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Un Miserere charnel et puissant de virilité par Vincent Dumestre

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Rouen. Chapelle Corneille. 21-V-2018. Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem en ré mineur K. 626. Déborah Cachet, soprano ; Anaïs Bertrand, alto ; Cyril Auvity, ténor ; Virgile Ancely, basse ; Ensemble vocal Maurice Duruflé ; Orchestre régional de Normandie ; Le Poème Harmonique, direction : Vincent Dumestre

Concert de clôture 2_Théodora MbayeÀ la Chapelle Corneille de Rouen, et présentent un programme de musique sacrée, entre tradition et nouveauté. Avec un Miserere d’Allegri revisité et incarné puis un Requiem de Mozart mené tambour-battant : il y a de quoi dérouter et enchanter.

Dans une expérience réussie qui mêle chœurs amateurs et chœurs professionnels, , avec la passion simple et joyeuse qui l’anime, revisite d’une pointe de virilité un Miserere d’ordinaire plus séraphique. Passons sur la technique vocale, et la parfaite maîtrise du son comme de l’acoustique de la chapelle. Après avoir souligné la netteté des entrées de voix et la profondeur de chaque note, nous pourrions encore évoquer le plus saisissant : la plénitude des notes. Chaque son est pris à pleine bouche, pas un n’est délaissé, ou passagèrement utilisé comme un trompe-l’œil respiratoire. Cette puissance sonore sans aspérités contribue assurément à cette interprétation peu courante de l’œuvre phare du compositeur italien. Tout est différent du célèbre et aérien Miserere, et pourtant, tout est là, dans une profonde unité vocale.

Les chœurs, comme le reste du quatuor, situé dans une chapelle latérale, ne sont pas là pour tisser un écrin à la soprano , mais c’est tressée dans les autres voix que celle-ci puise une incroyable incarnation qui l’élève d’autant plus. Ce n’est plus l’ange qui plane au-dessus de la misère des hommes, mais comme l’âme humaine qui, du plus profond de la réalité la plus corporelle, s’élève vers le ciel. Une interprétation quasi charnelle qui n’est pas sans rappeler une autre musique religieuse oubliée aujourd’hui, celle qu’on distingue comme le grégorien médiéval, très incarné et viril, là où la réforme solesmienne a fait muer le chant des moines en voix des anges. On se demande un temps si le chœur, charpenté pour le Requiem de Mozart, n’est pas un rien trop imposant pour cette œuvre si frêle. Mais très vite, l’interprétation grave et charnelle trouve dans cette masse dramatique un allié de poids. Cette saisissante première partie met en valeur la qualité et la présence vocale du chœur comme du quatuor. Les voix chaudes et charpentées des quatre solistes se marient à la perfection, comme les jeux unifiés d’un grand orgue. En réponse au chœur, , , et , semblent ne former qu’un.

Le Requiem de Mozart est en revanche moins bien servi du fait d’un tempo très enlevé et d’un caractère presque festif. Toutes les qualités vocales se retrouvent indéniablement dans l’exécution de cette messe des morts d’un genre particulier. Si nous exceptons les violons qui parfois courent un peu derrière l’ensemble, le jeu est globalement propre et agréable. Mais les conséquences d’un tempo trop rapide se font sentir : accents escamotés, effacement des silences, ou encore manque de solennité des passages donnés pour majestueux. Souvent, l’orchestre couvre le chœur qui devient une pâte sonore de fond. Si ce dernier, en effet, tient de splendides nuances, l’orchestre ne suit pas le jeu, dominant les voix parfois assez longuement. Pour autant, l’exécution recèle des pépites de somptuosité.

Le quatuor vocal, toujours aussi dense et présent, donne à l’interprétation le côté charnel et dramatique qui fait défaut à l’ensemble du fait de la course contre la montre à laquelle prennent part les fugues notamment. Avec une émouvante délicatesse, les pupitres vocaux sortent du silence, comme les corps des tombeaux. Mais le choix d’un tempo enlevé, et l’interprétation numéro par numéro font perdre l’unité dramatique de l’œuvre, pourtant voulue, malgré la pluralité des auteurs, comme un schéma musical dessiné de la première à la dernière note. Pour autant, entre drame profond des peurs supposées de Mozart et légèreté du franc-maçon devant la sœur mort, la clef d’interprétation n’est peut-être pas encore totalement livrée.

Crédits photographiques : © Théodora Mbaye

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