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Waldbuhne in Berlin – La nuit américaine par Simon Rattle

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Leonard Bernstein (1918-1990) : Candide overture. Prelude, Fugue and Riffs. George Gershwin (1898-1937) : Rhapsody in blue, Extraits de Porgy and Bess, Someone to watch over me, I got rythm. Paul Lincke (1866-1946) : Berliner Luft. Wayne Marshall (piano), Willard White (Porgy), Cynthia Haymon (Bess), Damon Evans (Sporting Life), Cynthia Clarey (Serena), Marietta Simpson (Maria), Daniel Washington (Clown). Orchestre philharmonique de Berlin, Rundfunkchor Berlin, Direction : Sir Simon Rattle. Production EuroArts en collaboration avec TDK. Notice trilingue. 1995.

 

Waldbuhne in Berlin - La nuit américaineLe concert en plein air à la Waldbühne de Berlin est une tradition estivale que le Philharmonique et le public berlinois ne rateraient pour rien au monde. L’ambiance chaleureuse, populaire, décontractée – la musique se vit avec un bonheur qui fait plaisir à voir et à entendre – est contagieuse. C’est bien ce qui se dégage de ce DVD qui restitue cette « Nuit Américaine » ensoleillée de 1995, malgré la platitude de la réalisation télévisuelle de Brian Large. Et la vocation culturelle du Berliner Philharmoniker s’y manifeste dans toute sa splendeur. Il est vrai que cette phalange légendaire occupe une place à part parmi ses pairs. C’est un cas unique, une véritable République dans l’Etat de la Musique, depuis sa création en 1882 par Arthur Nikisch.

Ses particularités sont nombreuses. Il est l’un des rares orchestres au monde à vivre avec 50% de subventions contre 100% pour les autres, et à rapporter de l’argent au point de pouvoir presque s’auto-subventionner. Le chef doit être élu par les musiciens ; et pour intégrer l’équipe, il faut non seulement faire partie de l’élite musicale mondiale… mais aussi être choisi par les autres membres. Aujourd’hui, a succédé à Claudio Abbado (il a dirigé l’orchestre pour la première fois en 1987, pour quelques 55 concerts). Il manifeste une joie hautement perceptible à cette « Nuit américaine » qu’il dirige avec générosité, élégance, ainsi qu’une belle et heureuse dynamique.

Entouré d’une distribution en or, il est un magnifique traducteur de cette « grande musique » américaine – et en particulier de Gershwin dont disait : « je crois qu’il est impossible d’entendre la musique de Gershwin sans se dire : « voilà de la musique américaine ! »… Elle sonne américain, elle rappelle l’Amérique, et à l’entendre, on se sent américain ». La baguette de fait swinguer à merveille « Rhapsody in blue » avant d’offrir des extraits de ce chef-d’œuvre qu’est « Porgy and Bess ». Voix profonde, généreuse, est un Porgy d’une intense émotion ; Cynthia Haymon une Bess de toute beauté, troublante et fascinante. Damon Evans offre un Sporting Life léger, un peu voyou et drôle… Cynthia Clarey dans Serena, Marietta Simpson dans Maria et Daniel Washington dans Clown sont superbes. Ce sextuor irrésistible a pris, manifestement, un plaisir communicatif à ce concert. Tout autant, d’ailleurs, que le , et l’orchestre lui-même.

Le succès de « Rhapsody in blue » a incontestablement poussé de nombreux compositeurs a emprunter la même voie que Gershwin. Seul a réussi à s’inscrire durablement dans sa lignée, avec une musique souvent très syncopée, où se ressent l’importance du jazz dans la musique américaine. Pour le grand public, Bernstein est le compositeur de West Side Story, un des plus grands succès de l’histoire du cinéma. En 1943, après des études avec les meilleurs professeurs américains, ce pianiste de vingt-cinq ans, à la vitalité débordante – passionné de direction d’orchestre et de composition – est invité comme chef-assistant du Philharmonique de New-York. La même année, il remplace au pied levé Bruno Walter à la tête de l’orchestre dans des oeuvres de Schumann, Rosza, Strauss et Wagner : c’est un triomphe qui va le lancer dans le monde entier. En 1947, le tout jeune Orchestre Philarmonique d’Israël fait appel à lui comme chef et conseiller, avant qu’il ne soit amené à diriger les plus prestigieuses formations des grandes capitales européennes: Londres, Milan, Paris, Vienne.

Son répertoire à l’éclectisme étonnant, de même que son intérêt pour la musique contemporaine lui permettent de révéler des compositeurs comme Ives, Barber, Copland, Messiaen, Henze, Chavez. Ce n’est pas tout : tournées, opéras, concerts… rien ne vient troubler sa volonté d’écrire ! Virtuose de la technique orchestrale, il compose aussi bien pour le concert que pour la scène. En 1944, sa Première Symphonie est sacrée meilleure composition pour orchestre de l’année par l’association de la critique new-yorkaise ; et son ballet Fancy free, triomphe au MET avant de devenir une comédie musicale à succès à Broadway. Ses oeuvres concertantes témoignent de sa recherche spirituelle et humaniste via une expression plus large qui trouve son inspiration dans le jazz, le choral religieux, la musique populaire, le song ; le tout, avec des finale au style mahlérien flamboyant.

On lui doit – aussi et encore – Brass music en 1948, Red, White and Blues pour trompette et piano en 1984 ; un opéra : Trouble in Tahiti écrit en 1952, une Messe créée en 1971, des musiques de scène, telle Wonderful town en 1953, A Quiet place en 1983 ; de nombreuses musiques de film et enfin Candide, une opérette écrite en 1955 dont l’ouverture fait partie du programme de ce DVD ! Notons, pour ceux que passionne l’audiovisuel musical, qu’il est l’auteur d’une remarquable série sur l’initiation musicale des jeunes, qui a fait les beaux dimanches de la télévision publique américaine…

Avec subtilité, légèreté, profondeur – que ne dépare pas une élégance à couper le souffle – Sir Simon se fait merveilleux traducteur de la pensée de Bernstein. Son interprétation alerte, quelque peu western « road-movie », de Candide Overture est un régal de clarté et de souplesse. Et quel swing dans « I got rythm » ! Les artistes concluent par le Berliner Luft (« Air de Berlin ») que composa en 1904 Paul Lincke, fondateur et maître incontournable de l’opérette berlinoise, par ailleurs passionné de musique militaire. Cette marche très populaire, menée à la baguette – mais d’une baguette allègre et vive – par le chef britannique, est devenue pour les Berlinois un hymne national, au même titre que les Donauwälzer pour les Viennois.

Un tonnerre d’applaudissements clôt cette soirée filmée qui fait briller les rêves les plus humains et les plus dignes.

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Leonard Bernstein (1918-1990) : Candide overture. Prelude, Fugue and Riffs. George Gershwin (1898-1937) : Rhapsody in blue, Extraits de Porgy and Bess, Someone to watch over me, I got rythm. Paul Lincke (1866-1946) : Berliner Luft. Wayne Marshall (piano), Willard White (Porgy), Cynthia Haymon (Bess), Damon Evans (Sporting Life), Cynthia Clarey (Serena), Marietta Simpson (Maria), Daniel Washington (Clown). Orchestre philharmonique de Berlin, Rundfunkchor Berlin, Direction : Sir Simon Rattle. Production EuroArts en collaboration avec TDK. Notice trilingue. 1995.

 
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