À emporter, CD, Opéra

Alfanothérapie de choc : Risurrezione

Plus de détails

Franco Alfano : Risurrezione. Denia Mazzola-Gavazzeni, Antonio Nagore, Vladimir Petrov, Laura Brioli, Jacqueline Mayeur, Nanà Kavtarashvili etc… Chœur de la Radio Lettone, Orchestre National de Montpellier LR : Friedemann Layer (direction musicale). Accord 2 CD 472 818-2 (Universal) 2001.

 

Alfanothérapie de choc : Risurrezione

Une curieuse coïncidence discographique remet à l’honneur, dans des labels différents, (1875-1954). Or sa discographie est plutôt étique. D’où l’intérêt de cet exercice pratique visant à confronter deux opus originaux du musicien italien. Rappelons que ce dernier est surtout connu pour ce qu’il a peut-être le moins bien réussi, le final peu convaincant, voire insipide Turandot. Si bien que Berio l’a réécrit très récemment – sa version personnelle semblerait conforme aux intentions originelles du Maître. Exit le débat musicologique qui déborderait largement le cadre de cette chronique ! Revenons à Alfano.

Première redécouverte de taille : Risurrezione (1903) d’après Tolstoï, qui démontre que le Napolitain est un compositeur à part entière. Artiste éclectique, il a produit, entre autres, de la musique instrumentale dont la brillante Sinfonia Classica de 1953, des ballets, un triple concerto. On lui doit également deux quatuors, des sonates, des pièces pour piano, une suite, des mélodies ; ainsi que des ouvrages lyriques. Et de saluer la politique hardie du Festival de Montpellier, session 2001, d’avoir opportunément exhumé et enregistré, un opéra d’une telle envergure. Par ailleurs, il est fort regrettable qu’une postérité trop sélective l’ait précipité arbitrairement dans les oubliettes musicales. Avant Madga Olivero qui l’a gravé (album indisponible), s’était emparé du rôle de Katiusha qu’elle a chanté en 1930, lors de la première américaine, à l’opéra de Chicago – si toutefois mes sources sont exactes. L’orchestration s’avère inspirée, avec une écriture recherchée pour les vents – flûtes, clarinettes, hautbois, bassons. Des inflexions curieusement slaves (l’écriture des chœurs rappellant parfois la Khovantchina!) commentent brièvement l’action, modelant une tension dramatique qui va crescendo jusqu’à l’hymne conclusif « Cristo è risorto ».

Quelques effluves « butterflyens » parsèment l’ouvrage, avec ici et là des mélismes debussystes ; d’autres font songer à Rimsky-Korsakov, voire Respighi ou au Cilea de l’Arlesiana . En outre, le captivant solo de cor anglais au début du quatrième acte (l’acmé de l’œuvre) prouve qu’Alfano, en compositeur pan-européen est un coloriste raffiné. Pour être viable, ce mélo exige un soprano dramatique de premier plan en Katiuscha, une « bête de scène ». Le personnage principal affronte en courageuse victime une série d’épreuves pénibles dignes des Feux de l’Amour. Déboires sentimentaux, fausses accusations de meurtre qui la conduiront au bagne sibérien, puis rédemption avec happy end. Inlassable défenderesse des raretés (ou de causes perdues ?), invitée régulière de la cité languedocienne, Denia Mazzola est une fois de plus idéale. Elle relève le gant avec sa passion communicative et son tempérament léonin coutumiers et qui ont fait leur preuve dans la Cassandra de Gnecchi, une fabuleuse Parisina de Mascagni, Médée en français ou encore Marion Delorme de Ponchielli. Sa voix iridescente dispose de l’endurance et des moyens requis pour déjouer les pièges d’un rôle aussi lourd (Elle est omniprésente pendant les quatre actes). Son incarnation est digne, évitant la dérive vériste qui guette naturellement ce genre de répertoire. Il est à noter le somptueux mezzo-soprano sombre au grave profond de la jeune , et une révélation : le baryton racé de Vladimir Petrov dans l’emploi sacrifié de Simonson. Le prestigieux Chœur de la Radio lettone et la phalange montpelliéraine n’appellent que des éloges. On découvre, en Friedmann Layer, un chef qui délivre une leçon de direction orchestrale, mais un authentique bâtisseur de lumières instrumentales. Sa lecture est sobre, nuancée, ce qui ne l’empêche de s’abandonner dans les moments de passions, voire de sensualité (final de l’acte I).

Plus de détails

Franco Alfano : Risurrezione. Denia Mazzola-Gavazzeni, Antonio Nagore, Vladimir Petrov, Laura Brioli, Jacqueline Mayeur, Nanà Kavtarashvili etc… Chœur de la Radio Lettone, Orchestre National de Montpellier LR : Friedemann Layer (direction musicale). Accord 2 CD 472 818-2 (Universal) 2001.

 
Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.