Découvrir les « songs » de Florence B. Price
Nombreux sont encore les mélomanes qui ne connaissent pas Florence B. Price. Yannick Nézet-Séguin et John Jeter ont gravé récemment symphonies et concertos, mais beaucoup reste à faire pour rendre à cette compositrice sa juste place dans l’histoire de la musique américaine.
Etonnante histoire que celle de Florence B. Price ! Être femme n’était pas une petite discrimination pour un compositeur dans la première moitié du XXe siècle, mais être noire de surcroit, et élever seule ses deux enfants, il fallait une certaine personnalité pour assumer son destin. Les difficultés, les embûches n’ont pas manqué, mais elle fut bien la première compositrice afro-américaine à être jouée de son vivant par de grands orchestres américains. Si son nom commence à être un peu connu, son catalogue d’œuvres n’est toujours pas complet. On sait qu’il est considérable, qu’elle a beaucoup écrit, mais combien de pièces chorales ? Combien de mélodies pour voix et piano ? On ne le sait pas encore. 70 ans après sa mort, la recherche traine toujours des pieds…
On accueille avec d’autant plus d’intérêt et de gratitude cet enregistrement d’un joli florilège de ces « songs ». Il y a beaucoup de beauté et de simplicité dans ces mélodies, dont certaines (lesquelles ?) ont été écrites pour Marian Anderson. Les textes sont souvent appuyés sur la vie quotidienne et développent une spiritualité un peu naïve et touchante. L’écriture musicale, certes immédiatement identifiable comme américaine, est clairement postromantique, sans grande audace, sans révolte ni provocation. Mais le charme est bien réel, avec des phrases longues souvent évocatrices de spirituals, avec une tonalité sage et chromatique, bien respectueuse des codes. Pour autant, il ne s’agit pas d’un bouquet de fleurs. On peut trouver de l’indignation dans « They lie, they lie », de la rêverie, de l’amour, mais surtout beaucoup de foi, de méditations sur les petits riens de la vie.
Ces mélodies attachantes trouvent en Ted Black et Sascha El Mouissi d’excellents serviteurs. Le premier leur prête une voix de ténor qui est belle, longue, et investie d’une élocution d’une grande clarté. Il n’en fait pas des tonnes, mais chaque inflexion, chaque nuance est juste et tout est parfaitement habité. Le second au piano, tout aussi engagé, le soutient d’un jeu délicat, bien chantant, et leur travail conjoint rend bonne justice à ces petits joyaux. On en voudrait encore…
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