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Britten et Mahler à la Philharmonie de Luxembourg

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 16-II-2016. Benjamin Britten (1913-1976) : Passacaglia (interlude IV de Peter Grimes), Nocturne op.60 pour ténor, sept instruments obligés et orchestre à corde ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Avec : Miah Persson, soprano ; Ian Bostridge, ténor. Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Gustavo Gimeno.

Bostridge_GimenoProgrammation tout vingtième siècle à la Philharmonie. Aux côtés de solistes prestigieux, l’, récemment pris en main par , s’affirme comme une des plus belles phalanges européennes.

Les liens entre Mahler et Britten sont d’un ordre plus intime qu’on pourrait le penser. Outre l’engagement des deux hommes dans les institutions musicales de leurs pays respectifs, on pourra rappeler que le Nocturne de l’Anglais, donné en première partie de programme, avait été dédié à Alma, l’épouse de l’Autrichien. La Symphonie n°4 de Mahler, donnée en deuxième partie, est également une des œuvres que Britten aimait diriger, comme le montre une publication récente de la BBC. Les deux compositeurs, de plus, ont tous deux puisé dans les racines folkloriques de leur pays afin de renouveler et d’approfondir, sans véritablement les révolutionner, les formes et les traditions musicales dont ils étaient issus. Les adaptations faites dans les années 1970 de la nouvelle Mort à Venise de Thomas Mann ont par ailleurs indissociablement quoiqu’indirectement lié les deux hommes, l’opéra de l’un faisant écho à l’utilisation par Visconti de la musique de l’autre. On ne saluera donc pas assez les bonheurs de la programmation de ce concert.

La Passacaglia extraite de Peter Grimes permet, en début de concert, de poser le climat sombre et tourmenté qui va marquer les huit poèmes mis en musique dans le Nocturne. Cette pièce de 1958, qui semble préfigurer l’ambiance lunaire et les textures diaphanes du Midsummer Night’s Dream de 1960, constitue sans doute un des plus beaux cycles vocaux du vingtième siècle. Véritable florilège de la poésie anglaise, il est également du pain béni pour les instrumentistes solistes de l’orchestre, particulièrement sollicités pour cette partition d’une rare complexité harmonique. On ne saurait trouver meilleur interprète aujourd’hui que le ténor anglais , dont la diction châtiée mais jamais précieuse rend à tout moment justice aux mots si savamment mis en musique. L’instrument parfaitement contrôlé, d’une ineffable beauté dans ses couleurs gris-blanc, se rit de la tessiture ingrate autrefois conçue pour Peter Pears, que Bostridge dépasse de loin en science vocale et en art du « dire ». C’est jusqu’aux tensions et aux crispations de la posture physique du chanteur qui s’accordent avec le sens des mots et les nuances de la phrase musicale.

PerssonL’autre soliste de la soirée, la soprano suédoise , a, quant à elle, conquis le public par sa radieuse présence et par le naturel de son chant. On aura rarement entendu un « himmlische Leben » aussi terrestre et aussi incarné, sans que cela nuise à la qualité suprême du chant. De la direction de et de la qualité des instrumentistes de la Philharmonie du Luxembourg on n’aura que des louanges à dire. Sachant parfaitement créer un climat, doser ses effets et stimuler ses pupitres, le chef espagnol emmène le public dans un voyage de l’imaginaire où la solarité de la symphonie de Mahler fait suite au caractère lunaire de la musique de Britten. À aucun moment la tension ne retombe, et l’orchestre frappe par son homogénéité. Seul petit regret lié à cette magnifique soirée, l’enthousiasme quelque peu débordant du public qui a conduit à quelques applaudissements intempestifs entre les mouvements de la symphonie donnée en deuxième partie.

Crédit photographique : et Gustavo Gimeno (photo n°1) ; et Gustavo Gimeno (photo n°2) © Philharmonie Luxembourg

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