philharmonie de paris 0718

Sylvain Cambreling, des abysses aux sommets

À emporter, Actus Prod, CD, Musique symphonique

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n°33 en si bémol majeur K319, n°35 en ré majeur « Haffner » K385 et n°38 en ré majeur « Prague » K504. Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau. 1 CD Glor Classics GC08151. Code barre : 4-260158-915151. Enregistré le 17 juin 2006 au Kurtheater de Bad-Ems (Symphonie n°33), les 20 et 21 juin 2002 au Konzerthaus de Freiburg (Symphonie n°35) et le 12 novembre 2005 au Festpielhaus de Baden-Baden (Symphonie n°38). Notice bilingue (allemand, anglais). Durée : 68’18’’

 

Le label Glor Classics, créé il y a peu de l’autre coté du Rhin, présente 6 coffrets consacrés au chef d’orchestre , dans des répertoires allant de Mozart au XXe siècle. L’occasion de saisir les qualités et défauts d’un interprète fortement critiqué dans son pays et fêté en Allemagne. Chacun de ces albums, capté pour la plupart en live, est accompagné d’un DVD de présentation de Glor Classics (entretien avec le chef de chœur Joshard Daus, documentaires sur Europa Kantate et les enregistrements du Requiem de Verdi et de L’enfance du Christ de Berlioz et catalogue des parutions). Ce label n’a traduit ses notices en français que dans les albums Berlioz et Debussy…

Mozart passe ou casse. Enregistrées à trois périodes différentes dans trois lieux différents, ces trois symphonies illustrent bien le coté «Janus» de . La Symphonie n°35, la plus ancienne dans l’ordre des dates de prise de son, est une réussite exemplaire : jeu tonique sans sècheresse, élégance sans préciosité, nuances détaillées au possible, … Une illustration parfaite d’une interprétation moderne de Mozart avec l’acquis musicologique actuel. Malheureusement ça ne suit pas dans les deux autres symphonies, prises dans des tempos bien trop rapides. Les menuets précipités ne dégagent aucun aspect dansé, les mouvements ultimes sont bousculés, peu de nuances et un constant sentiment d’urgence qui ne se justifie pas. Pour Mozart sur orchestre moderne avec la connaissance des canons d’interprétation de l’époque, rien ne vaut Armin Jordan (Erato / Warner classics).

(1810-1856) : Das Paradies und die Peri op. 50. , Dorothee Jansen, sopranos ; , mezzo-soprano ; , Andreas Karasiak, ténors ; Russel Braun, baryton. EuropaChorAkademie (chef de chœur : Joshard Daus), . 2 CD Glor Classics GC08171. Code barre : 4-260158-915175. Enregistré le 15 mai 2002 au Konzerthaus de Vienne. Notice bilingue (allemand, anglais). Durée : 59’57’’et 46’04’’

Ce Schumann déçoit aussi. Malgré un plateau vocal excellent (à commencer par la Péri de ), malgré un chœur de très haut niveau, malgré les belles couleurs orchestrales que le chef sait tirer de ses troupes, ce Paradis et la Péri souffre de tempos trop abrupts. Les passages de recueillement sont précipités, rendant le tout très uniforme. Aucun charme, aucune magie ne sort de cette grande ballade romantique, de ce «presque opéra» d’après Lalla Rookh de Thomas Moore qui se déroule dans un Orient mystique, parcours initiatique d’une Péri (sorte d’esprit ou de génie dans la culture persane) de l’Inde au Liban en passant par l’Egypte avant de finir en Perse, c’est à dire au Paradis. Avec Sylvain Cambreling, c’est l’Orient-Express ! Parmi les versions récentes, retenons celle, excellente, de Nikolaus Harnoncourt (RCA), qui ne confond pas vitesse (lui aussi use de tempos rapides) et précipitation.

(1803-1869) : Grande Messe des Morts H75. , ténor. EuropaChorAkademie (chef de chœur : Joshard Daus), SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg. 2 SACD Glor Classics GC08034. Code barre : 4-260158-915038. Enregistré le 31 mars 2004 au Konzerthaus de Freiburg et le 2 avril 2004 à l’Alte Oper de Francfort. Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 47’34’’et 35’02’’

A l’inverse du Schumann précédent, cette Grande Messe des Morts connait ici une version magistrale. L’œuvre, il est vrai, tient plus de l’architecture sonore, voire de la «mise en scène acoustique». Il s’agit, à juste titre, du seul album de cette série à être présenté sous le format SACD. Dans de bonnes conditions d’écoute, la finesse de la prise de son (et sa spatialisation dans un système 5. 1) permet d’être littéralement englouti sous les flots de cette partition dantesque. Les déchaînements à outrance de la fanfare dans le Tuba mirum sont fidèlement restitués, le théâtre est bel et bien entré dans l’église. Sylvain Cambreling est tout à son aise dans ce déluge sonore et sait toujours doser les nuances. Le Sanctus, pièce délicate avec ses discrets coups de cymbales, est d’une retenue incroyable, compte tenu de ce qui a précédé. Le fait que cet album provienne de deux captations différentes n’altère en rien son homogénéité. L’EuropaChorAkademie au grand complet se surpasse, les couleurs du SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg sont exceptionnelles, et reste décidément un des meilleurs ténors pour Berlioz. Une version d’anthologie, à placer aux cotés de Charles Münch (Orchestre de Boston – RCA) et Colin Davis 1 (LSO – Philips).

