philharmonie de paris 0718

Le piano impressionniste selon Fanny Azzuro

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Maurice Ravel (1875-1937) : Miroirs. Claude Debussy (1862-1918) : Images I. Isaac Albéniz (1860-1909) : Iberia III. Fanny Azzuro, piano. 1 CD Paraty. Enregistré en décembre 2016 salle Colonne (Paris). Livret bilingue (français, anglais). Durée : 70’54

 

72ded769366016c7c2d3045617a6ac0d01b75e61Trois œuvres phares du piano naissent autour de 1905 : Images de Debussy, Miroirs de Ravel et Iberia d’Albéniz. La pianiste nous séduit dans ce répertoire ambitieux et maintes fois enregistré.

Au-delà de l’expression métaphorique et pratique d’« impressionnisme musical » qui sert parfois à qualifier ces œuvres, comment traduire dans l’interprétation musicale cet art de la suggestion et de la couleur ? La pianiste trentenaire nous donne ici une réponse. Lauréate de prestigieux concours internationaux, elle poursuit une carrière parallèle comme solo et chambriste dans des répertoires variés : son expérience du tango au sein du quartet SpiriTango est une des sources possibles de son jeu coloré et souple.

Celui-ci réussit bien dans Miroirs, avec une petite réserve sur Noctuelles, dont les effets sont un peu poussifs. En revanche, la pianiste sait installer un climat dès les premières mesures d’Oiseaux tristes ou de la Vallée des cloches. Le balancement calme de la Barque sur l’océan au-dessus des arpèges (également dans un tempo modéré) est sensible, puis le jaillissement des trilles aigus et des arabesques liquides se fait lumineux. Alborada del Gracioso ne se perd pas en vitesse ou en énergie débordante, mais raconte une histoire à l’hispanité subtile. Toutes les nuances et les rubatos sont investis, les différents passages sont amenés : un jeu qui ne plaira peut-être pas à tous, mais qui capte l’attention.

Cette expressivité est confirmée dans le premier cahier des Images de Debussy. Elle tient par exemple à une façon de retenir légèrement une phrase ou une note, d’amener et de jouer les notes lourées sans pour autant alourdir le discours. Mouvement prend un souffle particulier sous ses doigts.

La personnalité musicale de Fanny Azzuro et son sens de la narration semblent s’épanouir pleinement dans le troisième cahier d’Iberia, qui évoque les quartiers populaires de Grenade et Madrid. Sa belle énergie s’appuie sur une interprétation virtuose et claire, notamment du difficile Lavapiès. Enfin, il y a bien du tango dans sa façon de jouer les syncopes des sanglots d’El Polo, dans la présence structurante de la main gauche, mais aussi dans l’expressivité d’un chant simple à une voix ou à l’unisson (El Polo, El Albaicín), et généralement dans ses calendos et ses rubatos.

Après un premier disque en solo autour du répertoire russe, Fanny Azzuro passe ainsi le cap parfois difficile du deuxième enregistrement.

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