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Britten et Walton par Maxim Vengerov et Mstislav Rostropovitch

À emporter, CD, Musique symphonique

Benjamin Britten (1913-1976) : Concerto pour violon, op. 15 (version révisée) William Walton (1902-1983) : Concerto pour alto (version de 1961). Maxim Vengerov violon et alto. London Symphony Orchestra placé sous la direction de Mstislav Rostropovitch. 1 CD EMI Classics, 7243 5 57500 2 0. Durée 64’29, DDD, 2003. Notice en Anglais, allemand et français.

 

Britten et Walton par Maxim Vengerov et Mstislav Rostropovitch« Russia meets England ». Les deux éminents musiciens russes que sont et se sont une nouvelle fois retrouvés pour graver un CD de concertos relativement peu fréquentés. Il y a quatre ans, le même tandem offrait le Concerto Cantabile de Radion Shchedrin couplé avec celui de Stravinski et la Sérénade mélancolique de Tchaïkovski (CD EMI 5 56966). Une belle réussite qui consacrait une fois encore l’archet virtuose de Vengerov, résolument dans son élément chez ses compatriotes, tout comme le violoncelliste majuscule « converti » à la direction d’orchestre. Pour la dernière parution en date qu’ils signent conjointement, le répertoire choisi possède la même identité culturelle que l’orchestre convoqué, à savoir le . Britten et Walton sont admirablement mis en lumière sur ce disque qui célèbre les qualités hors normes d’un soliste que l’on ne présente plus. Un Grammy Awards a récemment été décerné à cet enregistrement : « Best Instrumental Soloist Performance with Orchestra ». Inutile de traduire…

Le concerto de , qui a vu le jour à l’orée de la Deuxième guerre, s’avance sur un terrain émotionnel presque romantique. Sur quelque trente-trois minutes, il emmène l’auditeur du lyrisme soutenu du Moderato con moto augural à la brillance virtuose et sauvage du Scherzo avant de se clore par un long Finale en forme de passacaille où s’installe un climat de plus en plus marqué par la mélancolie. Toute une foule de caractères, de couleurs, de formes cohabitent au sein de cette œuvre foisonnante qui demeure infiltrée par les subtils coloris britténiens, ses ambiances à la fois feutrées, méditatives et élégiaques. Vengerov ne fait pas que briller avec une aisance confondante sur les difficultés techniques de l’œuvre que la section médiane accumule. Il distille également tout le substrat poétique des mouvements extrêmes que nourrit à ses côtés un London Symphony magnifiquement préparé et dirigé. Les cuivres de la phalange anglaise méritent tout particulièrement d’être loués et l’équilibre entre le musicien en exergue et l’effectif qui l’entoure est tout simplement idéal.

Pour ce qui a trait à , d’une année plus âgé que son homologue Britten, le disque présente la version remaniée en 1961 du Concerto pour alto. Vengerov troque son violon pour empoigner l’un des dix altos Stradivarius complets conservé aujourd’hui. Datant de 1928-29, la création de l’œuvre devait normalement échoir à Lionel Tertis, lequel la déclara impossible. Ce fut finalement Paul Hindemith qui s’en chargea. Le concerto fut d’emblée un succès, ce qui n’empêcha pas le compositeur de réviser sa copie au début des années soixante afin de réduire la taille de l’orchestre et adjoindre une partie de harpe. Le premier mouvement, bref et sans cadence, paraît très pudique, concis. L’atmosphère y est sombre, pensive. Comme pour le concerto de Britten, il s’ensuit un scherzo truffé de moments de bravoure, pour l’orchestre comme pour le soliste. Des impressions de fêtes tapageuses y côtoient des rythmes volontiers jazzy et des thèmes enjoués, espiègles. A l’image de l’œuvre de Britten, le Finale renoue avec les ambiances nostalgiques de la première section. Plus inattendu dans l’univers voisin de l’alto, séduit et trouve la rondeur, l’ivresse virtuose et l’âpreté du discours élaboré par Walton, restituant cette partition avec une finesse et une détermination qui l’affirme définitivement comme l’un des plus grands.

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