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IIIe Festival International de Guitare de Paris

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

[Paris] Salle Cortot. 19-XI-2005. I) Mario Castelnuovo-Tedesco (1895-1968) : Prélude et fugue en mi. Pierre Petit (1922-2000) : Toccata. Goran Bogdanovic (né en 1955) : Sonata Fantasía. Arnaud Dumond (né en 1952) : Comme une image de Maurice Ravel. Bach-Busoni (1685-1750) : Chaconne de la partita BWV 1004. Manuel de Falla (1876-1946) : Danza del molinaro, Romance del pescador, Danza Española. Duo Astor (Francisco Bernier, Gaëlle Chiche), guitares. II) Sergio Assad (né en 1952) : Farewell. Wim Henderickx (né en 1962) : Saeta. Jean-Sébastien Bach : Chaconne de la partita BWV 1004. Owe Walter (né en 1946) : La Guitarra. Raphaella Smits, guitare à 8 cordes.

[Paris] Salle Cortot. 20-XI-2005. I) Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates K140 et K141. Fernando Sor (1778-1839) : Souvenirs de Russie, fantaisie opus 63. Atanas Ourkouzounov (né en 1970) : Reflets I et IV. Pierre Petit (1922-2000) : Toccata. Duo Palissandre (Vanessa Dartier et Yann Dufresne), guitares. II) Francesco Da Milano (1497-1543) : Ricercare et Danza Altiplana. Nicolo Paganini (1782-1840) : Grande Sonate en La. Eduardo Sainz de la Maza (1903-1982) : Habanera, Platero, Campanas del Alba. Alberto Ginastera (1916-1983) : Sonate pour guitare. Alvaro Pierri, Guitare

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Cette troisième édition du Festival International de Guitare de Paris conserve le principe des « doubles concerts » avec chaque fois deux artistes ou formations. Tania Chagnot nous a révélé la possibilité d’un concours international de guitare qui pourrait voir le jour l’an prochain pour la quatrième édition, heureuse initiative même si les concours de guitare sont aujourd’hui nombreux de par le monde. Ce serait rendre à Paris la place perdue avec la disparition du concours de Radio-France il y a quelques années, souhaitons que ce projet aboutisse.

Pour commencer cette soirée, le , jeune de par l’âge de ses membres, Francisco Bernier et Gaëlle Chiche, mais déjà bien mature en tant que formation et parcours musical, était invité. On ne compte plus les nombreuses récompenses qu’ils ont obtenues dans le monde entier et leur succès va grandissant. Le Prélude et Fugue en mi extrait des Guitares bien Tempérées de Mario Castelnuovo Tedesco est un des plus célèbres grâce, probablement, au mythique duo Presti-Lagoya qui l’avait mis à son répertoire. C’est un des plus beaux aussi. L’interprétation du Duo Astor est à la fois très lyrique dans le prélude et plein d’allant dans la fugue. Suit une autre pièce du répertoire de leurs aînés, la célèbre Toccata de Pierre Petit. Jouée avec une certaine désinvolture et beaucoup d’humour, on redécouvre cette œuvre. La Sonata Fantasía du guitariste-compositeur serbe Goran Bogdanovic est plus difficile d’abord, mais les intonations héritées du pays d’origine de Bogdanovic mêlées à des rythmes et accords jazzy est particulièrement intéressant et il est fort possible que Gaëlle Chiche ait raison lorsqu’elle indique que cette pièce puissante deviendra une œuvre maîtresse des duos de guitares. Comme une image de d’Arnaud Dumond n’est pas sans nous rappeler Comme un hommage à Ravel pour guitare seule du même Dumond. En duo, cette pièce est tout aussi belle, mélodique et chaude. Deux guitares permettent un accompagnement en arpèges presque continu et un parfait détachement de la mélodie. On ne compte plus les transcriptions de la Chaconne BWV 1004 de Bach et le travail de Busoni fut longtemps une référence pour les pianistes. C’est à partir de cette transcription que le Duo Astor nous a interprété ce monument. Avouons que nous fûmes quelque peu déconcertés. Non par l’interprétation, mais par le détachement des voix pas toujours très heureux. L’enregistrement à deux guitares par l’Amadeus Guitar Duo (CD Hännsler) nous avait laissé le même sentiment mitigé, une impression de perte d’équilibre. Pour finir, trois pièces de interprétées comme dans une suite logique. La Danza del molinero extraite du Tricorne (El sombrero de Tres Picos) sonne comme une farruca, alors que la mélodieuse Romance del pescador apporte calme et repos avant la fougueuse et célèbre Danza Española extraite de la Vida Breve. On sent là toute la maîtrise du Duo Astor littéralement habité par ce répertoire. Deux rappels suivirent : une très belle pièce de Ginastera et un surprenant Recuerdos de la Alhambra de Francisco Tarrega interprété dans un parfait unisson. Dire qu’ils ont du talent est une lapalissade. Tout y est : précision du jeu, cohérence, musicalité, complicité. Un duo dont la route déjà bien tracée promet un bel avenir.

