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Du Printemps à l’Yver : chansons françaises par Arsys Bourgogne

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Naissance de Vénus. Claude Debussy (1862-1918) : Trois chansons de Charles d’Orléans. Maurice Ravel (1875-1937) : Trois chansons. Florent Schmitt (1870-1958) : À contre-voix op. 104 (extraits). Francis Poulenc (1899-1963) : Un soir de neige. Olivier Messiaen (1908-1992) : Cinq Rechants. Darius Milhaud (1892-1974) : Naissance de Vénus. Joseph Canteloube (1879-1957) : Cinq chants paysans de Haute-Auvergne (extraits). Arsys Bourgogne ; direction : Mihály Zeke. 1 CD Paraty. Enregistré du 27 au 30 juin 2017, à la Ferme de Villefavard en Limousin, Centre de rencontres artistiques. Notice bilingue : français, anglais. Durée : 57:33

 

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Arsys-BourgogneHabitué des Rencontres de Vézelay, l’ensemble vocal Arsys Bourgogne, l’un des (peu nombreux) chœurs professionnels de France, propose un parcours dans les « chansons » a cappella que les compositeurs français du XXe siècle se sont plu à écrire.

Après la redécouverte progressive de la musique de la Renaissance et du langage modal, il était logique que revive, au début du siècle dernier, le goût pour la chanson profane et le madrigal. C’est sans nul doute à cette source qu’a puisé Debussy, jusqu’à porter son choix sur des poèmes de Charles d’Orléans, dont il conserve les tournures anciennes, pour ses Trois chansons. La préciosité de la première est merveilleusement rendue par Arsys Bourgogne : la taille réduite de la formation (seize chanteurs, quatre par pupitre) permet à chaque voix de se déployer et aux timbres de s’affirmer, sans que l’écoute mutuelle et l’homogénéité du son d’ensemble n’en pâtisse. Les courtes phrases qu’a juxtaposées Debussy s’enchaînent galamment, dans l’exquis velours d’un son de chœur à la fois chaleureux et intime.

On retrouve ce feint archaïsme dans Pour vous de peine, une chanson de sur un poème de Ronsard (Le printemps), qui est le triste pendant du Dieu ! qu’il la fait bon regarder ! de Debussy, et constitue certainement la découverte et la réussite majeures de ce disque. Dans un tempo souple, et des intentions parfaitement pensées, les chanteurs d’Arsys Bourgogne égrènent la litanie des peines du poète : le ton est tantôt résigné, tantôt poignant ; la mélodie, d’une touchante candeur ; et de délicieux passages en bouche fermée en offrent l’écho assourdi. Difficile, pour le chœur, de préserver la justesse des intonations dans ce dédale harmonique et ces coloris pastel ; mais l’interprétation de cette courte page, ici d’un goût parfait, d’une virtuosité sûre, toute en retenue, conquiert absolument, et suffit à faire regretter que n’aient pas trouvé leur place, à sa suite, d’autres œuvres d’un compositeur pour qui l’on professe ordinairement tant de dédain.

Le passionnant programme qu’a composé , le directeur musical d’Arsys Bourgogne, explore encore les autres sources d’inspiration de ces chansons : en particulier, les comptines et chants traditionnels français. est brièvement convoqué, dans deux Chants paysans de Haute-Auvergne qui ne manquent pas de cachet. Mais il faut reconnaître que le chœur est moins convaincant dans les pièces de caractère, ou les pochades légères à la . Le soin du détail, de la belle voix, entache les élans rustiques et l’humour bon enfant d’une sorte de maniérisme prude, de même que la dernière des Chansons de Debussy, Yver, vous n’estes qu’un vilain, est loin de sonner aussi drôle et enlevée qu’elle peut l’être.

Restent les grandes œuvres au centre du disque, où les compositeurs, au-delà des références au passé, semblent façonner leurs chansons selon un style qui n’appartient qu’à eux. Un soir de neige de Poulenc, courte cantate sur des textes d’Éluard, pâtit hélas de l’effectif réduit du chœur : malgré des moments de grâce (les halos sonores enivrants de La bonne neige), d’autres passages n’ont pas l’ampleur qu’on leur connaît (l’explosion de violence de La nuit le froid la solitude), ou tournent à l’aigrelet (les aigus de Bois meurtri). En revanche, les Cinq Rechants de Messiaen semblent taillés pour ces chanteurs qui, guidés par le superbe soprano solo de Cécile Lohmüller, rendent parfaitement l’inimitable alternance d’ésotérisme, de rugosité et de suavité, si typique du compositeur. Ils apportent ainsi un point d’orgue à ce disque aventureux qui, loin des sentiers battus, a beaucoup à offrir.

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