Rémi Durupt.

Le projet s'inscrit dans le cadre du partenariat entre l'Ensemble 2e2m, emmené par son directeur artistique Léo Margue, et le Conservatoire à Rayonnement Régional – Ida Rubinstein de Paris, l'enjeu, ce soir, étant d'explorer les relations entre le geste et la musique d'aujourd'hui.
Côté musique, sept œuvres ont été retenues dont deux créations mondiales. Les musiciens (accueillant des élèves instrumentistes du CRR) se sont installés en fond de scène, laissant le plateau nu pour les danseurs. Côté danse, l'idée est de rendre hommage à la chorégraphe franco-japonaise Mié Coquempot, décédée en 2019, en s'emparant d'une « phrase » originale de l'artiste qui servira de fil rouge à tous les numéros de la soirée, et en remettant en jeu les propres outils de la chorégraphe. Tous les niveaux et tous les âges sont convoqués, dans un spectacle de haute tenue, réglé au cordeau par l'équipe des professeurs de danse et les deux présentateurs, Léo Margue et Claude Sorin, en charge de la culture chorégraphique au CRR.
Emmené par le piano véloce de Maroussia Gentet, la pièce de Diana Soh, Autour de Soi, invite dix danseurs-danseuses en imperméables dans une chorégraphie (celle de Marie Leca) d'une belle vitalité, en phase avec une musique espiègle, pulsée et tout en rebond. Les couleurs flamboient dans Tracking Mié, faisant appel à la musique de l'Américain Earle Brown avec qui la chorégraphe a travaillé. Comme dans le binôme Cage/Cunningham, toute hiérarchie entre les arts s'efface, musique et danse évoluant en pleine autonomie. Les danseurs débutent d'ailleurs dans le silence, la forme ouverte de Brown laissant au chef le soin d'agencer lui-même le parcours de l'œuvre.

Ça swingue avec les onze élèves du cycle spécialisé jazz et la chorégraphie galvanisante de Vivien Visentin. Pieds nus et en vestes de jogging multicolores, ils évoluent sur la musique du Néerlandais Jacob Ter Veldhuis. Le saxophone de la jeune Zalia Ferlet s'inscrit sur une bande-son toute en relief (percussions et voix à la Steve Reich) engageant la synergie du geste des danseurs. Le bleu océan de leur tenue légère (short et petits-hauts) fait rêver. Elles ont entre 8 et 10 ans et dansent avant et sur la musique de plein air de Francesco Filidei (Opera (forse) : un ballet tout en douceur (conception Flora Rogeboz) où rhombes, sifflets et autres instances bruitées animent l'espace de résonance.
Duo₂ a été écrit par le compositeur Pierre Fourré pour la circonstance. La pièce pour deux bassons, donnée en création mondiale, invite un couple de danseuses (duo au carré) qui improvisent sur cette musique de trames sonores, explorant la variété du grain de l'instrument.
Dans Passé composé, la chorégraphie s'ouvre sur la « phrase » originale de Mié Coquempot, évoquée ci-dessus, reproduit avant le début de la pièce de Claire-Mélanie Sinnhuber, Soliloque, pour petit ensemble instrumental. La musique est à fleur de sensibilité, qui modifie sans cesse sa pulsation et dans laquelle se glisse le corps des sept danseurs et danseuses chorégraphiés par Priscilla Danton.
Des musiciens qui comptent tout fort et des nombres qui fusent selon un algorithme improbable : il y a de l'humour, du ressort rythmique et autant de suggestions pour les danseurs du plateau dans la dernière pièce bien nommée Gambades et torsades d'Ernest H Papier, entendue en création mondiale toujours. Elle mobilise cinq musiciens sous la direction de Rémi Durupt et 12 danseurs chorégraphiés par Céline Gayon, un bouquet final très festif au terme d'un spectacle éblouissant. Le salut final met sur le plateau les musiciens de 2e2m, les chorégraphes et la soixantaine de danseurs dont la discipline, la concentration et la qualité du travail ont fait merveille.
















