Le Festival Philharmonic sur les fonts baptismaux

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Vienne (Isère). L’Espace Saint Germain. 10.IX.2003. Steve Reich (1936), City Life ; Maurice Ravel (1875-1937) Don Quichotte à Dulcinée (1), Concerto en sol pour piano et orchestre (2), Shéhérazade (3) ; Bela Bartok (1883-1945), Suite de Danses. Marie Kobayashi (soprano) (3), Vincent Le Texier (baryton) (1) ; Jean-François Heisser (piano) (2). Festival Philharmonic. Direction : Daniel Kawka.

kawka-350x233Inauguration d’un nouvel orchestre symphonique en Région Rhône-Alpes

Que rêver de mieux pour un journaliste musical que d’assister à la création d’un nouvel orchestre symphonique ?… Il en est tant qui disparaissent, qu’il ne peut que se féliciter de voir émerger un tel outil de diffusion. Surtout né de l’initiative d’un chef d’orchestre et d’un jeune administrateur dont l’utopie n’a d’égaux que le pragmatisme et la volonté d’imposer leur nouvelle phalange avec des vues artistiques de grande ambition.

C’est de la Région Rhône-Alpes que vient cette belle et grande nouvelle. , par ailleurs directeur musical de l’Ensemble Orchestral Contemporain basé à Saint-Etienne et Lyon dont la carrière a pris depuis plusieurs années une ampleur remarquable et chez qui les idées se bousculent à foison dans la tête, et , collaborateur de l’Opéra National de Lyon, ont voulu créer avec le Festival Philharmonic une entité symphonique héritée du XIXe siècle mais au fonctionnement aussi souple et mobile que les ensembles de musique contemporaine. « Prenant en compte le répertoire romantique et une configuration de quatre-vingts à quatre vingt dix musiciens, notre orchestre est amené à développer une “dimension numérique” proportionnelle à chaque œuvre, dit . Ce n’est donc pas l’effectif préalable qui conditionne le choix des programmes, mais le répertoire lui-même qui induit à chaque œuvre un effectif particulier. Cette géométrie souple donne ainsi l’occasion de créer un nouveau modèle symphonique, une formation “à grande géométrie variable”. » Cet orchestre est constitué des meilleurs jeunes musiciens rhônalpins recrutés par parmi les étudiants émanant des Conservatoires Nationaux de Région Rhône-Alpes et du Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon ou ayant acquis une petite expérience professionnelle, le réservoir d’instrumentistes étant complété d’une quarantaine de musiciens parmi lesquels il est possible de puiser selon les programmes.

Et l’on peut faire confiance à pour la diversité de ces derniers. Ce chef est en effet non seulement un directeur d’orchestre particulièrement brillant, comme l’atteste le haut niveau technique et musical atteint par son Ensemble Orchestral Contemporain pour lequel quantité de compositeurs écrivent, mais aussi les concerts symphoniques qu’il dirige comme invité avec des programmes allant du classicisme au dernier romantisme, et les ouvrages du grand répertoire lyrique. Il est également un organisateur hors pair, comme en témoigne le Festival Boulez dont il a eu l’initiative et qui se déroule tous les deux ans dans les environs de Montbrison, où est né le compositeur. « L’objet de ce nouvel orchestre est la légèreté, la mobilité, l’itinérance. Nous ne souhaitons pas de salle de concert fixe, car nous entendons être en tournée permanente, en région Rhône-Alpes comme en France, voire à l’étranger. Si les époques que nous entendons aborder sont les XIXe et XXe siècles, l’un de nos principaux fers de lance sera la création, insiste Kawka. Nous voulons travailler en ce sens avec un compositeur en résidence tout en développant notre propre politique de commandes accompagnée d’une politique de diffusion discographique. La saison de concerts est divisée en plusieurs volets, quatre ou cinq programmes en formation moyenne, deux programmes en grande formation, trois en formation dite “Mozart”, deux ou trois grands oratorios, deux programmes à petits effectifs. » A noter que la justification de l’intitulé de l’orchestre prend tout son sens par ses nombreuses participations escomptées dans les festivals, en région Rhône-Alpes et au-delà. « Le budget dont il nous faut disposer pour atteindre nos objectifs est de 1,5 million d’euros, précise , incluant 20 % d’autofinancement, le reste en subventions. » C’est pourquoi, il est vital de convaincre les édiles politiques et les tutelles nationales, régionales, départementales et locales qui se doivent d’adhérer au projet, d’autant qu’il s’agit rien moins que de la troisième formation symphonique de la région, mais la seule à affirmer sa volonté de rayonner en Rhône-Alpes.

Et ces objectifs ont des chances d’être atteints, les responsables du Festival Philharmonic étant particulièrement convaincants car eux-mêmes profondément convaincus, comme l’a démontré le concert inaugural donné Espace Saint-Germain à Vienne, dans l’Isère, qui a attiré une large délégation de décisionnaires, qui ont pu juger de l’ambition de l’orchestre et de ses aptitudes prometteuses à conquérir un large public. A un point tel, d’ailleurs, que le projet de Daniel Kawka a obtenu dès le concert inaugural le soutien de grands artistes, le pianiste , revenu spécialement du Mexique pour l’occasion, la soprano Marie Kobayashi et le baryton . Ouvert sur le fastidieux City life (1995) de , joué avec la précision et la conviction indispensables, le programme s’est poursuivi avec un triptyque ravélien. Tout d’abord le cycle Don Quichotte à Dulcinée écrit par en 1932-1933 sur des poèmes de Paul Morand en guise d’intermède pour le film de G. W. Pabst, ce dernier étant finalement contraint d’adopter les pièces de , Ravel ayant pris du retard dans la rédaction de ses mélodies. , qui chantait pour la première fois ces trois chansons dans leur version avec orchestre, en a rendu toute la verve et l’ironie, tandis que Kawka en soulignait les couleurs et le pittoresque d’une Espagne imaginaire. a brossé un brillant Concerto en sol (1929-1931), sa virtuosité naturelle trouvant son répondant dans l’orchestre, malgré un finale où les bois ont montré quelque fatigue. La seconde partie du programme s’ouvrait sur le somptueux cycle Shéhérazade que Ravel a composé en 1903 sur des textes de Tristan Klingsor chantés par Marie Kobayashi avec le raffinement qui sied à ce recueil aux parfums raffinés singulièrement féeriques et sensuels, le Festival Philharmonic accompagnant la cantatrice de volutes délicates quoique manquant encore de fondu. Mais c’est dans la Suite de Danses (1923) de Bartok que le tout nouvel orchestre s’est imposé sans réserve, offrant un véritable feu d’artifice de soli et de tutti d’une précision et d’une vélocité dignes des orchestres les plus confirmés. Face à de telles promesses, il ne reste qu’à souhaiter que le projet se pérennise et reçoive le meilleur écho auprès des institutions.

Crédit photographique : DR

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