Ensemble Rizhome

Rennes s’éprend de création contemporaineRennes s’éprend de musique contemporaine

Fondée à Rennes en 1991, l’association Rhizome et les deux ensembles qui en sont l’émanation irriguent la région Bretagne, jusque dans les villages les plus reculés. Les deux ensembles sont constitués de musiciens professionnels, pédagogues ou membres d’orchestres permanents, qui aiment à se retrouver autour de projets communs centrés sur la musique contemporaine. Le premier, est le plus connu, puisqu’il s’agit du groupe de quatre musiciens réunis sous le nom Percussions Rhizome. Le second, plus récent, se produit sous l’intitulé ensemble Rhizo’Instrumental, et donne plus d’une vingtaine de concerts par an. La direction de Rhizome, tricéphale, est constituée de Alain Bioteau, compositeur, musicologue, professeur de composition à Rennes, est à la fois le président et le directeur artistique de l’association, Olivier Fiard, percussionniste, professeur au CNR de Rennes, membre de l’Orchestre de Bretagne, est l’animateur du groupe de percussions, et Yves Krier, compositeur, professeur d’analyse à l’université Rennes II, est le directeur musical l’ensemble Rhizo’Instrumental.

« Conformément au concept du philosophe Gilles Deleuze, l’idée fondatrice de Rhizome est la mise en réseau de forces locales, la musique contemporaine devant s’adresser à tous, musiciens, public, et jusque dans les plus petites écoles de musique », rappelle Alain Bioteau. Ensemble instrumental à géométrie variable fondé voilà trois ans, Rhizome est constitué de dix-sept qui se réunissent chaque semaine pour préparer une vingtaine de concerts par an. Son action est triple, puisqu’il vise la promotion et la diffusion de la musique contemporaine, la sensibilisation et la recherche de nouveaux publics, et la création musicale. Autour des concerts, il propose un ensemble d’actions pédagogiques dans les lieux qui les accueillent, complétées de rencontres avec les compositeurs, de conférences, et des collaborations avec écoles et conservatoires qui les accueillent, les concerts pouvant s’intégrer dans les projets des institutions d’enseignement musical. Le tout est organisé autour de saisons thématiques (cette saison musique et peinture) et d’un festival annuel autour d’un compositeur vivant.

« Outre la saison de vingt concerts, se félicite Bioteau, nous organisons le Festival “Ebruitez-vous !!! ” dont l’objet est l’intégration du bruit dans la musique. Nous associons musique instrumentale, acousmatique et mixte, diffusés en huit concerts proposés en deux semaines à Rennes, ainsi qu’à Saint-Malo, Vannes, etc. » L’ensemble de l’action de Rhizome est réalisé avec une subvention de 90 000 F, mais les responsables de l’association espèrent convaincre les collectivités de la nécessité d’une augmentation substantielle de leurs subsides, qui devraient atteindre les 200 000 F par partenaire, Ville de Rennes, Conseil général d’Ille-et-Vilaine, DRAC Bretagne, et Conseil Régional de Bretagne. « Nous sommes encore en pleine mutation, s’enthousiasme Bioteau. Après dix ans d’existence, il est temps d’aller plus loin. Notre priorité est l’homogénéisation de nos productions. Nous sommes les seuls ensembles en région Bretagne à jouer la musique d’aujourd’hui. Et le public nous suit, comme l’atteste le succès de notre soirée Xenakis, qui a attiré plus de 200 personnes. »

Le concert du 24 avril était consacré aux relations musique et peinture. L’on sait combien la musique est proche des arts plastiques, avec lesquels elle partage notamment quantité de termes, comme couleur, palette, ou autres, et il est facile de retrouver dans les partitions des relations privilégiées avec la peinture, sans oublier quelque peintre compositeur comme Arnold Schönberg. Il est aussi nombre d’œuvres qui se fondent sur des tableaux, comme l’Embarquement pour Cythère de Watteau auquel Richard Strauss emprunta en 1900 l’idée d’un ballet resté inachevé, mais qui irriguera l’ensemble de sa création jusqu’à Ariane à Naxos, Aussi est-ce un excellent concept qui aura présidé au rendez-vous de Rhizo’Instrumental, qui proposait dans l’enceinte du Musée des Beaux Arts de Rennes une série de concerts autour de la thématique « Musique et Peinture ». L’un d’eux réunissait des œuvres de Claude Debussy, Jonathan Harvey, , qui avait présenté avant le concert sa pièce sans l’enceinte de l’université de Rennes aux étudiants en musicologie, et Marzena Komsta.

Chacune des œuvres présentées s’inspire d’un tableau. Death of light – Light of Death de Jonathan Harvey puise sa source dans le célèbre Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, plus particulièrement son volet central. L’on y voit le Christ en croix, Marie soutenue par Jean l’Evangéliste et l’ultime prophète, Jean-Baptiste, tenant les Ecritures et montrant la scène du Golgotha. Cette remarquable partition du compositeur britannique, à laquelle il a manqué la dernière partie, était mise en regard d’une création mondiale d’une partition de Marzena Komsta, Nuit / Portrait, composée selon deux tableaux de la collection du musée rennais, Paysan surpris par un orage de P.-H. Loutherbourg, et Ouverture de la Nuit de Geneviève Asse. Cette pièce, que l’ensemble Rhizome aura donnée deux fois dans le même concert, confirme combien cette jeune polonaise de trente et un ans, que nous avions remarquée à Perpignan lors de la dernière édition du Festival Aujourd’hui Musique (voir LM deuxième quinzaine de décembre 2000), a d’aptitude pourvu qu’elle canalise et tempère inspiration et technique, tant on y décèle un réel potentiel. C’est plus jeune encore que , qui est sur le point d’achever une cantate d’après un tableau d’Antoine-Jean Gros Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa (1804) exposé au Louvres, avait écrit en 1985 son Offrande à Vénus pour flûte, clarinette, percussion, harpe et quatuor à cordes. Composée sur un tableau du Titien alors que le compositeur était en résidence Villa Médicis à Rome, cette partition impose une créatrice exigeante, ayant un sens aigu du discours, authentique architecte maîtrisant parfaitement sa palette sonore, telle une magicienne du son, peignant avec sensualité un univers pictural qui se fait délicatement onirique. Enfin, L’Isle joyeuse de Debussy, inspiré de L’embarquement pour Cythère de Watteau, a été orchestrée avec tact par Yves Krier, directeur musical de Rhizome, qui aura dirigé ce concert avec enthousiasme et en vrai pédagogue, présentant les œuvres avec une reproduction des tableaux qui les ont inspirées, et veillant le plus possible à préserver la transparence des effectifs de chaque pièce dans une salle à l’acoustique très réverbérante. Rhizo’Instrumental, qui manque encore d’homogénéité, compte dans ses rangs d’excellents instrumentistes, comme le hautboïste Christophe Brandily et le clarinettiste Gilles Gastou.

Rennes, Musée des Beaux-Arts, 24 avril

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