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Aux confins du blanc, avec Graciane Finzi et l’Ensemble Calliopée

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Meylan. Hexagone. 19-III-2026. Festival Détours de Babel. Graciane Finzi (né en 1945) : L’Odyssée TransAntarctic, concert-récit immersif. Conception artistique : Karine LethiecC Création électroacoustique multicanal : Diego Losa. Ecriture du récit : Jacques Descorde. Création vidéo : Fanny Wilhelmine Derrier. Avec : comédien (voix off, Charles Berling. Ensemble Calliopée : Christophe Giovaninetti, Claire Théobald, violon ; Karine Lethiec, alto ; Florent Audibert, violoncelle ; Laurène Helstroffer-Durantel, contrebasse ; Aude Giuliano, accordéon ; Carjez Gerretsen, clarinettes.

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Créé en novembre dernier à la Philharmonie de Paris et programmé dans le cadre du festival Détours de Babel, L'Odyssée TransAntarctic investit l'espace de l'Hexagone de Meylan. Emmené par la compositrice et Karine Lethiec, directrice artistique de l', le spectacle immersif nous plonge dans le récit haletant de la folle expédition d'Ernest Shackleton et son équipage sur la terre hostile du pôle Sud encore inconnue.

Le désir d'une histoire forte amène à lire l'Odyssée de L'Endurance, le récit de « l'homme du grand blanc », Ernest Shackleton, qui a tenu un carnet de bord durant les deux années (1914 à 1916) de cette héroïque aventure sur son bateau, L'endurance, qui sera broyé par les glaces. C'est sur ce document authentique que Jacques Descorde, avec qui la compositrice a déjà travaillé, écrit son très beau livret. Parmi les 26 membres de l'équipage, choisis par « le boss » pour leur force d'âme avant tout, Shackleton a eu soin de réunir tous les corps de métier qui seraient utiles à bord, du mécanicien au charpentier, du chirurgien au joueur de banjo, du géologue au photographe.

C'est à ce dernier, Franck Hurley, que l'on doit les merveilleux clichés qui ont pu être sauvés du désastre et à partir desquels va travailler la vidéaste Fanny Wilhelmine Derrier : un flux d'images fantasmagoriques autant qu'hypnotiques qu'elle anime, colore parfois, retraçant mois par mois le combat jusqu'au-boutiste contre la mort mené par Shackleton et ses hommes. Le récit passe par la voix off de  :  grain chaleureux et diction parfaite du comédien qui sait trouver les couleurs quand il fait parler Shackleton. La voix, entendue parfois seule, s'inscrit le plus souvent sur la musique, gardant toujours une certaine distance face à la bataille sans merci contre les éléments qui se joue sur les images projetées en fond de scène.

 

Une œuvre mixte

Côté musique, fait appel à l'électroacousticien et son dispositif multicanal 3D pour la dimension sonore immersive de l'aventure : trames flottantes sur lesquelles se pose la voix du récitant, souffle traversant tout l'espace comme cette vague de froid qui balaie la terre gelée et morphologies bruitées, chocs mats et autres crissements lorsque la glace déchiquette progressivement la coque du bateau : les images sonores suggèrent plus qu'elles ne décrivent au fil de cette bande-son aussi riche que sensible, diffusée avec beaucoup de soin par l'ingénieur du son .

 

L'aller-retour est fluide entre les sources électroacoustique et instrumentale qui s'interpénètrent et se complètent. Sans chef (ils ont des repères temporels par rapport à la bande et au récit), les sept instrumentistes sur le plateau (quintette à cordes, accordéon et clarinette, tous amplifiés) jouent par intermittence, pour commenter, réagir à certaines situations ou relayer parfois la voix empêchée : « je suis incapable d'en parler », écrit Shackletone qui, lorsque son bateau s'écrase sous l'action dévastatrice de la glace, assiste, impuissant à l'agonie du navire. Graciane Finzi traduit l'émotion à travers le choix des timbres et une écriture dont les lignes contrepointent la voix du récitant : chaque instrument aura ainsi son solo : la clarinette basse de Carjez Gerretsen pour dire la lassitude des hommes face aux dégradations qui les obligent à vivre sur la banquise, le bicinium des violons de Christophe Giovaninetti et Claire Théobald dans l'aigu de leur tessiture, faisant peut-être écho à la plainte des manchots impériaux. La contrebasse de Laurène Helstroffer-Durantel s'entend lors de la traversée des esquifs sur l'océan.

Quant à l'accordéon d'Aude Giuliano, il déploie toutes ses capacités expressives, du chant de désolation aux chocs des impacts musclés. Il esquisse par deux fois un air de valse, lors de la fête du premier Noël où tout le monde s'illusionne sur les chances de réussite, et à la toute fin, quand « le boss » revient sur l'île de l'éléphant, « ce bout de roc battu par les vents », pour sauver le reste de l'équipage : musique d'attente, thrène, ou lyrisme éperdu du quatuor à cordes lorsqu'il faut se résoudre à sacrifier les chiens les plus affaiblis. Le solo d'alto de Karine Lethiec, à l'instant où tout pourrait basculer dans le néant, est d'une rare intensité, « arrêt sur image », pourrait-on dire, pour exprimer à travers la musique, cette force silencieuse qui a permis aux hommes de l'équipage de sans cesse repousser leur limite.

Co-produit par l', la Philharmonie de Paris et La Muse en circuit (CNCM), le spectacle à ne pas manquer voyage les 3 et 4 avril à Monte-Carlo dans le cadre du Printemps des Arts et dans l'écrin somptueux de la Salle Garnier de l'Opéra monégasque.

Crédit photographique : ©

 

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Meylan. Hexagone. 19-III-2026. Festival Détours de Babel. Graciane Finzi (né en 1945) : L’Odyssée TransAntarctic, concert-récit immersif. Conception artistique : Karine LethiecC Création électroacoustique multicanal : Diego Losa. Ecriture du récit : Jacques Descorde. Création vidéo : Fanny Wilhelmine Derrier. Avec : comédien (voix off, Charles Berling. Ensemble Calliopée : Christophe Giovaninetti, Claire Théobald, violon ; Karine Lethiec, alto ; Florent Audibert, violoncelle ; Laurène Helstroffer-Durantel, contrebasse ; Aude Giuliano, accordéon ; Carjez Gerretsen, clarinettes.

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