est une grande dame de la guitare, une grande musicienne trop rare en concert. Elle nous avait préparé un programme fait d’hommages et de nostalgie. A commencer par Farewell que Sergio Assad écrivit après la disparition prématurée de son épouse. Une plainte dans la nuit, toujours aussi émouvante à écouter. Un début de concert tout en douceur avant la surprenante Saeta de Wim Henderickx écrite comme une suite retraçant les sept étapes du Christ, de sa condamnation à la méditation qui suit la résurrection. Une œuvre noire qui glisse sur une mer d’huile. La Chaconne BWV 1004 de Bach était décidément très à l’honneur. Après une version sur guitare baroque la veille par Marco Meloni puis celle du Duo Astor en première partie de soirée, c’est au tour de Raphaella Smits de nous offrir sa vision sur sa guitare à 8 cordes. Grande sérénité du jeu, cohérence du phrasé, bien droite, les yeux fermés durant toute l’œuvre, nous fûmes particulièrement impressionnés par la maîtrise de la guitariste. La main gauche extrêmement sûre et précise donnait l’impression que la guitariste écoutait autant la pièce que le public comme si elle était détachée du jeu. Toutes les qualités de guitariste et de musicienne qui font la réputation de Raphaella Smits étaient résumées dans ces quelques dizaines de minutes. Pour finir, trois pièces du compositeur Owe Walter réunies sous le titre La Guitarra et dédiées à Raphaella Smits : de nombreuses techniques guitaristiques pour des pièces d’une grande richesse de composition sans pour autant tomber dans les effets faciles, bien au contraire. Une belle découverte. Trois rappels ont été nécessaires pour calmer un public heureux d’avoir pu entendre une figure de la guitare trop rare en concert en France. Notons que Raphaella Smits donnait le lendemain, dimanche, une master-class à la Cité Internationale des Arts.

