Marquante Résurrection de Mahler par Tugan Sokhiev à Luxembourg
Interprétation toute en contrastes pour la Symphonie n° 2 de Mahler. À la tête des musiciens luxembourgeois, Tugan Sokhiev embarque le public de la Philharmonie.

On le sait, toute exécution de la Symphonie n° 2 de Mahler est déjà en soi un petit événement. Avec ses quatre-vingt-dix choristes et plus de cent instrumentistes, le concert donné à la Philharmonie de Luxembourg ne fait certainement pas fait exception à la règle. Dès le début du premier mouvement, le ton est donné, et l'intensité de la lecture de Tugan Sokhiev ne se relâche à aucun instant. Aux premiers accords, littéralement glaçants, du mouvement conçu par Mahler comme un poème symphonique intitulé « Todtenfeier » (Fête des morts) font écho la grâce et l'élégance de l'andante moderato, auxquelles répond la fluidité presque liquide du mouvement reprenant le thème du lied « Des Antonius von Padua Fischpredigt » (Le sermon aux poissons de Saint-Antoine de Padoue). C'est ce lied qu'avait déjà mis en musique Mahler pour son recueil Des Knaben Wunderhorn. À la simplicité presque austère de « Urlicht » font suite les paroxysmes vocaux et instrumentaux du mouvement final, enlevés dans un climat d'apothéose où le temps paraît comme suspendu. Toute de contrastes, d'une construction extrêmement cohérente et équilibrée, la lecture de Tugan Sokhiev enthousiasme à la fois par son ampleur interprétative et par sa précision technique. Les solos instrumentaux, parfois entendus pour les cuivres depuis la coulisse, sont d'une transparence quasi analytique, et les déchaînements orchestraux parfaitement maîtrisés, les musiciens faisant preuve d'une grande force de conviction. Chantant leur partition par cœur, non regroupés par pupitre comme cela se fait généralement, les choristes de la Wiener Singakademie impressionnent par la justesse de leur intonation et par la richesse de leur palette dynamique. Placés au cœur de l'orchestre, derrière les cordes et devant les cuivres, les deux chanteuses solistes livrent une prestation remarquable. Toute de simplicité, Okka von der Damerau propose une lecture sobre et émouvante de son « Urlicht », dont elle privilégie la lumineuse intériorité. Avec ses radieuses montées dans l'aigu et son timbre délicieuserment moiré, la soprano Louise Alder nous ouvre les portes du ciel. Devant un tel chef d'œuvre et une telle maîtrise interprétative, le public enthousiaste réserve une interminable ovation aux musiciens, aux chanteurs et au chef qui a su si bien les inspirer.













