tous les dossiers(1)

A Lyon, sombre Merce Cunningham et lumineux Lucinda Childs

Danse , La Scène, Spectacles divers

Lyon. Opéra. 17-IV-2016. Made in America. Merce Cunningham et Lucinda Childs. Ballet de l’Opéra de Lyon.
Winterbranch. Chorégraphie : Merce Cunningham (1919-2009). Musique : La Monte Young, 2 Sounds. Décors et costumes : Robert Rauschenberg (1925-2008). Lumières : Beverly Emmons, d’après les lumières originales de Robert Rauschenberg. Pièce pour six danseurs, créée en 1964. Entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon le 13 avril 2016.
Dance. Chorégraphie : Lucinda Childs (née en 1940). Musique : Philip Glass (né en 1937). Costumes : A. Christiana Gianini. Lumières : Beverly Emmons. Conception originale du film : Sol LeWitt (1928-2007). Film retourné à l‘identique avec les danseurs du Ballet de l’opéra de Lyon par Marie-Héléne Rebois. Pièce pour 11 danseurs créée en 1979. Entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon le 13 avril 2016.

balletwinterbanch06_copyrightjaimeroquedelacruz« Made in America » célèbre l’entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon de deux pièces majeures de la danse contemporaine, minimalistes, avant-gardistes même pour le Winterbranch de , mais aux tonalités opposées, l’une noire, l’autre lumineuse. La pureté du mouvement saisi dans son dépouillement et le croisement des arts, ici danse, arts plastiques et musique répétitive, créent des tableaux hauts en contraste.

Dans le silence, sur une scène plongée dans la pénombre, arrivent les danseurs pour tomber, vêtus de noir et se faire emporter à l’horizontale tels de vulgaires cadavres. Ils portent les peintures noires guerrières qui en 64 ont égaré le public sur ce qu’il y avait à comprendre. En fait, il n’y a rien à interpréter, c’est du mouvement pur sur deux sons minimalistes qui finissent par arriver et se répètent : deux grincements stridents. C’est le son d’un cendrier raclant un miroir rencontrant celui de pièces de bois sur un gong chinois. Rien d’attirant dans cette pièce qui nous plonge dans la noirceur d’un monde dont le glauque est rehaussé par le décor mécanique de Rauschenberg. Tout est noir, dépouillé, métallique jusqu’au son. Reprendre ce manifeste de la danse contemporaine est un défi pour le talentueux , mais le résultat est aride, peu gratifiant.  Winterbranch est nu comme un arbre en hiver, sec et sombre. Difficile de trouver un chemin dans ces duos de corps s’effondrant l’un sur l’autre. Le dos de chaque danseur est très présent dans cet exercice de la chute maitrisée. Les torsions des bras-branches aussi, mais c’est toujours un corps comme mort qui disparaît de la scène. Au moment de la création, arrivait dans le noir avec ses danseurs, munie d’une lampe de poche. A la recherche du tomber-se redresser juste, mais le courant ne passe pas vraiment.

balletdance09_copyrightjaimeroquedelacruz

Toujours sur le fil minimaliste, la seconde partie de « Made in America » propose Dance de , succession de sauts en ligne de cour à jardin et de jardin à cour, sur la musique répétitive et envoûtante de , une harmonie et une force fluide se dégagent de ces grands jetés que le film, refait sur le modèle de celui de Sol LeWitt, souligne encore grâce au léger décalage et aux agrandissements, qui loin de masquer les danseurs les magnifie. Quand arrive dans un second temps, le solo de Noëllie Conjeaud, le contraste entre la grandeur de son personnage filmé et la légèreté de sa danse est quasi religieux, la pureté de ses mouvements sublime, elle est lovée dans son corps projeté surdimensionné. Puis le florilège final, qui ajoute des trajectoires et des accélérations aux courses effrénées et latérales du début, donne le sentiment de voir des anges glisser sur scène et tracer des courbes sans jamais se toucher. Il en va de l’essence même de la danse comme le nom de la pièce l’indique. Les danseurs sont blancs, justaucorps et pantalons fluides, dans une lumière blanche, puis dorée pour le final avec un bref intermède rouge. Les mouvements s’enchaînent à merveille, montrant bien à quel point le minimalisme poétique de n’a finalement plus rien à voir avec le minimalisme brut de Merce Cunningham, dont le Winterbranch ne reste qu’expérimental et grinçant, quand Dance envoûte et enchante.

Crédits photographiques : (c) Jaime Roque de la Cruz

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.