Le lendemain, c’est par deux sonates de Scarlatti peu connues que le débuta sa prestation. Un jeu clair et limpide pour des pièces toujours aussi agréable dans une version guitares. Vint ensuite le très célèbre duo Souvenirs de Russie que Fernando Sor composa pour son ami Napoleon Coste. Toujours aussi plaisant à entendre surtout avec un phrasé aussi fluide que celui offert par Vanessa Dartier et Yann Dufresne. Ce sont les pièces de Ourkouzounov qui ont retenu le plus notre attention. Dans le principe, les jeux de guitares se reflètent l’un vers l’autre. Ces pièces surprenantes sont particulièrement riches. Reflet I fait appel à des effets de percussions. La main gauche frappant le chevalet, la table mais aussi les cordes par une technique de « slap », la main droite frappant les cordes sur le manche formant des accords plaqués. Le résultat est très réussi et Ourkouzounov a su éviter les facilités de la caricature que l’on rencontre trop souvent dans ce type de pièce. Reflet IV, dédié au Duo Palissandre, répond à la même logique mais sous la forme d’un canon très élaboré. Dans les deux cas, on perçoit la nécessité d’une interprétation aiguisée qui était d’ailleurs au rendez-vous. Avec un tel duo, Ourkouzounov a trouvé des ambassadeurs de choix. C’est avec la célèbre Toccata de Pierre Petit, déjà entendue hier, que cette première partie devait prendre fin. Il est toujours intéressant de pouvoir comparer, au concert, deux versions d’une même œuvre : là où le Duo Astor faisait preuve de beaucoup d’énergie, le Duo Palissandre laissait place à la délicatesse. Dans les deux cas le résultat est réussi mais la perception que l’on a de l’œuvre est différente. De quoi démentir les petits détracteurs qui cherchent toujours les meilleurs interprètes alors qu’il suffit de se laisser guider par la vision des artistes. Une très belle prestation qui se termina par une autre pièce dédiée au Duo Palissandre, Culto al cafecito de Fernando Millet en rappel. Le climat des petits cafés de quartier mis en musique clôtura cette première partie comme il se doit, dans un esprit festif.

Le trop rare maître uruguayen avait pour devoir de terminer cette troisième édition du Festival International de Guitare de Paris. Un très beau cadeau de la part de Tania Chagnot et de l’équipe organisatrice. Réputé pour son caractère parfois difficile, a montré qu’il était capable de beaucoup de patience à l’égard du public et surtout de beaucoup d’humour. Il a fallu qu’un téléphone sonne pour la deuxième fois pour que le guitariste arrête sa prestation et attende que les irrespectueux fassent le nécessaire pour éviter ce type d’incident. Tranquillement, impose ses règles au public, il ne commence aucune pièce si le silence n’est pas total. Le résultat est surprenant tant nous ne sommes plus habitués à ce climat de concentration qui nous est imposé. A sa manière, l’interprète nous fait entrer dans son monde musical à commencer par un doux Ricercare de Da Milano avant la Danza Alpina au rythme énergique. Le jeu est le même que dans notre souvenir, extrêmement contrasté. Un piano devient presque pianissimo et un forte, un fortissimo. Cette démesure, plutôt que de dénaturer les œuvres interprétées, leur donne un caractère presque sculptural, mais ne nous y trompons pas, il faut le talent d’Alvaro Pierri pour réussir ce type d’exploit sans tomber dans la lourdeur d’interprétation. La Grande Sonate en la de Paganini est suffisamment ardue pour être peu présente dans les programmes de concert. Qu’à cela ne tienne, avec une technique incroyable, sans faille, le guitariste se joue de la difficulté des mouvements extrêmes et offre un très beau legato à la romanza centrale. Les œuvres de Sainz de la Maza sont toujours aussi agréable à entendre et on a le sentiment que c’est le type de musique que Pierri doit jouer lorsqu’il est entre amis : on le sent en parfaite symbiose. Pour finir, la belle et rare sonate de Ginastera qui offrit à elle seule toute la richesse de jeu d’Alvaro Pierri. Pas moins de quatre rappels furent nécessaires, dont une surprenante version de l’étude n°12 de Villa-Lobos, pour calmer un public « aux anges » mais déçu que cela s’arrête après presque 1h30 de prestation. Il est certain qu’Alvaro Pierri a compris le message de ses admirateurs : revenez vite cher Maître.

Ainsi se termina cette troisième édition du Festival International de Guitare de Paris, avec un bilan très réussi. Malgré la surprenante programmation d’autres festivals de guitare le même week-end dans la région alors que les dates de celui-ci sont connues un an à l’avance, la salle Cortot était très bien remplie, voire comble le dimanche de clôture, au point que quelques malheureux ne purent entrer. Espérons qu’il ne s’agisse là que d’une erreur de calendrier et qu’à l’avenir nous n’aurons pas des choix toujours difficiles à faire. Un grand merci pour ces moments de bonheur et … vivement l’année prochaine!

Crédit photographique : © Laurent Duroselle

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