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Ermione au TCE : magistrale bascule des rôles

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-XI-2016. Gioachino Rossini (1792-1868) : Ermione, azione tragico en deux actes (1819). Version de concert. Avec : Angela Meade, Ermione ; Ève-Maud Hubeaux, Andromaca ; Michael Spyres, Pirro ; Dmitri Korchak, Oreste ; Patrick Bolleire, Fenicio ; Enea Scala, Pilade. Chœurs de l’Opéra de Lyon, direction des chœurs : Philip White. Orchestre de l’Opéra de Lyon, direction musicale : Alberto Zedda.

angela-meadeL’opéra Ermione de Rossini, créé en 1819 au Teatro San Carlo de Naples, n’est pas celui qui a connu le plus beau succès de postérité, mais il comporte d’admirables pages musicales qui font évoluer l’action à partir du canevas d’après Andromaque de Jean Racine.

Devant répondre à des exigences techniques effroyables, chacun des chanteurs ce soir-là aura donné une image impressionnante de ce que Rossini pouvait écrire et quels chanteurs le compositeur de Pesaro devait avoir pour, avec tant d’assurance, composer une partition si meurtrière.

Composé pour Isabella Colbran, Hermione soutient le rôle principal et fait décaler le pivot de l’action habituellement tenu par Andromaque. La tessiture du rôle exige un soprano dramatique d’agilité, qu’ personnifie avec audace : la voix est ample, généreuse, puissante. La surprise survient d’autant plus que la chanteuse américaine laisse filer des sons pianissimi insoupçonnés devant un matériau si brut. Elle possède une aura bien vengeresse durant les deux actes, qui ne laissera pas beaucoup de place à Andromaque. Cette dernière est incarnée par à la tessiture très large, imposante, avec des graves opulents et charnus tandis que les aigus sont percutants, bien que semblant un peu déconnectés du reste de la voix. Les vocalises sont un peu moins dessinées que ce qui devrait être attendu, mais sa prestation est globalement convaincante.

spyresCe sont les ténors toutefois qui remportent la palme des compétiteurs hors-pair : les tessitures de Pyrrhus et d’Oreste sont terriblement tendues et difficiles à tenir sur l’ensemble de la soirée et les deux chanteurs en charge obtiennent tous les suffrages. D’une part, , reprenant le rôle de baryténor (créé par Nozzari), possède une réelle insolence et une sureté dans l’émission vocale qui feraient s’ébranler toutes les convictions défaillantes : les vocalises sont prises à pleine voix et l’aigu est percutant, ce que l’on ne saura retirer à son comparse, Oreste chanté par dont la limpidité de la ligne vocale est étonnante de clarté et de précision: les années 1980 avaient vu la renaissance des ténors rossiniens et, après un passage à vide la décennie suivante, force est de constater qu’une relève semble assurée. Dans le petit rôle de Pylade, un autre ténor, forcément plus vert mais pas moins prometteur, Enea Scala clôt ce trio de ténors rossiniens.

Enfin, la direction d’ est impressionnante de jeunesse, de vitalité et de vigueur. Les attaques sont franches et nettes et l’accompagnement des voix se fait dans le respect de chacune de leurs possibilités respectives.

Une soirée mémorable, donc, qui appelle à redonner sa chance à Hermione, œuvre méconnue mais assurément pleine de qualités et envoûtante quand elle est défendue avec tant d’ardeur.

Crédits photographiques: © DR, photo de l’artiste ; © DR /www.michaelspyres.com

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  • Reding-hourcade

    Ce fut une soirée mémorable.

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