Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Chants des mondes d’Ars Nova

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Poitiers. Le Théâtre, Scène nationale. 20.V.2003. Luciano Berio, Folk Songs (1), Naturale (2) ; Alexandros Markéas, Dimotika (3) ; Chants populaires harmonisés par A. Markéas, Dominique Pifarély, Alain Savouret et Francis Poulenc (4). Isabel Soccoja (soprano) (1, 3). Chœur d’enfants de Poitiers (3). Chorale des collèges de l’Isle-Jourdain, Latillé et Lencloître (4). Alain Tresallet (alto) (2). Gérard Pérotin (percussion) (2). Etudiants du C.F.M.I. de Poitiers (4). Ensemble Ars Nova. Direction : Philippe Nahon (1, 3) et Manuel Coley (4)

Le Théâtre, Scène nationale

Concert aussi varié qu’original, un spectacle conçu à Poitiers que Paris et sa région seraient bien inspirés de prendre en exemple. A la fois pédagogique et artistique, ce projet placé sous l’égide de l’ et de son directeur musical, , est un modèle du genre. Axé sur la musique traditionnelle, le programme concocté par Ars Nova réunit des œuvres nouvelles puisant ou s’inspirant du patrimoine poitevin, et fait participer des chorales scolaires locales montées pour l’occasion pour les représentations in situ dans les villes et régions qui les reçoivent en tournée. Ainsi, à Poitiers, base d’Ars Nova – ville sur le point de commencer l’érection d’une salle de concerts de mille deux cents places qui accueillera à la fois l’ensemble de , l’Orchestre des Champs-Elysées de et l’Orchestre Poitou-Charentes actuellement dirigé par –, ce sont une centaine d’enfants de collèges de l’Isle-Jourdain, de Latillé et de Lencloître, auxquels s’est ajoutée une maîtrise plus aguerrie, le Chœur d’enfants de Poitiers, qui ont interprété des chants folkloriques harmonisés et arrangés par , Alexandros Markéas, Dominique Pifarély et Alain Savouret, chaque chorale étant préparée par son professeur de musique avant d’être toutes regroupées sous la férule d’un chef unique, Manuel Coley.

Certes, l’on n’a pu éviter de relever décalages et approximations – comment pourrait-il en être autrement quand on sait que ces enfants et adolescents n’ont travaillé qu’occasionnellement et sont peu coutumiers du chant choral ? –, mais l’ensemble s’est avéré plein de bonne volonté, de fraîcheur et d’allant. Manuel Coley a soutenu avec une poigne délicate des troupes pourtant hétérogènes. Toutefois, une certaine monotonie s’est rapidement instaurée, car, malgré l’intervention de quatre compositeurs, ces chants harmonisés sont trop proches les uns des autres, tant par l’esprit que par la lettre.

Plus riche et variée parce que constituée de fruits plus originaux et personnels quoique toujours inspirés de chants traditionnels, la seconde partie du concert s’est ouverte sur les onze Folk Songs que (né en 1925) a réunis en 1964 pour sa femme, la cantatrice d’origine arménienne . Ce titre est néanmoins trompeur, car, si l’on y retrouve d’authentiques chansons populaires, comme Malurous qu’o une fenno et Lo fiolairé extraits du troisième livre des Chants d’Auvergne recueillis par , il s’y trouve aussi des chansons « recomposées », comme Black is the colour et I wonder as I wonder écrites par John Jacob Niles (1892-1980). En fait, plus que la musique elle-même, les chants folkloriques ont été pour Berio l’occasion de faire passer à l’arrière-plan le sens des textes et de n’en garder que la valeur phonétique, les accents et le rythme propres à chaque langue.

Face à ces pages qui remontent à une quarantaine d’années, du moins dans la version pour mezzo-soprano et sept instrumentistes proposée à Poitiers, était mise en regard une suite de chants folkloriques grecs pour soprano et sept musiciens réunie en 2002 par Alexandros Markéas (né en 1965) sous le titre générique Dimotika, qui signifie tout simplement « populaire », terme qui, en Grèce, désigne la musique rurale. L’idée maîtresse de cette commande d’Ars Nova – qui met ce jeune compositeur d’origine grecque en résidence pour une série de projets divers, dont un premier disque monographique – est de reprendre un ensemble de chants populaires pour en extraire un discours tout autre en transformant et démultipliant les éléments qui les composent et en élargissant leurs univers sonores. Le chœur d’enfants répond tel un écho à la voix soliste et élargit le spectre sonore. Entre ces deux séries de chants populaires façon Berio et Markéas, Alain Tresallet et Gérard Pérotin, deux des membres d’Ars Nova, ont joué de façon nuancée et particulièrement musicale malgré les grandes difficultés d’exécution l’admirable Naturale de Berio pour alto, percussion et bande dans une acoustique malheureusement si sèche qu’il a fallu user de micros, autant dans les chants choraux de la première partie que dans les folksongs de Berio et de Markéas. Ce qui est d’autant plus regrettable que la voix mœlleuse et pleine d’ a été dénaturée par cette sonorisation. Mais l’aisance du chant de la jeune cantatrice ainsi que sa réelle présence ont fait passer cette carence à l’arrière-plan, d’autant que l’, soutenu avec un plaisir non feint par un Philippe Nahon précis et convaincu, a voluptueusement enrobé ces chants d’une subtile spontanéité.

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Poitiers. Le Théâtre, Scène nationale. 20.V.2003. Luciano Berio, Folk Songs (1), Naturale (2) ; Alexandros Markéas, Dimotika (3) ; Chants populaires harmonisés par A. Markéas, Dominique Pifarély, Alain Savouret et Francis Poulenc (4). Isabel Soccoja (soprano) (1, 3). Chœur d’enfants de Poitiers (3). Chorale des collèges de l’Isle-Jourdain, Latillé et Lencloître (4). Alain Tresallet (alto) (2). Gérard Pérotin (percussion) (2). Etudiants du C.F.M.I. de Poitiers (4). Ensemble Ars Nova. Direction : Philippe Nahon (1, 3) et Manuel Coley (4)

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