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Louis Langrée et le National, d’un Pelléas à l’autre

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Maison de Radio-France. Auditorium. 24-V-2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol majeur op. 58 ; Arnold Schoenberg (1874-1951) : Pelleas und Melisande op. 5. Nelson Freire, piano. Orchestre National de France, direction : Louis Langrée.

Louis LangréeAprès avoir donné très récemment l’opéra Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs-Élysées avec le même , subtil, voluptueux et unanimement acclamé, le chef français revient sur la scène de l’auditorium de Radio France, cette fois pour le poème symphonique éponyme d’.

La mise en miroir à quelques jours d’intervalle de ces deux œuvres, quasiment contemporaines et inspirées de la même pièce de Maeterlinck, stigmatise deux approches compositionnelles diamétralement opposées, impressionniste pour le français, post-romantique pour le compositeur autrichien. Cerise sur le gâteau, la présence en première partie de concert du célèbre pianiste brésilien interprétant le Concerto pour piano n° 4 de Beethoven. Un concert superbe qui nous fait amèrement regretter la trop rare présence sur les scènes françaises de ce chef talentueux, actuellement directeur du Cincinnati Symphony Orchestra (lire notre entretien).

Dès l’entame du Concerto pour piano n° 4 de Beethoven, on retrouve ce toucher à nul autre pareil du « pianiste de l’âme » qu’est , son jeu perlé, sa sonorité poétique et fluide qui contraste avec celle de l’orchestre qui semble parfois un peu massive et monochrome. Un contraste voulu délibérément par le compositeur, opposant liberté pianistique et rigueur orchestrale, sur lequel l’ensemble de l’œuvre se construira. L’Adagio central, aux couleurs automnales est un extraordinaire moment d’émotion, le piano élégiaque suspend le temps, égrène les notes sur un tempo très lent, habite les silences sans jamais rompre la magnifique souplesse de la ligne. Le mouvement final retrouve un soliste et un orchestre très complices dans un dialogue où le son délicat, élégant et virtuose du soliste le dispute à l’engagement du « National » dans une symbiose impeccablement mise en place par la direction très attentive du chef français. Deux « bis » concluent cette première partie, la très habituelle Mort d’Orphée, extraite de l’opéra de Gluck dans un arrangement de Sgambati, suivie du deuxième Intermezzo des Six pièces op. 111 de Brahms.

Changement radical d’ambiance après la pause avec le poème symphonique, Pelleas und Melisande de Schoenberg. Là où Debussy suggère, évoque, susurre dans une orchestration délicate et sensuelle, affirme avec véhémence dans une partition où lyrisme et passion s’expriment grâce à une orchestration très straussienne, foisonnante et rutilante, d’une grande complexité thématique. Un exercice d’orchestre et de direction, difficile, où empoigne la musique à bras le corps dans une gestique large, claire, précise et très efficace. Une partition que le compositeur souhaitait très narrative où l’auditeur rapidement se perd dans le méandre des thèmes pour se laisser gagner par le charme envoûtant de cette musique. La vision du chef français favorise tout particulièrement la clarté, sans jamais sacrifier à la continuité et à la tension, rendant parfaitement audibles chants et contre-chants dans un phrasé ample et dynamique maîtrisant magistralement l’élan des crescendos. Tous les pupitres du « National » sont à la fête parmi lesquels on mentionnera le hautbois, le cor anglais, la clarinette et le cor sans oublier la harpe. Une interprétation très théâtrale, très prenante, qui restera assurément dans les mémoires ! Il faudra maintenant attendre septembre prochain pour entendre de nouveau ce chef particulièrement prometteur à Paris, dans la nouvelle salle de la Seine Musicale, à la tête de son orchestre de Cincinnati. Patience…

Crédit photographique : Louis Langrée © Mark Lyons

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