La quintessence stylistique du Quatuor Artis

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Festival Pablo Casals de Prades. Abbaye Saint-Michel-de-Cuxa, I.VIII.2003. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Quatuor à cordes en ré majeur K. 575 ; Béla Bartok (1881-1945), Quatuor à cordes n°3 Sz. 85 ; Johannes Brahms (1833-1897), Quatuor à cordes n° 1 en ut mineur op. 51/1. Quatuor Artis (Vienne) (Peter Schumayer, et Johannes Meissl, violons ; Herbert Kefer, alto ; Othmar Muller, violoncelle).

artis-200x200Festival de Prades 2003

Si la soirée des « Grands Trios » du mardi 29 juillet a dû être annulée sur la demande expresse des intermittents du spectacle, rien n’aura perturbé celle des « Grands Quatuors », occasion, une fois encore, d’apprécier les qualités rares de l’acoustique de Saint-Michel-de-Cuxa dans ce répertoire. Mais tout le mérite en revient, bien évidemment, aux interprètes, membres du qui parviennent aujourd’hui, au terme de vingt-trois ans de travail commun, à une maîtrise technique et une cohésion étonnantes. Crée en 1980, le a fait ses premiers pas à l’Académie de Vienne avant de remporter plusieurs prix internationaux comme Cambridge en 1983, Evian en 1984, Yellow Spring (USA) en 1985. A Vienne, où ils résident, ses membres jouent chaque année, au légendaire Wiener Musikverein, dans un cycle de concerts qui leur est propre. En 1991, pour l’année Mozart, ils sont invités à exécuter l’intégrale des vingt-trois quatuors du compositeur autrichien à Tokyo puis à Vienne.

C’est sur le Quatuor en ré majeur K.575 de Mozart que les Artis ont ouvert leur concert du Festival Pablo Casals, choisissant de jouer debout, sans doute pour une plus grande mobilité et une meilleure projection sonore. Dédié au roi de Prusse Friedrich-Wihlem II, également violoncelliste, le Quatuor en ré majeur, écrit en 1789 (année de Cosi fan tutte et du Quintette avec clarinette), accorde une place toute particulière au violoncelle, souvent utilisé dans sa tessiture aiguë. Deux ans plus tôt, en 1787, Haydn avait dédié au même Friedrich Wihlem II ses six Quatuors op. 50 que Mozart connaissait certainement, et si les ressemblances ne sont que passagères, elles n’en sont pas moins frappantes : comme son aîné, Mozart, à deux reprises, confie au violoncelle l’exposé du thème habituellement assuré par le premier violon. Face à une écriture pour cordes des plus avancées – écriture où les quatre partenaires ne cessent de dialoguer et d’échanger leur rôle -, c’est la grâce et l’élégance du discours mozartien qui s’imposent dans l’interprétation très viennoise du .

Le troisième quatuor à cordes de Bartok, le plus bref et le plus tendu des six (un quart d’heure de musique seulement et d’un seul tenant) est certainement le plus difficile d’accès, notamment par l’âpreté de ses sonorités et la densité d’une écriture sans concession. Composé à Budapest en septembre 1927, il est dédié à la Musical Fund Society de Philadelphie. Que cette œuvre si audacieuse ait pu remporter une récompense comme le prix Coolidge, a dû être un encouragement précieux pour Bartok qui, dès l’année suivante, ajoutait à son catalogue un quatrième quatuor. Très original quant à sa forme, le Quatuor n° 3 est en deux mouvements enchaînés (prima et seconda parte) dont l’écriture très rigoureuse, culminant en une fugue endiablée, sous-tend paradoxalement un matériau des plus populaires issu principalement du folklore magyare. C’est cette imbrication « détonante » d’art savant et de spontanéité mélodique, d’audaces chromatiques et de mélopées du terroir que les membres du Quatuor Artis ont fait naître sous leurs archets avec une énergie et un engagement éblouissants.

La seconde partie de la soirée était consacrée à Brahms et à son Quatuor à cordes n° 1 en ut mineur op. 51/1 que le compositeur allemand a eu quelque mal à rendre publique tant l’ombre beethovénienne restait envahissante et non moins intimidante, dans ce domaine comme dans celui de la symphonie. Bien après les deux sextuors datant respectivement de 1862 et 1866, les deux quatuors de l’opus 51 ne seront terminés qu’à la fin de l’été 1873, été que Brahms passa auprès de Clara Schumann. Il lui avait fallu en effet pas moins d’une vingtaine d’années pour finir cette composition marquée de doutes et d’embûches. Au terme d’un travail jugé définitif, les quatuors sont créés, en privé, devant Clara Schumann. Si Brahms reste un peu sur son quant-à-soi dans les deux premiers mouvements de facture très classique, le troisième, Allegro molto moderato e comodo est porté par un lyrisme et un élan mélodique irrésistibles que le Quatuor Artis a su transmettre avec chaleur et retenue à la fois. Telle est bien la qualité de ces interprètes toujours à la recherche de la couleur appropriée et de l’expression juste sans excès ni débordement outrancier.

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