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Suzanne Giraud et George Crumb : concert deux pianos et percussion

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Cergy Pontoise. Auditorium du Conservatoire National de Région. 6.VI.2003. Arnaud Petit (né en 1959), Acedia pour deux marimbas ; George Crumb (né en 1929), Mythos et Music of the starry night extraits de Music for a summer evening pour deux pianos et deux percussions ; Roberto Sierra (né en 1953), Mano a mano pour deux percussions ; Suzanne Giraud (née en 1958), Le Rivage des transes pour deux pianos et deux percussions. Dominique Kim et Line Marand (pianos) ; Michel Gastaud et Alain Huteau (percussion).

Deux semaines après la création de son cycle de mélodies Le bel été dont je me suis fait l’écho ici même (voir https://www.resmusica.com/aff_article.php3?art=376), la musique de réservait une autre belle soirée d’été avec la reprise de l’œuvre pour deux pianos et percussion, Le rivage des transes, composée voilà douze ans. Cette pièce de grande envergure développée sur une vingtaine de minutes, constituait l’apogée du concert pour deux pianos et percussion organisé par les professeurs de ces deux instruments du nouvellement promu Conservatoire National de Région de Cergy Pontoise. Dominique Kim et Line Marand (pianos) et Michel Gastaud et Alain Huteau (percussion) ont pris l’heureuse initiative de faire précéder l’œuvre de par des extraits de Music for summer evening (Musique pour nuit d’été) de , chacune des deux partitions étant précédée de pages plus courtes et didactiques pour deux percussionnistes, Acedia d’Arnaud Petit et Mano a mano de Roberto Sierra.

Formation née de Bartok

Née en 1937 avec la célèbre Sonate pour deux pianos et percussion de Béla Bartok (Stravinsky, avec le ballet Les Noces, avait fait pour sa part appel en 1914-1923 à quatre pianos et ensemble de percussion auxquels il avait ajouté un chœur mixte), cette formation instrumentale associant piano et percussion a tendu à se développer au cours du XXème siècle, mais reste encore très peu usitée. Stravinsky a été l’un des premiers compositeurs à considérer comme un instrument percussif pur, et c’est à sa suite qu’il est rapidement entré dans l’instrumentarium de la section des percussions. Béla Bartok devait amplifier le phénomène, dans ses pièces pour piano seul comme dans ses concertos, et quantité de compositeurs allaient s’engouffrer dans la brèche que le Hongrois avait ouverte.

Une grande œuvre « post-bartokienne », Le rivage des transes de Suzanne Giraud

Les transes commencent inopinément sur la note incantatoire initiale répétée au second piano sur un rythme d’une vive et entraînante motricité appuyée par bongos et congas joués à mains nues sur une large rythmique soutenue aux deux pianos percussifs dans l’esprit de Bartok qui sollicitent de brillantes sonorités métalliques. Ce rythme tribal présenté aux congas introduit un long passage de percussion de peaux puisant ses ressources dans le registre grave des pianos. La seconde pianiste exprime un grand soupir d’aise pour ouvrir une section d’une grande sérénité confiée aux seuls pianos, qui conduit vers un instant de rêverie pure doucement ponctuée par un délicieux moment enluminé de résonances de cloches tubes et de vibraphone. Suit une nouvelle section qui fait plus ou moins songer à Bartok, les deux pianos s’exprimant en de grands traits qui annoncent en outre Zéphyr que Suzanne Giraud composera huit ans plus tard. La puissante motricité rythmique reprend ses droits au sein d’une forme fuguée conduisant à un vigoureux duo de timbales « wah-wah », avant que les deux pianos n’exposent de grands accords résonnants et que l’œuvre ne s’achève sur un long écho de vibraphone.

L’été zen de

L’idée d’associer Le rivage des transes de Suzanne Giraud à la Music for summer evening (Musique pour nuit d’été, 1972-1974) de George Crumb s’est avérée un heureux alliage favorable à la compositrice française. Le musicien américain, qui, en référence explicite à Bartok et à son Mikrokosmos, a composé deux cycles pour piano Makrokosmos* (1972-1973), s’est présenté dans les deux extraits de Music for summer evening pour deux pianos et deux percussion, Mythe et Musique de la nuit étoilée, moins inventif et original que sa cadette. Cela en dépit des accessoires auxquels il fait appel dans la première pièce où l’un des percussionnistes joue de la flûte à bec tandis que l’autre souffle dans une bouteille, les quatre musiciens devant en outre prononcer diverses cris aux élans nippons. De style planant, l’œuvre use de formules extrême-orientales aux tours de théâtre nô et autres injonctions de kamikazes. Plus calme, voire carrément extatique, Music of the starry night fait alterner dans un climat de sérénité de grands éclats de lumière dans l’esprit de Couleurs de la Cité céleste d’Olivier Messiaen mâtiné d’une fugue venue du second livre du Clavier bien tempéré de Bach. L’œuvre s’éteint peu à peu sur une formule mélodique écrite dans la tonalité de sol majeur.

Affinités de climats

Ces deux grandes pièces ont donc été précédées par une page plus courte et moins ambitieuse faisant appel aux seuls instruments à percussion. La première, Acedia composé en 2002 par Arnaud Petit, est un volet d’un cycle de pièces écrites pour deux instruments similaires, ici deux marimba. Arnaud Petit s’y fait à la fois ludique et virtuose, mettant particulièrement en évidence les atouts de cet instrument à clavier et ses qualités de jeu et de timbres. Dans Mano a mano écrit en 1987, le Portoricain Roberto Sierra confronte deux groupes d’instruments à percussion sud-américaines. L’on perçoit clairement dans ce morceau un œuvre à objet pédagogique, Sierra jouant des croisements de rythmes, des modes et des techniques de jeux de toutes sortes d’instruments à percussion.

Interprètes fervents

Autre grand plaisir qu’a réservé cette soirée, le fait que les quatre compositeurs ont été remarquablement servis par leurs interprètes d’un soir, longuement ovationnés par un public enthousiaste venu en nombre, négligeant la chaleur écrasante qui régnait dans l’Auditorium du CNR de Cergy Pontoise rempli jusqu’au moindre de ses gradins. Cet enthousiasme saluait à la fois les œuvres et la performance des quatre instrumentistes qui se sont donnés sans compter dans un programme extrêmement exigeant, particulièrement Le rivage des transes de Suzanne Giraud qui concluait le concert en apothéose.

* L’Empreinte digitale vient de publier une intégrale du Makrokosmos pour piano de George Crumb remarquablement interprétée par Toros Can (1 CD l’Empreinte digitale ED 13165)

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Cergy Pontoise. Auditorium du Conservatoire National de Région. 6.VI.2003. Arnaud Petit (né en 1959), Acedia pour deux marimbas ; George Crumb (né en 1929), Mythos et Music of the starry night extraits de Music for a summer evening pour deux pianos et deux percussions ; Roberto Sierra (né en 1953), Mano a mano pour deux percussions ; Suzanne Giraud (née en 1958), Le Rivage des transes pour deux pianos et deux percussions. Dominique Kim et Line Marand (pianos) ; Michel Gastaud et Alain Huteau (percussion).

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