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Catherine Hunold, soprano

Aller + loin, Chanteurs, Entretiens, Opéra

Quelques mois après une Brunnhilde très remarquée à l’Opéra de Rennes et alors qu’elle entamait les répétitions de Dialogues des Carmélites pour Angers Nantes Opéra , Catherine Hunold est revenu pour ResMusica sur quelques jalons importants de sa jeune carrière et évoque ses projets à venir.

Notre dossier : Art Lyrique

 

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« J’ai toujours eu une profonde attirance pour Berlioz »

ResMusica : Votre début de carrière, depuis la Nonne sanglante à l’Opéra de Montpellier, a été principalement placé sous le signe de l’opéra français de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Eprouvez-vous un intérêt réel pour ce répertoire et considérez-vous qu’il convient particulièrement à votre voix ?
 : Ce lien avec l’opéra romantique français et tout particulièrement avec ses héroïnes a toujours été présent. Mon affinité avec ces femmes complexes et passionnées est devenue peu à peu une évidence. Elles vont au bout de leur choix et possèdent une dimension littéraire plus que fascinante à incarner. Ce sont aussi des voix au dramatisme puissant, capables de traduire une grande palette d’émotion. Je me sens « à la maison » dans ce répertoire ! Je m’intéresse aussi beaucoup aux interprètes de cette époque. De Cornélie Falcon à Lucienne Bréval en passant par Félia Litvinne. Toutes des voix « entre-deux », dramatiques, chantant aussi bien Valentine des Huguenots que Marguerite de la Damnation ou Rachel dans La Juive et Chimène dans Le Cid. À part la Falcon, elles ont toutes été aussi de grandes Brünnhilde…

RM : D’ailleurs comment pourriez-vous caractériser votre voix à son stade actuel ?
CH : L’intimité avec ces différents personnages m’a permis d’explorer de nombreuses facettes de ma voix. Avec Isolde je pouvais être encore un soprano lirico dramatique, depuis Brünnhilde la saison dernière, j’entre dans le répertoire des sopranos dramatiques, répertoire qui requiert une voix longue, de la vaillance et une certaine endurance. Cette typologie vocale demande des années de patient travail technique  et je peux aujourd’hui aborder tous ces rôles avec sérénité.

RM : Vous avez participé aux résurrections récentes de Françoise de Rimini d’Ambroise Thomas à Metz et du Mage de Massenet à Saint-Etienne. N’est-il pas frustrant d’apprendre un rôle pour une petite série de représentations sans réel espoir de le reprendre un jour ?
CH : Et de Mateo Falcone de Théodore Gouvy  à Metz ! Je trouve cela au contraire très enthousiasmant. L’oreille est vierge de toutes références sonores, laissant une part plus grande à la créativité et la recherche. En abordant les rôles de « grand soprano dramatique français », je vois comment l’écriture vocale évolue, les différentes influences, les spécificités de chaque compositeur, bref l’évolution stylistique. C’est par-dessus tout un réel défi vocal et j’adore ça. Il y a une effervescence particulière autour de la recréation de ces opéras. Ils suscitent à chaque fois l’intérêt du public, éveillent sa curiosité. J’ai retrouvé de nombreux spectateurs à Montpellier, Metz et Saint-Etienne. Je sais qu’ils seront là àTours pour Bérénice.
Isolde est arrivée au bon moment. Plus qu’une confrontation elle a été une révélation, une véritable rencontre avec un personnage.  Je me suis reconnue en elle. Elle est mon kaléïdoscope vocal, un rôle aux interprétations infinies. Isolde est mon premier rôle wagnérien !

