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Le temps s’est arrêté à Berlin avec James Levine

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Berlin. Philharmonie. 31-X-2017. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°3 en ré mineur. Violeta Urmana, mezzo-soprano. Staatsopernchor (chef de chœur : Raymond Hughes) ; Kinderchor der Staatsoper (chef de chœur : Vinzenz Weissenburger) ; Staatskapelle Berlin, direction musicale : James Levine.

Levine_6795 2Pour un concert exceptionnel, dirige la et emmène la Troisième Symphonie de sur des sommets, malgré un orchestre très souvent pris en défaut.

Une telle atmosphère électrique à la Philharmonie de Berlin n’avait plus été ressentie depuis les derniers concerts de Claudio Abbado, mais aujourd’hui sur la scène, une longue rampe donne accès à un pupitre surélevé pour permettre à un autre chef d’y accéder, le très grand . À peine est-il apparu que déjà une partie de la salle se lève pour l’applaudir. Il est des soirs exceptionnels et celui-ci en était un, même si l’orchestre n’aura pas su se mettre à la hauteur de l’enjeu.

Car si dans la direction Levine nous emporte sur des sommets dès le Kräftig, Entscheiden introductif, les cors peinent d’abord à trouver de la justesse et ne débutent pas tous ensemble pour l’exposition du premier thème, pas plus que les trombones juste après le premier tutti. Mais dès les secondes suivantes, les contrebasses prennent le relai avec une intensité incroyable, toute de gravité autant que de retenue. Puis les cordes vibrent et les cuivres reprennent. Dans ce premier mouvement exceptionnel, jamais la première trompette ne parvient non plus à être tout à fait nette, il y a donc en permanence décalage entre la forme et le fond. Pourtant les marches militaires apparaissent et laissent se développer une ambiance plus doucereuse, avec toujours un arrière-goût de tragique et de nostalgie. Le mouvement s’achève face à un public soufflé. Il avait été prévenu qu’une pause aurait lieu ; elle est bienvenue.

À peine le temps d’un verre pour se remettre de cette expérience et déjà le retour en salle est demandé. Le hautbois développe son premier solo au Tempo di Menuetto et au moins est-il superbe. D’ailleurs, la semble moins nerveuse après la pause, les violons laissent alors s’ouvrir plus facilement le son, même si l’on sent que l’ensemble n’a pas eu assez de répétitions pour comprendre parfaitement ce que recherche Levine, là où en 2014 avec son orchestre du Metropolitan Opera à Carnegie Hall, le chef américain et sa formation depuis quarante ans avaient tutoyé les anges pendant toute la Neuvième Symphonie de Mahler. Le Comodo. Scherzando et son matériel issu du lied de jeunesse Ablösung in Sommer suivent la même voie plus aérée du mouvement précédent, mais l’orchestre surprend à nouveau : si la clarinette présente un coucou parfait, le piccolo inverse deux notes dès son premier solo et le hautbois ne s’intègre pas parfaitement sur la phrase suivante. Là encore pourtant les cordes présentent un lyrisme et un allant fascinants. Il y aura malheureusement encore à redire des soli du cor de postillon en coulisse, même si l’on se rappelle de ceux également plus que médiocres avec les Berliner Philharmoniker dans la même salle en 2014 sous la direction de Gustavo Dudamel.

Violetta Urmana se lève et débute le texte du Zarathoustra de Nietzsche. La couleur de la mezzo-soprano présente un grave somptueux et un médium toujours sombre, superbe et seulement marqué dans la tenue par un vibrato légèrement trop prononcé. Elle sait cependant se placer au niveau de l’événement, tout comme lors de ses puissantes interventions au mouvement suivant, où elle déploie ses aigus les plus éclatants, avec toujours cette teinte noire en arrière-fond. Le Kinderchor der Staatsoper et le Staatsopernchor sont eux aussi irréprochables. Ils permettent au temps de s’arrêter devant un public plongé dans un silence religieux.

Nous évoquions l’impression de manque de répétitions au début, et dès les premiers accords du Finale il semble évident que ce mouvement a été beaucoup plus travaillé, car à partir de maintenant et malgré quelques instrumentistes encore pris en défaut pendant la demi-heure restante, le geste de James Levine se développe sans accroc et fait monter la tristesse à mesure que le mouvement avance, dans un respect ultime des indications Langsam (lent), Ruhevoll (calme), Empfunden (profondément senti). Aux cordes revenaient déjà les meilleurs moments depuis le début, par leur force elles affectent à présent l’auditeur et l’engouffrent dans l’émotion de la partition. La main gauche du chef s’est rapprochée du cœur pour exprimer les vibrations que doivent provoquer cette musique. Enfin nous avons face à nous une grande Staatskapelle Berlin, tout particulièrement la première flûte, qui laisse se développer l’émotion jusqu’aux derniers instants, emplis de lumière et d’éternité.

Crédits photographiques : © Thomas Bartilla

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  • Martin Antoine

    La photo de James Levine est tragique et il s’agit probablement des derniers concerts européens de cet immense musicien toujours un peu méprisé de ce coté de l’Atlantique alors qu’il est très fété et aimé aux USA . On connait ses problèmes de santé qui l’ont éloigné de son cher Met pdt de longs mois avant son retour semi-récent pour quelques soirées .
    La description très précise de cet émouvant concert nous fait regretter que ces concerts ne soient pas diffusés ici .

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