Pascal Dusapin – Et le verbe s’est fait Musique

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Pascal Dusapin : Roméo et Juliette Françoise Kubler, Nicholas Isherwood, Cyrille Gerstenhaber, Julien Combey, Olivier Cadiot, Pascal Sausy, Armand Angster, … Groupe Vocal de France (dir. : Marie-Claude Vallin), orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Luca Pfaff. Enregistrement (studio) fait du 21 au 24.VIII.1990 au théâtre municipal de Mulhouse et les 3 et 4.X.1990 à Radio-France, studio 120 (Paris). DDD. 1 CD Accord (collection « una corda ») 472 726-2 ; 78’24’’ ; notice trilingue ; livret non traduit ; Réédition 2003

 

La création de cet opéra le 10 juillet 1989 fut un véritable électrochoc. Le public accueillit l’œuvre triomphalement et la presse, unanime, encensa ce Roméo et Juliette. Un enregistrement un an plus tard vint couronner cette entreprise artistique et le nom de devint un incunable de la création musicale contemporaine. Mais comme de nombreuses œuvres lyriques récentes cet opéra n’a guère revu les feux de la rampe depuis. Saluons donc cette réédition qui nous permet de (re)découvrir ce chef d’œuvre qui 14 ans plus tard n’a pas pris une ride.

Le style de Dusapin, comme en témoigne ses dernières pièces (Perelà, Granum Sinapsis, Extenso, études pour piano, …) a considérablement évolué depuis ce Roméo et Juliette, œuvre d’un compositeur d’à peine 30 ans qui avait encore du mal à se dégager de l’influence de ses prédécesseurs. Néanmoins malgré les quelques références de langage dues à Scelsi, Berio, Xenakis, Ohana ou Stockhausen le style se fait déjà éminemment personnel, et porte en germe les œuvres lyriques à venir (Medeamaterial, To be sung, …) qui, comme ce premier opus théâtral, sont une réflexion sur ce genre de spectacle plus qu’une simple narration mise en musique.

Le texte d’ ne doit à Shakespeare que le titre. L’emblématique couple de Vérone est ici un couple passionné, guidé par leur mentor, Bill, dans un parcours initiatique symbolisé par le passage du parlé au chanté centré autour d’une « révolution », synonyme d’un monde nouveau utopique et rêvé. Ce sujet pourrait être banal s’il n’était constamment mis en abîme par le librettiste qui, en dédoublant les héros les rends eux-même acteurs et spectateurs de leur évolution, l’action étant commentée par le chœur, telle une tragédie antique.

La musique de cet opéra est d’une invention constante. Les recherches de timbres y sont très poussées, mêlant voix et instruments (clarinette solo « mimant » les expressions des personnages, trompettes en sourdine en imitation des bégaiements de Juliette, …). Les effets dramatiques sont ingénieusement suggérés par la musique, tel l’annonce de la « révolution », fait de nappes ascendantes successives de cordes sur les tenues du chœur, rejoint par les cuivres et percussions sur un passage polymélodique de plus en plus intense qui se résout sur une vaste mélodie de cordes graves en unisson. Le compositeur sait ici alterner des endroits de tension intense (notation aléatoire, rythmes complexes, chromatisme) et de calme (vastes courbes mélodiques souvent soutenues par des clusters joués pianissimo). Sans parler des lointains échos de la Renaissance, avec l’utilisation d’un quatuor de soliste souvent a capella, dans un style madrigalesque ou Dusapin semble jouer avec les sonorités de la voix humaine.

A quand un enregistrement de son dernier opéra en date, Perelà l’homme de fumée ?

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