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Myung-Whun Chung peu convaincant à la tête du Concertgebouw

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie 1, Grande salle. 04-V-2017. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 en mi bémol majeur op. 55, « Eroica ». Isabelle Faust, violon. Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam, direction : Myung-Whun Chung.

Faust_Isabelle__c_FelixBroede_01Il faut bien avouer que l’intérêt principal de ce concert réside dans la présence, sur la scène de la Philharmonie, de la prestigieuse phalange de l’ d’Amsterdam, cet orchestre mythique que façonnent, depuis près de 130 ans et sa création en 1888, les plus grands chefs du moment. Il est dirigé ce soir, avec un bonheur mitigé, par le chef , associé à la violoniste allemande , qui remplace Leonidas Kavakos, initialement prévu.

Dès l’Allegro initial du concerto de Brahms, on est immédiatement séduit par l’ampleur de la sonorité de l’orchestre, la douceur de ses cordes, la rondeur de ses vents, qui se déploient dans un dialogue serré avec le violon ; mais la confrontation est souvent mise à mal par la puissance trop peu contrôlée de l’orchestre, qui pénalise et couvre par instants le chant du violon. C’est dommage, car l’interprétation d’ est en tous points remarquable : netteté du phrasé, virtuosité, legato. Elle trouve son accomplissement dans une cadence étonnamment soutenue par les timbales. L’Adagio, pur moment de poésie, donne au hautbois l’occasion de faire montre de toute sa superbe, bientôt relayé par le cor, le basson et la clarinette (superbe petite harmonie), avant que le violon n’entame sa péroraison partagée entre lyrisme et drame. Le Presto conclusif est une démonstration de virtuosité sur des rythmes tziganes bien connus, parfaitement assumée par la violoniste allemande. Démonstration violonistique, là encore, lourdement pénalisée par la direction du chef coréen qui densifie la texture à outrance et alourdit le trait, donnant ainsi une pesanteur pénible à un mouvement éminemment dansant et dionysiaque, et cela, malgré un tempo soutenu où l’on notera l’excellence des contrebasses disposées à la viennoise. Dans un contraste saisissant, Isabelle Faust propose au public conquis une courte pièce, un « Amusement » de Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770), sorte de pièce d’étude qui ne nous parut pas impérissable, mais qui eut le mérite de la fraîcheur.

Une interprétation datée

Les réserves à l’endroit de la direction du chef – n’est pas Giulini qui veut – ne font que se confirmer tout au long de la Symphonie n°3 de Beethoven : des variations de tempo inexpliquées provoquent parfois des rupture dans la progression. Cette interprétation un peu datée, assez pesante et emphatique, plus dramatique qu’héroïque dans le premier mouvement, est rachetée par de beaux moments, comme la Marche funèbre, dans un phrasé très narratif, conduite par les violons et cordes graves, scandée par les timbales sur un tempo très lent, poignante, lugubre, toute inspirée d’un sentiment de deuil, renforcée par la complainte plaintive du hautbois (excellent de bout en bout). Ce mouvement est suivi d’un Scherzo virevoltant, bien mené par les cordes, mais manquant encore un peu de légèreté, puis la symphonie se referme sur un Presto très enlevé, conquérant et héroïque.

Une interprétation honorable, sans grande originalité, mais un superbe orchestre et une violoniste talentueuse, qui valaient à eux seuls le déplacement.

Crédit photographique : Isabelle Faust © Felix Broede

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