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Les Siècles de François-Xavier Roth magnifient Ravel

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie (Grande Salle). 29-V-2016. Maurice Ravel (1875-1937) : Ma Mère L’Oye (version ballet), Daphnis et Chloé (version ballet). Grégoire Pont (images live sur Ma Mère L’Oye), Les Siècles, François-Xavier Roth (direction).

roth_francoisxavier_c_marco_borggreveContinuant leur formidable aventure autour de la musique symphonique du début du XXe siècle sur instruments d’époque, et leur chef entament un nouveau jalon : donner en concert et enregistrer l’intégrale de l’œuvre pour orchestre de .

L’ensemble s’arrêtait donc à la Philharmonie de Paris en ce dimanche après-midi, afin de donner deux partitions d’importance du Maître de Monfort-L’Amaury: Ma Mère L’Oye, et Daphnis et Chloé, toutes deux dans leurs version ballet.

On est d’emblée saisi par les premières notes boisées du Prélude de Ma Mère L’Oye (1908-12), où se font sentir la chaleur et le timbre si personnel de ces instruments de l’époque de la création de l’œuvre. Des instruments tenant d’une personnalité toute différente de l’image que nous en avons aujourd’hui, comme ce contrebasson presque chantant des Entretiens de la Belle et la Bête, ou bien ces appels de cuivres satinés de Laideronnette impératrice des Pagodes. Un orchestre de caractère pour une direction de qui n’en manquait pas moins : entre temps suspendu des violons dans la Pavane de la Belle au Bois Dormant, en passant par les couleurs liquides impalpables de Laideronette, jusqu’à l’immensité du Jardin Féerique : la vision de Roth n’est que fluidité des timbres et dialogues de résonance. Une attention s’inscrivant au sein d’une attention particulière aux contours de chaque phrasé dans un remarquable souci du détail.

Qui plus est, Ma Mère L’Oye était aujourd’hui magnifiée par les illustrations « live » du dessinateur (que l’on avait déjà vu collaborer avec et François-Xavier Roth notamment pour le générique de la série Presto animée par Pierre Charvet). Entre aspect enfantin et imagerie 3D façon Pixar, ces images créées en direct, pleines de candeur et de délicatesse où l’on suit un petit personnage traversant l’univers des différents contes, se faisaient un parfait miroir de l’œuvre de .

Après l’entracte (et sans création visuelle), Les Siècles achevaient leur traversée ravélienne du jour avec une étourdissante version de Daphnis et Chloé (1912), dans une version ballet revue pour l’occasion par le musicologue américain Clinton F. Nieweg, et donnée ici sans le chœur vocalisé prévu originellement par le compositeur (ce qui toutefois ne gâte rien au vu de la densité de la partition). Comme dans Ma Mère L’Oye, on est tout d’abord saisi par la texture des instruments authentiques, donnant un supplément d’âme saisissant à une Introduction à la fois soyeuse et impalpable. S’en suit une intense interprétation entre espièglerie (Danse Grotesque de Dorcon), théâtralité aux dynamiques exacerbées (Danse Guerrière), lyrisme intense au phrasé ample et sensuel (Danse Religieuse), ou aux teintes diaphanes (Danse de Lycéion, Danse suppliante de Chloé). Le célèbre Lever du Jour n’est pas en reste, où François-Xavier Roth exalte les bruissements et les couleurs d’une musique aux teintes si chamarrées. Une formidable version tout en contrastes et clairs-obscurs, qui ne donne qu’une envie…celle de la réentendre !

Crédit photographique : François-Xavier Roth (c) Marco Borggreve

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