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Stephanie Blythe – un essai à transformer

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Haendel : Xerxès, Hercule, Sémélé, Jules César ~ Bach : Passions selon saint Matthieu et saint Jean, Messe en si mineur. Stephanie Blythe, mezzo-soprano ~ Avec la participation de David Daniels. Emmanuelle Haïm, clavecin ~ Jérôme Hantaï, viole de gambe ~ Ensemble Orchestral de Paris, direction : John Nelson. 1 CD Virgin, 2001, n° 7 24354 54752 2.

 

« Reverenza ! » Les spectateurs d’un récent Falstaff de Bastille ont découvert avec plaisir une jeune mezzo-soprano américaine à tempérament et abattage : . Un peu plus tard, Auntie dans Peter Grimes, elle n’a pas déçu ses (déjà) nombreux admirateurs. D’aucuns la surnomment « la nouvelle Marilyn Horne ». En termes de présence et de volume, voilà un compliment ô combien justifié… Reste à vérifier la validité de la comparaison dans le premier répertoire choisi : Haendel. Toute indulgence due envers une prime tentative discographique, force est d’admettre qu’il y a de quoi demeurer sur sa faim.

Réglons d’emblée un handicap que l’artiste n’a pas choisi : la prestation de avec l’ est l’une des plus affligeantes qu’on ait gravées ces dernières années chez ce compositeur. Mollesse en lieu et place de cantabile (Xerxès), traits de fusain remplacés par des chromos (Jules César), tambourinage substitué à la vivacité (Sémélé, Hercule) ; et continuo noyé dans un magma atone : de quoi décourager les plus robustes ! La chanteuse, qui côtoie régulièrement Quickly, Carmen et les deux Fricka, aurait mérité un plus valeureux soutien belcantiste pour son premier récital. Le timbre est beau ; son médium dispense d’admirables effets de clair-obscur. Mais au très touchant « Priva son d’ogni conforto » (Jules César), grande réussite de l’ensemble, s’opposent de nombreux problèmes techniques (que cette jeune femme n’apprendra guère à résoudre avec les rôles précités).

Cherchant à contrôler sans cesse auprès des micros sa très large voix, elle en arrive à la détimbrer fréquemment (Xerxès, Jules César) ; avant de s’oublier dans des poitrinages déplaisants (Sémélé), ou des aigus criés et rêches (Hercule). Une vocalisation « savonnée », guère plus mellifère que vaillante (Sémélé, Jules César), ne contribue guère à rassurer ; et pas davantage un discours soporifique dans le duo entre Cornélie et Sextus (Jules César) – en partie sauvé par l’enchanteur David Daniels.

Et Bach ? Certes non moins redoutable techniquement que certains ne le pensent, mais moins ostentatoire, il permet à de se montrer à son meilleur. N’était l’envahissant violon obligé d’Erbarme dich, l’orgue ronronnant de Können Tränen, la viole de gambe décorative et neutre d’Es is vollbracht – et pour finir l’orchestre-éteignoir de l’Agnus Dei ; tout ce qui provient d’elle est admirable de maîtrise, d’intériorité et de poésie. Avec sa belle couleur sombre, différant en cela de la démonstration d’une Magdalena Kozená (DGG) ; digne par instants d’une Aafje Heynis (Philips), elle clôt ce premier essai par des promesses qui méritent de larges encouragements. Nul doute que, plus aguerrie au bel canto baroque, et surtout mieux entourée, elle saura les tenir.

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