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Myung-Whun Chung & François-René Duchâble : Salut l’artiste!

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 17.V.2003. Moussorgski, La Foire de Sorotchinsky (extraits). Tchaïkovsky, Concerto pour piano et orchestre n° 1. Rachmaninov, Danses symphoniques. François-René Duchâble (piano). Orchestre Philharmonique de Radio France. Direction : Myung-Whun Chung.

Etonnant destin que celui de , artiste contraint d’embrasser une carrière d’interprète qu’il n’a pas choisie et qui lui aura tout donné, sauf l’essentiel : le bonheur. Au sommet de son art, à cinquante et un ans, il faisait ses adieux parisiens* au Théâtre des Champs-Elysées, avant « une retraite absolue, celle qui lui fera retrouver le calme, la distance, la solitude… ». Son ultime concert est fixé au 31 août dans un petit village de Provence, avec incinération de son costume de concert et immersion d’un piano, quelques jours plus tard, dans le lac d’Annecy. Ce sera pour lui une sorte de purification par l’eau et par le feu. Ce provocateur rebelle entend retrouver des contacts vrais et simples avec le public grâce au « pianocipède », un piano-vélo qui lui permettra de jouer dans des lieux où la musique classique n’est jamais entrée.

Pour nous mettre dans la tonalité russe et mieux faire attendre celui que tous les mélomanes avertis étaient venus écouter une dernière fois (faut-il vraiment y croire ?), le concert débutait par l’ouverture de l’opéra inachevé de Moussorgski, La Foire de Sorotchinsky. Directement enchaîné, le Gopak, danse endiablée qui termine l’œuvre dans la version d’Alexandre Tcherepnine, a fait circuler dans l’orchestre cette énergie que seul sait insuffler à ses musiciens.

Si Duchâble aime faire le précieux dégoûté, il sait aussi communiquer son bonheur de jouer dès qu’il se retrouve au piano et devant un public qui semble le galvaniser. L’écoute est immédiatement captivée par la frénésie virtuose qui l’habite dans le mouvement initial. Avec une étonnante précision du geste et de l’attaque donnant à la phrase tout son jaillissement, Duchâble recherche un dialogue actif et vivant avec l’orchestre auquel ce passionné tourmenté impose ses élans et sa fougue tel un chef dirigeant de son piano. Chung retrouvait la pleine possession de ses moyens dans le deuxième mouvement, réussissant l’alchimie délicate entre les sonorités du piano et celles de l’orchestre. On peut peut-être regretter une certaine rondeur du son dans le thème ukrainien du finale que Duchâble aborde avec une vitalité explosive. Reprenant son attitude de leader inspiré, mais en phase cette fois avec la direction de Chung, il conduit le discours musical sans faillir jusqu’à la conclusion.

La seconde partie de cette soirée russe était consacrée aux Danses symphoniques écrites par Rachmaninov en 1940, soit trois ans avant la mort du compositeur. Saluons cette heureuse initiative de programmation, sans toutefois oublier que l’année suivante, Messiaen composait son Quatuor pour la fin du temps ! Sous-titré Jour, crépuscule, minuit par Rachmaninov lui-même, ce triptyque met fortement en valeur les sonorités du cor anglais, de la clarinette basse et du saxophone alto. Répertoire de choix pour le Philharmonique, qui sait trouver, sous la baguette de Chung, la fluidité du discours et l’excellence des couleurs. Après la valse du Crépuscule, presque inquiétante par ses tournoiements obsédants (la présence de Ravel affleure), le dernier volet révèle des horizons fantastiques où se profile le Dies Irae ponctuant cette nuit de sabbat. Décidément, les réminiscences affluent dans cette partition où la recherche constante de la transparence de l’écriture et une maîtrise étonnante de la palette sonore ont fait briller les instruments du Philharmonique de leur plus bel éclat.

* L’ultime concert parisien annoncé de a lieu dimanche 25 mai à 11 heures au Théâtre du Châtelet. Le pianiste se produit dans un programme de musique de chambre aux côtés de Paul Meyer, de Gérard Caussé et du Quatuor Lamina.

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 17.V.2003. Moussorgski, La Foire de Sorotchinsky (extraits). Tchaïkovsky, Concerto pour piano et orchestre n° 1. Rachmaninov, Danses symphoniques. François-René Duchâble (piano). Orchestre Philharmonique de Radio France. Direction : Myung-Whun Chung.

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