(1803-1869) : L’enfance du Christ H130. , contralto ; Yan Beuron, ténor ; Gabor Bretz, baryton-basse ; Philippe Rouillon, , basses. EuropaChorAkademie (chef de chœur : Joshard Daus), . 2 CD Glor Classics 08131. Code barre : 4-260158-915137. Enregistré le 6 décembre 2007 à la Philharmonie du Luxembourg. Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 39’53’’et 54’55’’

On descend d’un cran avec cette Enfance du Christ. Non pas en raison du chef, toujours autant à l’aise chez Berlioz, y compris dans ce faux pastiche. Non plus en raison du toujours excellent EuropaChorAkademie, au français exemplaire. L’, sans posséder la luxuriance du SWR Sinfonieorchester, se défend honorablement, quoique le pupitre de cordes soit un peu terne. Mais le plateau est très inégal, duquel seul se détache l’excellent récitant de . Philippe Rouillon porte le poids des ans avec sa voix, outre un vibrato excessif a de sérieuses difficultés avec la prononciation du français, tout comme la jeune basse hongroise Gabor Bretz. Une version honnête de cette Enfance du Christ, en tout premier lieu grâce au chœur et au ténor, mais on restera fidèle aux versions de Colin Davis (avec ) et le LSO (LSO live), John Eliot Gardiner (Erato / Warner classics) ou Philippe Herreweghe (Harmonia Mundi) sans oublier les versions «historiques» (Charles Münch – RCA et Carlo Maria Giulini – EMI).

Claude Debussy (1862-1918) : Le martyre de Saint Sébastien. , soprano ; , mezzo-soprano ; , contralto ; , récitante. Collegium Vocale Gent (chef de chœur : Christoph Siebert), SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg. 1 CD Glor Classics GC08181. Code barre : 4-260158-915182. Enregistré les 19 et 20 janvier 2005 au Konzerthaus de Freiburg. Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 77’08’’

Sans les longs et inutiles textes de transition de Martin Mosebach cette version du Martyre de Saint Sébastien pourrait figurer au palmarès des meilleures lectures de cette œuvre, dont le champion toutes catégories reste Charles Münch (Orchestre de Boston – RCA) malgré des chanteurs peu idiomatiques. Certes, ces textes ajoutés se justifient pour une version de concert devant un public germanique, mais de là à les inclure dans un enregistrement… L’autre point noir est , soprano au vibrato excessif et à la prononciation plus que relâchée. Le reste n’attire que des éloges : orchestre rutilant, chœur exceptionnel. Sylvain Cambreling est tout à son aise ici encore dans les harmonies extatiques de cette pièce si particulière de Claude Debussy. Une version à acquérir, ne serait-ce que pour les performances chorales et orchestrales, sans parler des deux autres solistes féminines, à condition d’ignorer les deux défauts cités supra. Dommage, car prononce un français parfait dans les quelques passages récités sur l’orchestre, avec une pointe d’accent qui n’est pas sans évoquer ce qu’eut pu faire Ida Rubinstein, commanditaire et créatrice du Martyre, en son temps.

(né en 1955) : Granum Sinapis. (1882-1971) : Messe. (1904-1975) : Canti di Prigionia. EuropaChorAkademie (chef de chœur : Joshard Daus), membres de la Deutschen Kammerphilharmonie Bremen, Mannheimer Schlagwerk. 1 CD Glor Classics 08081. Code barre : 4-260158-915083. Enregistré du 22 au 26 octobre 2006 au Sendesaal de la Radio de Brême. Notice bilingue (anglais, allemand). Durée : 75’42’’

C’est décidément dans le XXe siècle que Sylvain Cambreling s’exprime le mieux. Ces trois œuvres chorales, toutes trois véritables architectures sonores, trois témoignages différents sur trois périodes du siècle passé, voient pour chacune d’entre elles des versions de références. Granum Sinapis de est décidément bien servi. Après et Accentus (Naïve), voici une autre version tout autant excellente de ce cycle a capella sur des textes mystiques du Maître Eckhart. Une lecture poignante, déchirante, toujours sur le fil du rasoir, excellemment menée par Cambreling et l’EuropaChorAkademie, ce chœur-école de jeunes chanteurs venus de toute l’Union Européenne. La Messe de Stravinsky qui suit, toute en distanciation, rejoint par sa perfection la version récente de Daniel Reuss avec le RIAS-Kammerchor (Harmonia Mundi). Enfin les Canti di Prigionia connaissent enfin une gravure de référence (à égalité avec celle d’Esa-Pekka Salonen, couplée avec Il Prigioniero, Sony), après la disparition du catalogue de celle de Roland Hayrabédian (Accord) et les rééditions erratiques de celle de Hans Zender (Erato / Warner classics).

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