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Thierry Escaich magicien de l’orchestre

À emporter, CD, Musique symphonique

Thierry Escaich (né en 1965) : Baroque Song ; Concerto pour clarinette ; Erinnerung ; Suite symphonique de « Claude ». Paul Meyer (clarinette), Orchestre de l’Opéra National de Lyon, Alexandre Bloch (direction). 1 CD Sony Classical. TT : 70′

 

Les Clefs Resmusica

71-UZT7sbTL._SL1500_Fruit d’une collaboration avec l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, le nouveau volume de musique orchestrale du compositeur français nous offre un remarquable panorama de sa production la plus récente.

Ce sont des éclats de la musique de Jean-Sébastien Bach que l’on retrouve comme sève de Baroque Song (2007). Flot ininterrompu de doubles croches ou lent écoulement de choral, ici la musique du Cantor de Leipzig sert de matrice à Escaich pour y agréger son propre univers dans une oeuvre de l’ombre et de la lumière toutefois traversée par un esprit ludique certain.

Écrit en 2011 pour , le Concerto pour clarinette est emblématique de la nouvelle manière du compositeur. Moins mélodique, plus ascétique (un seul véritable « thème » parcourt les trente minute de l’œuvre), mais invraisemblablement riche au niveau du timbre. Plongé dès les premières secondes dans un magma fait d’une pulsation sourde et de sons fendus, l’auditeur suit l’œuvre comme un film, où l’écriture tournoyante nous donne presque le vertige. Quant à la clarinette (qui se taille tout de même la part du lion) sa ligne y est toujours souple, délicate, sensuelle, matinée de 1/4 de tons épars. se déjoue avec une aisance confondante des subtilités de la partition, nous faisant profiter ainsi de l’élan profondément rhapsodique de l’œuvre.

Adaptation de son deuxième quatuor Après l’Aurore (rêverie sur Murnau), Erinnerung (2009) est conçu par le compositeur pour un large orchestre à cordes. Dans cette « Nuit Transfigurée » escaichienne, on gagne en couleurs ce que l’on perd en nervosité par l’adaptation à une section de cordes complète. Toutefois cette ré-écriture fait aussi la part belle aux solistes, accentuant les contrastes de la partition, dans une veine typique de son auteur (pulsations motoriques, bribes mélodiques brisées).

Sur un livret de Robert Badinter d’après Claude Gueux de Victor Hugo, Claude, opéra de Thierry Escaich, a été créé en 2013 dans les murs de l’Opéra de Lyon par l’orchestre de la maison, que l’on entend aujourd’hui dans cette Suite de concert (2014). Terriblement intense, à la fois dramatique et abstraite, la musique de Claude apparaît ici pleine de tensions, de ruptures, de noirceur. On retiendra notamment les Geôles glaciales et solitaires, la tendresse d’une mélodie sans âge dans Le Rêve, jusqu’à la transe cuivrée de la Bacchanale de la Mort finale. Une musique à l’orchestration intense à laquelle s’ajoutent un accordéon et un orgue (celui de Saint-Étienne-du-Mont à Paris enregistré à part sous les doigts du compositeur), amenant un cran supérieur d’irisations sonores tendant à une « super » musique orchestrale, proche par moment des possibilités de l’électronique.

En somme, des œuvres d’une grande densité servies par un Orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé par , confondants d’investissement (et une prise de son royale !). D’aucuns trouveront le « nouveau » Escaich âpre, ardu. D’autre comme nous l’entendront éminemment luxuriant, foisonnant, expressionniste jusqu’aux confins de l’âme humaine dans ce qu’elle peut avoir de passions les plus extrêmes, et de sentiments les plus acharnés.

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