Klarthe ADN Baroque

Dans l’enfer des hommes avec Hélios Azoulay

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Hélios Azoulay. « …même à Auschwitz ». Anonyme : Byla sobie raz Elzunia ; Emile Goué (1904-1946): Trois pièces faciles pour quatuor à cordes ; Germaine Tillion (1907-2008): Notre sex appeal… ; Hans Kráza (1899-1944): Danse pour violon, alto et violoncelle ; Ilse Weber (1903-1944) : Wiegala, Ukolébavka, Wiegenlied (für Hanićka ; Anonyme, Trois Polonaises varsoviennes du XVIIIème siècle ; Karel Berman (1919-1995) Terezin, suite pour piano ; Gideon Klein (1919-1945) : Trio pour violon, alto et violoncelle ; Hélios Azoulay (né en 1975): N°78707 pour quatuor à cordes et récitant ;Viktor Ullmann (1898-1944) : Le 30 Mai 1431. Hélios Azoulay, clarinette ; Marielle Rubens, chant, Pablo Schatzmann, violon ; Laurent Wagschal, piano ; Maud Lovett, violon ; Patrick Dussart, alto ; Maja Bogdanovic, violoncelle ; Florient Azoulay, récitant. Ensemble de Musique Incidentale, direction : Hélios Azoulay. 1 CD MOM. Enregistré à Rouen au studio Accès digital du 25 au 28 mars 2013. Livret en français. Durée : 66 ’32.

 

Les Clefs Resmusica

cache_29453651Le compositeur clarinettiste se livre dans un disque ému qui serpente sur les rails d’une mémoire humaine condamnée à ne jamais se défaire de l’horreur nazie.

Vous ne connaissiez pas  ? Assurément, vous avez manqué quelque chose. « …même à Auschwitz » est la partie immergée du jour, du parcours totalement hors les canons classiques d’un musicien dont le site officiel n’engendre pas la mélancolie (rubrique « moi, je » et « miscellanées de presse » hautement recommandables). Celui que d’aucuns qualifient de « compositeur le plus infréquentable de sa génération » et qui se définit lui-même comme « n’ayant pas le sens du spectacle » est bien sûr tout le contraire : ce clone de Woody Allen, ce fou du roi au royaume corseté de la grande  musique, ce Pierre Dac de la musique contemporaine, renvoyé très vite (dit-il) du Conservatoire, a fondé l’. Il a composé plus de 60 quatuors (très brefs), l’air du Toréador de Carmen (si, si!) et même fait défiler tout l’oeuvre mozartien en 1 minute ! « Rions en attendant la mort », disait Desproges.

« …même  à Auschwitz » offre le grand écart du souvenir de la mort. C’est le premier disque qu’un ensemble français consacre au répertoire des musiques composées dans les camps. Musiques d’Outre-Monde (c’est aussi le nom judicieux du label). Petit-fils de l’essentielle collection Decca Entartete Muzik , le disque d’Azoulay est le frère du beau disque consacré à Pavel Haas sorti en début d’année. A la différence de ce dernier, toutes les pièces du disque d’Azoulay (sauf une) proviennent de musiciens déportés, assassinés ou réchappés de l’enfer. Oui, même à Auschwitz la musique était là. Les nazis l’ont utilisée pour imposer leur démence.

Les 7 musiciens de l’, dont Azoulay lui-même à la clarinette, sont à la hauteur de la perfection de compositions d’un immédiat accès, le plus souvent brèves, allant droit à l’essentiel. Les déchirantes Berceuses d’ (que l’infirmière qu’elle fut à Terezin chanta jusqu’à la chambre à gaz pour les enfants dont elle eut la charge) ponctuent quatuors, trios, sérénades, piano solo où les fantômes de leurs auteurs brisés n’en finissent pas de nous hanter : des renommés Krasa, Ullmann, Tillion, aux plus méconnus (le 2ème mouvement de son Trio est le sommet d’émotion du disque), Emile Goué, (sa classieuse Sérénade quasi hollywoodienne illumine un instant la grisaille), …. Azoulay complète ce tableau très doux, résigné, quasi sans violence, sans révolte, où seule la musique compte, par N°78707, un lancinant quatuor à cordes avec récitant autour des paroles d’un déporté… Au pire de sa vie, pour oublier la nuit du camp, et pour tenir debout, cet anonyme s’auto-administre une bien émouvante morphine en égrenant sans fin des titres d’avant l’enfer et qu’il lui tarde de retrouver après : Carmen de Bizet, Le barbier de Séville de Rossini, la Tosca de Puccini, Die Freischütz de Weber, La Walkyrie de Wagner… A Ullmann la dernière note d’une Jeanne d’Arc à peine esquissée là, et dont les cendres de Rouen sont allées rejoindre celles du compositeur à Auschwitz dans la nuit de l’Histoire…

En coopération avec la
sur les mémoires des violences politiques

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