Une version lumineuse de la Passion selon Saint-Jean avec Gaétan Jarry
Une nouvelle version de la Passion selon Saint-Jean de Bach rend ce chef-d'œuvre encore plus humain et émouvant. Les couleurs vocales et instrumentales font merveille dans l'acoustique de la Chapelle royale exaltées par la direction engagée et hautement inspirée de Gaétan Jarry

Les concerts dans la Chapelle royale de Versailles sont de grands moments. Le label Château de Versailles Spectacles capte régulièrement ces grands évènements. A cette occasion étaient réunis le célèbre Chœur de garçon de Tölz avec ses jeunes solistes, l'orchestre de l'Opéra Royal, un quatuor vocal de premier choix, tous emmenés dans un irrésistible et émouvant élan par leur chef Gaétan Jarry. Dès le chœur d'entrée l'auditeur est plongé de manière vive et active au centre du drame de la Passion. On est saisi par un rythme de danse révélé de manière insolite, rappelant cette citation de Julien Green : « Au fond de toute œuvre de Bach il y a de la joie ». Tout au long de cette Passion, c'est l'idée de résurrection qui est présente, telle que l'Evangile de Jean l'évoque à tout moment. Le verset qui rapporte la parole de Jésus « Je suis la résurrection et la vie » exprime complètement l'ambiance particulière de l'œuvre. Bach l'a bien saisi en sa foi de luthérien. La comparaison avec la Passion selon Saint-Matthieu est révélatrice à ce niveau, l'Evangile de Matthieu restant beaucoup plus sombre et axé encore sur la crucifixion et la mort.
Il y a de nombreuses subtilités dans cette interprétation tant sur le plan vocal qu'instrumental. La présence de garçons solistes pour différents airs habituellement confiés à des voix féminines recrée l'ambiance originale des exécutions historiques telles que les fidèles pouvaient les entendre à l'époque de Bach. La qualité technique et vocale de ces jeunes solistes est stupéfiante de fraicheur et de naturel. L'air « ich folge dir » est un parfait exemple de l'engagement vocal et émotionnel soutenu par le jeu de deux flûtes à l'unisson, tel que le compositeur le préconise. On retrouve bien là l'organiste qui savait que deux jeux à l'unisson apportent un son plus subtil qu'un seul, de telle manière que l'oreille ne s'ennuie jamais.
Le ténor Lienard Vrielink campe un évangéliste ému et troublé par le récit de la passion, avec une voix franche, presque lyrique, éloigné d'un style éthéré à la voix blanche. Nicolas Brooymans, basse, offre un Jésus viril et téméraire devant son épreuve et ses dialogues avec Pilate excellemment représenté par Halidou Nombre font grande impression. L'orchestre de l'Opéra Royal, inféodé au Château de Versailles et présent pour de nombreuses productions se montre ici d'un savoir accompli dans l'approche de la musique ancienne. Chaque musicien à sa place apporte sa touche, sa pierre à l'ensemble, à l'écoute des autres et en harmonie avec le groupe. Fiona Poupard, premier violon en qualité de Konzertmeister veille à ses musiciens pour offrir le meilleur d'eux-mêmes à Gaétan Jarry qui, depuis son orgue positif de continuo exalte le récit de la Passion avec une direction d'une grande énergie communicative.
La présentation visuelle de ce concert, dans le cadre exceptionnel de la Chapelle royale apporte un plus indéniable avec des qualités d'image et de son remarquables, en support Blu-ray. Il est clair que cette version de concert peut se compter parmi les grandes interprétations « live » de cette œuvre de génie, grâce au talent remarquable de Gaétan Jarry.















Etonnant papier…
Ce que montre surtout l’image, outre l’engagement incroyable des Tölzer (et la mue tardive pour certains d’entre eux), c’est la surexcitation de Gaëtan Jarry, y compris dans les chorals, moments de recueillement par excellence dans une Passion (curieux de ne pas en faire mention). Hors-sujet et tout à fait insupportable.
Ce que montre aussi l’image, c’est que le chanteur incarnant Jésus chante aussi récitatifs et airs de basse, ce qui est une aberration totale.
Quant à l’Évangéliste de Linard Vrielink, quasiment tout est fait en force, en voix de poitrine, bien peu de subtilités (les passages piano étant systématiquement alanguis), c’est à la limite de l’expressionnisme (Pichon, ayant désormais lui aussi cette tendance, paraît un ange de chœur à côté !)
Les solistes garçons s’en sortent assez bien, mais rien d’exceptionnel cependant (ah, Sebastian Henning ou les soliste sdans la Saint-Matthieu de Leonhardt…). Pour « All ist vollbracht », Panito Iconomou chez Harnoncourt restera à jamais insurpassable en termes de technique, d’incarnation et d’émotion. La basse Halidou Nombre est fort fragile quant à lui et le ténor Moritz Kallenberg est au bord de l’expressionnisme également, mais s’en sort bien.
Autre étonnement, voir à l’image plusieurs fois des spectateurs filmer, par ex. le plafond de la chapelle, la caméra ne cherchant nullement à les éviter, bien au contraire. Il est vrai que ça apporte un plus indéniable… Gloups…
Bref, une version hyper opératique, hors-sujet et très dispensable. Retour à Harnoncourt direct pour une version filmée ou, par exemple, à Kuijken pour le seul son.