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Le Quatuor Béla au coeur du Luberon

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Festival international de Quatuors à cordes du Luberon. 19-VIII-2015. Bruno Ducol (né en 1949): Á Corinna, pour quatuor à cordes; Ludwig van Beethoven (1770-1827): Quatuor op.74 en mib majeur « Les harpes »; Benjamin Britten (1913-1976): Quatuor n°2 op.36 en ut majeur. Quatuor Bela: Julien Dieudegard, Frédéric Aurier, violons; Julian Boutin, alto; Luc Dedreuil, violoncelle.

DSC_1634C’est la 40e édition du Festival international de Quatuors à cordes du Luberon, une manifestation certes plus discrète que celle de La Roque d’Anthéron mais qui n’en défend pas moins avec ferveur et obstination sa spécificité et l’excellence de ses prestations.

Du 13 au 30 août, l’édition 2015 invite huit quatuors internationaux qui donneront chacun deux concerts dans autant d’églises et abbaye choisies pour la qualité de leur acoustique et la singularité de leur emplacement. Itinérant donc – de l’Abbaye de Silvacane à l’église de Roussillon, en passant par Saignon, Goult, Cabrières d’Avignon… – le festival mené tambour battant par Hélène Salmona et son équipe, affiche cette année « Ludwig, Bela, Joseph et les autres… »: avec rien moins qu’une intégrale des quatuors de Beethoven et de Bartok, un hommage à Haydn, le créateur du genre, et une belle ouverture sur la création d’aujourd’hui. Car le quatuor à cordes, plus que jamais, sollicite l’écriture contemporaine. Pour la première fois dans l’histoire du festival, une commande a été passée à Frédéric Pattar (Quatuor n°2) en liaison avec le qui en assure la création.

Pour l’heure, dans l’église de Saignon, c’est l’oeuvre de Á Corinna, qui est à l’affiche du premier concert du Quatuor Bela, quatre garçons épatants autant que discrets, mettant leur talent au service de la musique avec une fluidité de jeu et une homogénéité de son exemplaires.

Féru d’Antiquité grecque et rythmicien fervent, dans la droite lignée de son maître Olivier Messiaen, rend hommage dans son quatuor à cordes à Corinna, poétesse grecque  contemporaine de Pindare, à qui l’on attribue l’invention de nouveaux rythmes. Ce sont eux qui tressent l’écriture du quatuor, dans une combinatoire aussi raffinée que secrète. La pièce d’un seul tenant alterne fulgurances rythmiques et plages plus étales, renouvelant d’autant les couleurs et les textures dans un spectre souvent très déployé. La constellation des pizzicati crépitants sous les doigts des interprètes dans la partie centrale est somptueuse dans l’acoustique généreuse de l’église, qui met idéalement en valeur le geste souple et inventif d’une écriture dont Ducol fait ployer les lignes avec une élégance toute singulière.

Les premières mesures du Quatuor à cordes n°10 « Les harpes » de Beethoven offrent un contraste saisissant : un vrai challenge pour les interprètes qui ne sont pas longs à trouver la couleur viennoise dans un lieu certes moins propice à la clarté du discours classique. C’est l’intelligence de la forme qui gouverne un premier mouvement magnifiquement enlevé par les Bela. L’Adagio qui suit annonce la Cavatine du treizième quatuor dans l’interprétation sensible autant que retenue des interprètes. La ligne de chant que s’échangent violon et violoncelle est à fendre l’âme! La synergie entre les pupitres opère ensuite dans un Presto fulgurant et incisif que les musiciens enchaînent directement à l’Allegro con variazioni, dernier mouvement un rien convenu mais servi avec le même soin de l’articulation par les instrumentistes.

Les Bela ont mis à leur répertoire le Quatuor n°2 de – il en écrira trois – qui termine le concert. C’est une oeuvre très originale et assez peu jouée qu’ils défendent magnifiquement. Le compositeur qui vient d’achever son opéra Peter Grimes y exerce sa veine dramaturgique et une certaine dimension vocale dans l’écriture mélodique. C’est patent dans le premier mouvement dont le thème initial, très orientalisant, dessine une courbe sinueuse et modale. L’élan narratif et la dramaturgie qui naissent sous les archets durant le développement captivent l’écoute. La matière sonore est comme pulvérisée dans le scherzo elfique, sorte de tarentelle très électrisante qui précède la grande Chaconne écrite en hommage à Henry Purcell. Dans ce troisième et dernier mouvement, Britten revisite la forme à variations baroque qui referme souvent à cette époque la suite instrumentale et même l’opéra. On admire la plénitude sonore et l’équilibre polyphonique qui règnent au sein du quatuor, les Bela faisant sonner ici un super-instrument à 16 cordes. La rigueur architecturale le dispute à la tension expressive dans une interprétation magistrale qui force l’admiration.

Crédit photographique : (c) Festival Quatuors à cordes du Luberon

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