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Jean-Louis Florentz – Le Pêcheur de Perles

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Jean-Louis Florentz (1947) : l’Enfant des îles ; L’Anneau de Salomon. Orchestre National des Pays de la Loire. Direction : Hubert Soudant. 1 CD Forlane 16832.

 

Et si Debussy s’était réincarné en la personne de Jean-Louis Lorentz ? Cette remarque, a priori incongrue, est de nature à opposer un vif démenti à André Boucourechliev : l’illustre musicologue affirme, en effet, au détour d’un paragraphe de son livre Debussy, un révolutionnaire subtil, que ce dernier, phare solitaire, n’a ni ascendants, ni descendants. Comme s’il existait une génération spontanée en musique ! Florentz peut s’enorgueillir d’appartenir à cet aréopage de compositeurs prolifiques tels Suzanne Giraud, Philippe Fénelon, Ahmed Essyad, Philippe Manoury…

Plus qu’un artiste créatif, cet élève de Messiaen est un baroudeur, un anthropologue, ou encore un nomade-aventurier, à l’imaginaire exacerbé. Il réinvente l’impressionnisme et la musique maritime. Ces partitions racées, nobles, au tempérament passionné, devraient séduire les mélomanes qu’une certaine musique d’aujourd’hui fait fuir vers d’autres rivages. De surcroît, cette double invitation au voyage évite deux écueils. Le premier consisterait à recréer artificiellement un style néo-tonal consensuel, suiviste, et délavé. Ensuite, on se situe à vingt mille lieux de la musique descriptive, pour film documentaire du genre « Connaissance du monde ». On est proche de l’atmosphère atemporelle, panthéiste du long-métrage de Jean Renoir, le Fleuve.

L’Enfant des îles, puissant poème musical, se situe dans la tradition de ceux écrits aux XIXe et Xxe siècles – Sur les flots lointains de Kœchlin ou Effets de nuit de Silvio Lazzari. Cette navigation dépaysante est un ouvrage foisonnant, baigné de lumières translucides au lyrisme astral, qui recrée une cosmogonie musicale : une plongée à pic dans de profondes séquences oniriques. Loin de tout aquilon, on parcourt à bord d’un boutre de pêcheurs, balancé par un tiède alysée des archipels et lagunes paradisiaques, bordée de cocoteraies de manguiers. Puis on s’immerge dans des fonds sous-marins dévoilant des massifs coralliens pour contempler enfin un crépuscule aux éclats orangés, ocres et jaune safran. Aux antipodes d’un folklore de pacotille, cette création mondiale est une ode vivifiante, dédiée à la nature et à la toute-puissance de l’Océan. « Ozean, du ungeheuer » !

« L’Anneau de Salomon » participe du même esprit d’évasion. Mirage aquatique, cette Danse symphonique pour grand orchestre est un ample ballet, étrange promenade cosmique aux [harmonies] iodées. Elle a tout de l’épopée marine, peuplée de sylphes, d’elfes, zéphyrs et autres djinns, surgis du monde légendaire et fantastique de Sadko. Au plan esthétique, on décèle l’influence de Florent Schmitt – sa rayonnante musique de scène Antoine et Cléopâtre. On trouve en effet chez Florentz un enchevêtrement et entrecroisement d’[harmonies] à la fois évanescentes, opulentes ; une cascade de reflets irisés, des mélodies exotiques au charme délétère, des mélismes orientalisants, le tout rehaussé par un usage extrêmement original de la percussion, à la fois doux et sensuel. L’apogée de cette énigmatique Wanderer Fantasie : l’île de non-retour (Plages 7 à 12). Elle révèle une Musique « itinérante », d’outre-mer, bigarrée, rappelant les pages ondulantes de ces « musiciens de la mer », Roussel, Cras, Ibert – la Symphonie Marine gravée chez Naxos.

Dans le prolongement direct de ses chefs-d’œuvre passés, Le Songe de Lluc Alcari ou les Jardins d’Aménta, le musicien-conteur, orfèvre des timbres instrumentaux, joue de la spatialisation des sons. Il construit un langage expansif, coloré, vif-argent. A la tête d’un orchestre des Pays de la Loire en apnée, Hubert Soudant livre une lecture aérée de ces partitions ornées, à l’effectif pléthorique. Le chef sculpte l’agogique mouvante, chaque phrase immatérielle, de cet irrésistible flux et reflux symphonique. Florentz, entre Marco Polo et Levi-Strauss ? Voire ! En ces temps opaques, il nous offre une « Robinsonnade » roborative, un refuge dans le rêve et l’illusion.

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Jean-Louis Florentz (1947) : l’Enfant des îles ; L’Anneau de Salomon. Orchestre National des Pays de la Loire. Direction : Hubert Soudant. 1 CD Forlane 16832.

 
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