RM : Vous vous êtes également très tôt tournée vers le répertoire wagnérien et avez fait vos débuts dans Isolde à Prague en 2010. Avez-vous hésité avant de vous confronter à l’Everest vocal que constitue ce rôle ?
CH : Non. Isolde est arrivée au bon moment. Plus qu’une confrontation elle a été une révélation, une véritable rencontre avec un personnage.  Je me suis reconnue en elle. Elle est mon kaléïdoscope vocal, un rôle aux interprétations infinies. Isolde est mon premier rôle wagnérien ! Quand la proposition de Prague est arrivée j’ai dit oui tout de suite. J’avais 5 semaines pour apprendre le rôle… J’ai donc travaillé en m’interdisant tout questionnement, inhibant chaque once de peur qui aurait pu ralentir mon apprentissage. Je gardais juste à l’esprit mes longues conversations avec Margaret Price sur son enregistrement mythique avec Kleiber, le soutien de Catarina Ligendza lors d’un concours et le regard approbateur de « frau professor » Christa Ludwig…

RM : Plus récemment, votre Brünnhilde de la Walkyrie à Rennes, en version de concert, a remporté un succès unanime. Quel souvenir gardez-vous de ces représentations et du travail avec entre autres Claude Schnitzler et Willard White ?
CH : J’en garde le souvenir d’un très beau travail d’équipe à l’image de l’Opéra de Rennes et de son directeur Alain Surrans qui a cru en moi pour cette Walkyrie. L’atmosphère qui régnait en répétition était très professionnelle et très amicale. Le travail avec  Claude Schnitzler et l’orchestre de Bretagne, qui se sont investis avec ardeur et enthousiasme sur ce projet, a été très constructif. Avec Willard White, il s’est immédiatement installé une belle connivence. Chaque soir était unique et les adieux entre Brünnhilde et Wotan chaque fois plus déchirants. Ce fut une très belle rencontre artistique et humaine.

RM : L’actualité immédiate, ce sont les Dialogues des Carmélites à Nantes dans la mise en scène de Mireille Delunsch. Quelles émotions vous inspirent l’ouvrage et le rôle de Madame Lidoine ?
CH : Il s’agit pour moi d’un des plus grands opéras du 20e siècle. Le texte de Bernanos est véritablement poignant et la ligne vocale oscille entre lyrisme et raffinement. J’ai beaucoup de tendresse pour le rôle de Madame Lidoine, la Seconde Prieure, qui aura la tâche difficile d’accompagner ses « filles » à l’échafaud. Je me réjouis de travailler sous la direction scénique de Mireille Delunsch qui connait très bien cet opéra pour avoir chanté Blanche et Madame Lidoine.

RM : Une autre prise de rôle vous attend cette saison : le rôle titre de Bérénice, le chef-d’œuvre lyrique de Magnard, qui n’a plus été représenté en France depuis 2001. Comment avez-vous découvert cette partition ?
CH : C’est Jean-Yves Ossonce, le directeur de l’Opéra de Tours, qui m’a fait découvrir ce rôle et lorsqu’il m’a envoyé la partition je l’ai littéralement dévorée. Bérénice est un véritable challenge vocal, un rôle écrasant non seulement par l’amplitude de sa tessiture mais aussi par sa charge émotionnelle. J’ai hâte !

RM : Pensez-vous qu’il y a dans cette partition une réelle influence wagnérienne ?
CH : Bien sûr, une grande partie de l’opéra romantique français est influencée par le « vieux magicien ». Bérénice est une suite de longues déclamations et de monologues combinant texte et émotion. Les grands duos entre Titus et Bérénice me font penser à ceux de Tristan et Isolde. La gestion du temps, proche de Wagner, accompagne l’évolution psychologique des personnages.

RM : Quels sont les projets lyriques auxquels vous rêvez aujourd’hui ?
CH : J’ai toujours eu une profonde attirance pour Berlioz : je rêverais de chanter Les Troyens (Cassandre et Didon), Marguerite… Après les rôles d’Isolde et de Brünnhilde, Strauss et les véristes italiens semblent être des réponses évidentes pour le futur. Je pense particulièrement aux rôles d’Elektra et de Turandot. Et puis il y aura, pour toujours, Isolde…

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