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Requiem de Verdi intellectuel et luxueux par Riccardo Chailly

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 7-VI-2018. Giuseppe Verdi (1813-1883) : Messa da Requiem. Avec : Tamara Wilson, soprano ; Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano ; René Barbera, ténor ; Ferruccio Furlanetto, basse. Coro di Teatro alla Scala di Milano (chef de chœur : Bruno Casoni). Orchestra del Teatro alla Scala di Milano, direction : Riccardo Chailly

Riccardo-ChaillyTrois semaines après une superbe interprétation du Requiem de Verdi par l’Orchestre national d’Île-de-France et le Chœur de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Enrique Mazzola, l’œuvre retrouve la Philharmonie de Paris avec une distribution de grands noms de la scène lyrique, accompagnés par les chœurs et l’orchestre de La Scala de Milan dirigés par leur directeur musical .

De grands noms d’artistes ou de formations n’imposent pas pour autant une grande soirée. Et pour la seconde Messa da Requiem de la saison à la Philharmonie de Paris, la direction de est certes sous-tendue par un geste extrêmement classieux en même temps qu’elle recherche une lecture intellectuelle. Et cela au risque de perdre le caractère émotionnel complexe d’un ouvrage trop souvent traité avec vulgarité et lourdeur, comme l’interprétation de Daniel Barenboim cinq ans plus tôt avec les forces de La Scala maintenant présentes à Paris a pu en donner l’impression, ou au contraire avec le refus constant de traiter l’épaisseur de la pièce religieuse, à l’insu de son dramatisme intrinsèque.

Loin de vouloir comparer cette nouvelle prestation à celle d’Enrique Mazzola trois semaines auparavant par simple fait de similarité de lieux, il s’avère toutefois que le fin rossinien parvenait à intéresser tout au long de l’ouvrage avec un langage quasi opératique, tant à l’orchestre que dans l’utilisation du quatuor vocal, à présent composé de noms bien plus célèbres sur la scène internationale, mais peu enclins à échanger entre eux comme un seul groupe. Les aigus filés et les sons piano de la soprano passionnent de sa première à sa dernière intervention, avec un Libera me final qu’elle tient à elle seule du bout des lèvres d’une bouche presque fermée. Mais le duo du Quid Sum Miser peine à toucher malgré la douceur et la ductilité de la ligne de la mezzo-soprano .

Chez les hommes, offre son timbre agréable sans parvenir à donner un surplus de vigueur à une voix presque inaudible dans les ensembles malgré son bon placement. Le ténor a beau surveiller la battue du chef à chaque instant pour s’y adapter au mieux, il livre un Ingemisco sans faste et sans splendeur. À sa droite, le doyen offre encore un cours de chant et porte ses phrases avec ampleur, bien qu’il lui faille aller chercher les graves dans la profondeur de la poitrine et chanter tête baissée en gonflant la gorge et la bouche pour tenir une ligne avec le moins de vibrato possible ; très présent dès le Kyrie Eleison, il ne marque pourtant ni par sa majesté au Mors stupebit, ni au Confutatis.

Le chœur magnifiquement préparé par Bruno Casoni reprend un ouvrage religieux maîtrisé depuis près d’un siècle et demi par la formation milanaise, pour une prestation de grand luxe dès les premières notes du Requiem Æternam. La ferveur du Dies Irae et de ses reprises par le massif effectif vocal s’accordent à une violence de bon aloi à l’orchestre, pour alterner ensuite avec l’élévation du Lacrimosa puis de l’Offertorium, là où plus de sensibilité aurait développé autrement l’émotion des Sanctus et du Libera me. Riccardo Chailly avait programmé l’ouvrage lors de trois concerts qu’il dût annuler au dernier moment en janvier 2017 avec les Berliner Philharmoniker ; il y revient cette année en tournée avec l’ensemble dont il est directeur musical et étale dès les premiers accords de cordes l’intellect de sa pensée pour une vision très ciselée et très travaillée, à l’image de cette montée au ciel chromatique au tuba pour accompagner les mots « Hosanna in excelsis ». Le chef milanais s’attèle à caractériser les parties tant au chœur qu’à l’orchestre, de violentes et dures pour Dies Irae à sombres dans l’Offertorium et plus lumineuse au Sanctus. Pourtant, bien qu’elle bénéficie de l’une des plus belles formations au monde pour développer chaque instant de cette sublime partition, à l’image de l’éclat des trompettes, pourtant moins impactantes sur le côté du parterre qu’elles ne l’étaient trois semaine plus tôt en hauteur derrière la scène, cette démarche constructiviste pèche par son manque de liberté et l’absence d’un arc qui aurait pu développer l’unité et la force de l’œuvre.

Crédit photographique © Luca Piva

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