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Qui a volé le Quatuor à cordes de Carl Nielsen ?

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

CN_qacCette anecdote d’un manuscrit volé lors d’un acte désintéressé et généreux révèle plusieurs traits constitutifs du caractère humain de .

En 1897 Carl August Nielsen (32 ans) connaissait déjà une robuste réputation de compositeur de premier plan dans son Danemark natal. Il pouvait s’enorgueillir du succès d’une Suite pour cordes (1888), d’ une Symphonie en sol mineur (1894), d’une cantate Hymnus amoris (1897), de deux voyages d’études en Europe mais aussi d’une épouse sculpteur, rencontrée à Paris, et de trois enfants.

C’est à cette époque qu’il entreprit la composition d’un Quatuor à cordes en mi bémol majeur dont nous allons narrer l’histoire tragi-comique en suivant ses propres souvenirs livrés bien plus tard lors de son soixantième anniversaire en 1925. Les deux premiers mouvements achevés (Allegro con brio et Andante sostenuto), copiés et jugés intéressants par son entourage, il s’attaqua aux deux suivants (Allegretto pastorale-Presto-Allegretto pastorale et Finale. Allegro coraggioso) qui, une fois achevés, devaient être apportés au copiste. Empaquetés dans un grand rouleau Nielsen enfourcha son vélo et prit la direction de Gothersgade où demeurait le copiste. Arrivé à la hauteur d’une usine d’eau minérale il aperçut un véhicule tracté par deux chevaux dont l’un était tombé à la renverse, pataugeant, les membres étalés sur la chaussée, positionné bizarrement. Le conducteur semblait avoir sérieusement besoin d’aide. Nielsen, plus jeune avait travaillé auprès des chevaux qu’il montait souvent et travaillait encore intensément dans la ferme de ses beaux-parents tout en œuvrant à renforcer sa position en tant que musicien. Il sauta vivement de son vélo, l’adossa rapidement à un mur, confia sans tarder son précieux rouleau à un jeune garçon qui observait la scène parmi la foule curieuse. En quelques minutes il détacha l’attelage, passa une couverture de cheval sous les pattes antérieures de l’animal et l’aida à se relever. Satisfait, il retourna vers les badauds et constata que le garçon avait disparu avec sa musique ! En dépit des recherches immédiates et de la promesse d’une généreuse récompense le manuscrit ne réapparut jamais. Après une phase de découragement, muni de ses esquisses, brouillons et de sa mémoire, recomposa ses deux mouvements volés par un inconscient au cours de cet automne 1898. Une nouvelle fois il partit sur sa bicyclette en direction de la demeure du copiste, cette fois sans encombres, avec sa partition achevée. Et, à présent, l’on peut déguster à loisir ce magnifique Quatuor à cordes en mi bémol majeur op. 14 qui a bien failli ne jamais voir le jour !

Photographie : Carl Nielsen, Gerard von Brucken-Fock, Julius et Engelbert Röntgen

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